‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 28 sur 326 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

pour les deux Fernand ; je n'ai oublié personne d'ailleurs, ni devant l'image si touchante du cœur de Notre- Seigneur, ni devant la sainte Vierge, ni devant la croix.

» Un beau ciel d'automne illuminait les dernières feuilles tombant des arbres : dans cette dernière splendeur d'une belle lumière, je voyais l'image de cette plus belle lumière encore qui nous rendra dans ses clartés immortelles ceux que nous avons perdus et que nous perdons chaque jour.

>» Adieu, madame : priez pour moi, afin que je ne sois pas tout à fait une feuille morte, et que le bon Dieu me recueille.

» Vous savez mon religieux et à jamais inviolable dévouement.

« Félix, Évéque d'Orléans. »

M. le duc de Rohan fut vraiment l'ange gardien de sa jeunesse; mais M. Borderies, que la Providence lui lit rencontrer un peu plus tard, pendant l'année de sa rhétorique, fut encore plus. M. de Rohan était jeune encore, et au seuil seulement du sanctuaire1 ; If. Borderies, âgé alors de cinquante-six ans, avait l'avantage de l'âge, de l'expérience, de la longue pratique de toutes les vertus ecclésiastiques. M. de Rohan fut pour lui un ami, un protecteur inappréciable ; M. Borderies fut le maître et le père de son àme. M. Borderies, et aussi M. b'rayssinous et Msrde Quélen, dont il fut dès lors aimé, à des degrés divers, c'était cet ancien clergé de France, si vénérable, qui déjà le pénétrait de son esprit et de ses vertus, avant même Saint-Sulpice, où il achèvera de le connaître.

M. Borderies, qui mourut évèque de Versailles, était un homme grave et digne, d'une piété profonde, d'un zèle ardent, modèle de toutes les vertus du prêtre. Professeur distingué au collège de Sainte-Barbe avant la Révolution, et n'ayant pas voulu prêter serment à la schismatique Constitution civile du clergé, il avait pris courageusement le chemin de l'exil, et avait passé quelque temps en Bel-

1. Né le 29 février 1788, il n'avait que quatorze ans de plus que le jeune Félix Dupanloup.

il VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.

gique et en Allemagne; rentré en France à la mort de Robespierre, malgré l'incertitude des choses, il s'était livré avec un succès extraordinaire à l'œuvre des catéchismes; à la Sainte-Chapelle d'abord, qui lui fut concédée à cet eftet, en 1799, puis à Saint-Thomas d'Aquin, où il fut premier vicaire de longues années sous un saint curé, son compatriote et son ami. M. de Lalande, dont il ne consentit jamais à se séparer, jusqu'à ce que celui-ci ayant été nommé, après le concordat de 1817, évèque de Rodez, M. Borderies fut appelé lui-même par M=p de Quélen, en 1819, à l'archevêché. Prédicateur de mérite, directeur d'àmes éminent, surtout grand catéchiste, grand ami de la jeunesse, dont il avait été toute sa vie l'apôtre : que de jeunes gen? lui durent leur persévérance dans la foi, ou leur vocation à l'état ecclésiastique ! La considération universelle entourait ce digne prêtre.

Plus illustre était son ami, M. l'abbé Frayssinous, l'auteur des Conférences sur la religion. Quelle noble et pure figure sacerdotale que M. Frayssinous! c C'est le prêtre, disait M. Borderies, que je vénère le plus. Il serait un martyr. Je ne suis pas digne de délier les cordons de ses souliers. Je baiserais ses pieds. > Il appartenait à la compagnie de Saint-Sulpice. Resté en France pendant la Terreur, et caché dans ses montagnes du Ruuergue, il avait, durant 'mit années, porté, au péril de sa vie, les secours religieux à ces populations. Puis, des que la paix avait été rendue a L'Eglise, il était revenu à Paris prendre sa part au travail de rénovation religieuse, et il avait créé deux œuvres admirables : il avait relevé les catéchismes de Saint-Sulpice, et fondé ces célèbres Conférences qui préludèrent à celles de Notre-Dame, et inaugurèrent parmi nous la prédication apologétique. Sa parole avait été, au commencement du siècle, un triomphe pour la religion. L'Empire avait eu la faiblesse d'en prendre ombrage, et en 1809, l'avait fait descendre de sa chaire ; la Restauration, en 1814. l'y Ht remonter, et combla d'honneurs l'éloquent défenseur du christianisme : il n'était pa^ encore, mais il allait être bientôt nomme évèque d'Hermopolis; puis, successivement grand maître de 1'Cniversité, ministre des

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