CHAPITRE XXIV
nous y sommes. J'aurais voulu vous satisfaire en tout, mais c'était impossible. Je comprends très bien que les Petits Séminaires doivent rester sous l'autorité des évêques, aussi ai -je proposé et toujours voulu un article spécial pour les Petits Séminaires. Cet article a été fait; on pourra le modifier encore s'il ne dit pas ce qu'il veut dire; mais les enlever au ministre de l'Instruction publique pour les donner au ministre delà Justice, c'était dire qu'on ne voulait plus de la surveillance de l'Etat, et une telle disposition n'aurait jamais pu être acceptée par une assemblée législative. Quant aux méthodes d'enseignement, elles ont été retranchées des objets de l'inspection. Je n'étais pas de cet avis, mais vous avez obtenu gain de cause, et, quand je serai battu, je me consolerai toujours si c'est à votre profit. »
M. Thiers ajoutait : « Mais si Ton s'obstine à attaquer ou à vouloir outrepasser la loi actuelle, notre laborieux ouvrage de conciliation échouera. Je le regretterai pour la religion, pour l'Etat, pour la société tout entière ; je le regarderai comme. un des grands malheurs du temps; mais je pourrai me dire en conscience que je n'ai rien négligé pour prévenir un pareil malheur. Du reste, je suis loin de désespérer, et si l'épiscopat, reconnaissant votre éminent mérite, accepte votre sage influence, tout peut encore être sauvé... »
Il fallait donc sauver la loi, car on lui faisait une guerre à mort. « La guerre est déclarée, s'écriait avec douleur un homme assurément peu suspect, Dom Guéranger luimême ; c'est la plus grande calamité que pût avoir à subir le parti catholique. Nous voilà donc encore une fois heurtés aux théorie^ et victimes de nos rêves incorrigibles... J'ai trop de confiance en mes amis de V Univers pour douter qu'ils n'arrivent à voir que le rejet de la loi nous replongerait vers le monopole triomphant, et ferait peser sur eux une immense responsabilité1. »
1. Lettre à l'Ami de la religion, 22 juillet 1849, t. CXL,I p. 253.— Signe du temps et des aveuglements de la passion : le Mémorial catholique, t. Vil, 7e année, 1847-1849, publia un article sous ce titre:
m VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.
Mais non, ils ne le voyaient pas. et leur polémique ardente continuait à soulever contre la loi l'opinion des catholiques et du clergé. Et ils y réussissaient si bien dans certains diocèses, que le P. de Ravignan, le 6 août 1849, écrivait à l'abbé Dupanloup : « La duchesse de Laval S très entière dans ses idées sans doute, me disait ce matin qu'en Savoie, et dans les divers diocèses de France qu'elle a parcourus, les oppositions sont très vives, et qu'un nom chéri, précieux, est compromis, celui du courageux, du dévoué, du bien-aimé évèque d'Orléans. »
Le saint père de Ravignan était compromis lui-même. On ne voudrait pas le croire, mais c'est son historien qui le raconte, un acte d'accusation en forme contre lui fut envoyé à cette occasion au général de sa Compagnie. «On voulait bien excuser ses intentions, mais on dénonçait les menées dont il était dupe, les illusions dont il était victime, les maux dont il était complice. Sectateur aveugle de M. de Montalemhert, de M. de Falloux, et surtout de l'abbé Dupanloup, il s'était fait le fauteur imprudent d'un projet de lui schismalique. Les fils de Voltaire s'applaudissaient d'avoir pour auxiliaire un fils de Loyola. On en appelait enfin à la haute et ferme sagesse du général pour rappeler a l'ordre un soldat dévoyé. » Cet acte d'accusation, transmis au saint religieux par le R. P. général, le jeta dans la stupeur. Il répondit : c ... J'aime tendrement et j'estime profondément MM. de Falloux, de Montalembert et Dupanloup. Notre liaison est intime, il est vrai, autant qu'elle peut l'être en ce qui me concerne, étant religieux. Ces trois hommes, je les considère comme les défenseurs dévoués et éclairés de l'Eglise, comme des amis vrais et dévoués de la Compagnie, et certes-ilsont fait leurs preuves. On m'a souvent reproché la grande influence qu'exercerait sur moi l'abbé Dupanloup. Il est mon intime ami; je le chéris et le vénère; mais en quoi a-t-il
Du projet de loi présenté par M. de Falloux contre la liberté d'enseignement.
t. Mm* la duchesse de Montmorency-Laval, fille du comte Joseph de Maistre.