CHAPITRE II. 4;J
affaires ecclésiastiques, pair de France, membre de l'Académie française. Ces dignités le laissèrent aussi simple et pieux qu'elles l'avaient trouvé. Ce qu'il n'avait pas fait sous la Terreur, il le fit en 1830: le gouvernement qu'il avait servi ayant été renversé, il partit pour un exil volontaire; quelques années après, le vieux roi Charles X lui contiait l'éducation du jeune héritier de sa dynastie : c'est ainsi qu'il couronnait sa belle vie. Après quoi, il revint à Paris, où il passa quelque temps, entouré de la vénération que méritaient ses vertus: puis il s'en alla mourir paisiblement dans le pays qui l'avait vu naître. « Je ne sais pas, a dit avec raison Mra' Swetchine, une plus belle carrière que la sienne, et dont la fin ait été plus digne de ses commencements. »
« Voyez-vous ce jeune homme, disait un jour M. Emery en montrant le jeune abbe de Quélen, je vous annonce que ce sera un jour un grand évêque dans l'Eglise de Dieu.» Il avait débuté par être un des auxiliaires de M. Frayssinousdans la restauration descatechismes de Saint-Sulpice. C'était un de ces prêtres qui ont au cœur la flamme apostolique. Aussi, lorsque, en 1817, et malgré sa jeunesse, le vénérable cardinal de Périgord l'appela auprès de lui, pour l'aider à porter sa charge episcopale, nul n'en fut surpris. Evêque, il honora l'Eglise de France par un grand caractère et de grandes vertus. « Il y avait, a dit M. le comte Mole, qui lui succéda à l'Académie française, dans ses manières et ses dehors quelque chose de si noble, une dignité si naturelle et si facile, que plus il s'élevait, plus il semblait en quelque sorte prendre possession de luimême. » Les fureurs populaires, aveuglement déchaînées contre lui, ne servirent qu'à faire éclater encore plus sa hauteur d'àme.
Tels furent les hommes dont le futur évêque d'Orléans eut le bonheur de rencontrer l'amitié et de respirer les vertus dès son adolescence, et dont les mains vénérables, posées sur son jeune front, le consacrèrent pour ainsi dire, dès cet âge si tendre, au service de l'Eglise.
Spécialement chargé, comme vicaire général, et à cause de ses précédents dans l'enseignement, de la surveillance
des études au Petit Séminaire, M. Borderies y exerçait, sur les maîtres et les élèves, une très grande influence : quatre fois par an, il venait présider les examens; mais ce n'étaient pas là des apparitions solennelles qui ne laissaient aucune trace : c'était une présidence réelle, effective, dont la seule attente stimulait singulièrement le travail. Latiniste parfait, humaniste consommé, ses interrogations étaient pour tous, élèves et maîtres, des leçons de grand goût littéraire, et c'étaient les saines traditions de la littérature classique, les Humanités, dans le sens élevé du mot, huma ni ores litterœ, le culte des grands modèles, que l'ancien barbiste voulait maintenir au Petit Séminaire de Paris et dans le clergé. L'orateur des Conférences de Saint-Sulpice, M. Frayssinous, ne faisait pas difficulté d'accompagner à ces examens M. Borderies, et d'interroger avec lui les jeunes gens : « Ces deux hommes, si vénérables, si bons, nous paraissaient grands, disent les Souvenirs, et élevaient nos âmes, ennoblissaient nos études, nos succès.» Et M. Borderies ne se bornait pas à ces rapports ofticiels avec les élèves ; il invitait à le venir voir chez lui ceux qu'il avait distingués, et les renvoyait toujours pleins d'ardeur pour l'étude et pour le bien, avec des paroles qui se gravaient en traits ineffaçables dans leur cœur. Un des premiers qu'il remarqua fut le jeune Félix Dupanloup; et comme il est dit dans l'Evangile, de ce jeune homme rencontré par Notre-Seigneur, que Notre-Seigneur/'aya»! regardé, Vairna, M. Borderies, du premier coup d'œil, devina tout ce qu'il y avait de qualités rares dans ce pieux et brillant élève, et se sentit pris pour lui, comme l'avait été le duc de Rohan, d'une affection, c qui est, à mes yeux, a écrit l'évèque d'Orléans, la plus grande grâce que Dieu ait faite à ma jeunesse ». II a dit ailleurs: « Je lui dois tout. » Mais laissons celui qui eut le bonheur de rencontrer une telle amitié en raconter l'origine, la délicatesse et le bienfait.
« Pendant mon année de rhétorique, je passai un examen sous le froid et glacial abbé Martin, ancien professeur de la maison. J'en passai un autre sous M. Borderies. Ce fut le "24 janvier. Quel jour dans ma vie !...