‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 285 sur 326 · CHAPITRE XXIII. 45g · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII. 45g

nature sont deux puissances distinctes : l'une ne semble même pas venir au secours de l'autre. Quand les pensées de la foi dominent, tout en moi est ferme, calme- je ne dirai pas consolé, je n ai alors aucun besoin de consolation. Quand tout à coup la nature se fait sentir, je suis renverse : ce sont des Ilots d'amertume qui renversent qui submergent, qui pénètrent. »

Voici en quels termes il avait annoncé la mort de sa mère, le jour même où il la perdit, à .AI- la princesse tlorghèse : l

(( Ce 2 février 1849. Princesse, l'affreux malheur qui planait sur moi depuis trois mois vient de m'écraser Les grâces les plus admirables ne me laissent, ni à moi ni a son confesseur, aucun doute, non seulement sur son salut, mais sur son bonheur actuel. Et cependant, je suis tombe dans une faiblesse de cœur inexprimable Un pauvre prêtre, seul en ce monde avec sa mère, depuis quarante-sept ans, et qui la perd, perd tout. Je sens cela plus que je ne devrais, puisque Dieu me resie : et ma mère aussi! Priez, vous et vos chers enfants, afin que Dieu me donne le courage chrétien qui me manque. »

Si sa mère eût vécu quelques semaines de plus, elle eût eu avant de mourir une grande joie maternelle : elle l'aurait vu évèque.

Quelques jours après il écrivait à la même princesse Borghese : « Me voici tombé d'un abîme de douleur dans un abîme d'occupations. Malheureusement l'un ne comble pas 1 autre. »

Mais revenons à notre sujet.

On peut dire que la loi fut décidée par la discussion mémorable qui eut lieu entre M. Thiers et l'abbé Dupanloup, sur ce point capital, l'admission des congrégations a 1 enseignement. Il faudrait pouvoir exposer ici cette discussion tout entière; rien ne fait plus d'honneur à tousles deux. A son tour, l'abbé Dupanloup expliqua à quelles conditions on pouvait conclure la paix. Chemin faisant il écrasait, c'est le mot, cette erreur, que la foi est bonne pour le peuple, et que les classes élevées s'en peuvent

passer; mais ce fut sur la question des Jésuites que se livra la grande bataille. Le premier discours de l'abbé Dupanloup ne suffit pas à convaincre M. Thiers. Il répliqua. Dans cette réplique, l'auteur des interpellations de 1845 s'était retrouvé. Admettre les Jésuites à enseigner, c'était ramener l'ultramontanisme, abandonner Bossuet et les traditions de celle grande Eglise française, si ferme entre les égarements de l'Allemagne protestante et les excès de l'Espagne inquisitoriale. C'était aussi ouvrir une porte par laquelle pourraient passer les associations les plus dangereuses.

«Eh quoi! répondit l'abbé Dupanloup, on admet, j'admets certainement dans la loi toutes les sectes protestantes, avec leurs subdivisions; vous laissez pleine liberté aux quakers, etc.. Pourquoi donc, à l'égard de l'Eglise, cette effroyable injure de lui refuser certaines congrégations qu'elle approuve? Et vous dites cependant que vous voulez être en paix avec elle!... »

La question ne fut pas encore décidée ce jour-là. A la séance suivante, M. Cousin et M. Thiers lui-même revinrent à la charge, avec toutes les ressources de leur esprit. Il faut lire, dans l'écrit de M. de Lacombe, leurs vifs et pressants discours, pour sentir quelle tâche ardue avait l'abbé Dupanloup aux prises avec de tels adversaires ; mais il sut trouver l'argument invincible, pour la bonne foi de M. Thiers, l'argument d'honneur, de justice et de raison, qui ne permettait absolument pas à l'Eglise d'accepter l'exclusion à laquelle on voulait l'associer :

« M. Cousin nous a dit avec un langage aussi bienveillant que le sentiment qui l'inspirait, qu'il prenait la liberté de faire remarquer très respectueusement à l'Eglise que, dans l'intérêt de son action religieuse, elle avait peut-être tort de lier le sort des Jésuites au sien, par un sentiment d'amour-propre poussé trop loin. Je réponds à M. Cousin, — et ici, quoique je n'aie aucune mission de l'Eglise, je puis affirmer cependant que telle est sa pensée, — que l'insistance de l'Eglise en faveur des Jésuites n'est pas affaire d'amour-propre. L'Eglise peut assurément ne pas tenir les Jésuites pour la perfection absolue, mais elle les

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