‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 292 sur 326 · CHAPITRE XXiV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXiV

Soit, la loi n'était pas' parfaite :

«: Mais était-ce une raison pour rompre violemment... pour faire ce que saint Paul déclare que les catholiques ne doivent jamais faire, pour se séparer... et cela en jetant ranathème?...

» Etait-ce une raison pour mettre au ban de l'opinion des hommes comme MM. de Montalembert et de Falloux, les héros de notre cause?

» En vérité, devant de telles divisions, devant une si étrange conduite, il y aurait de quoi décourager les âmes les plus fermes, et désespérer à jamais du succès de tous les efforts. Etre exposés aux attaques et aux coups du dehors, c'est la loi du combat ; mais subir en même temps les incriminations, les défiances, les violences du dedans, n'est-ce pas trop ?

» Heureusement, les injustices et les ingratitudes les plus sensibles ne rebuteront pas les hommes de cœur qui se sont voués avec tant d'abnégation aux intérêts, non pas d'un parti ou d'une école, mais de l'Eglise elle-même ; et l'Eglise a pour eux contre ces amertumes de profondes et intimes consolations. »

Mais, dans cette question particulière, il y avait, selon lui, une question générale, et, dans cette intervention précipitée et violente du journalisme, il voyait, pour sa part, un grand péril :

« Sans le vouloir, disait-il, je n'en doute pas, sans le savoir peut-être, sans s'en rendre compte, quelques catholiques ardents, trop ardents, enlèveraient, si cela était possible, à l'Eglise, à l'épiscopat, par la promptitude de leur initiative et l'élan de leur polémique, la direction, le gouvernement supérieur...

» Les vern-t-on prévenir, soulever les esprits, agiter les consciences, faire en quelque sorte violence à la sage ît lente délibération des évêques, ou du moins gêner leur liberté, en anathématisant à l'avance telle ou telle décision, telle ou telle conduite?... »

Question complexe et bien délicate, qui désormais ne cessera point d'être l'objet de sa préoccupation la plus anxieuse

Cependant, quelle était l'attitude de l'épiscopat? Le plus grand nombre des évêques, convaincus que des catholiques comme ceux qui avaient élaboré la loi l'avaient faite la meilleure possible, l'acceptaient avec reconnaissance. D'autres, tels que l'archevêque de Besançon, insistaient sur quelques détails, réclamaient quelques améliorations, qui en eiïet furent obtenues. Quelques-uns cependant étaient entraînés par l'ardente et incessante polémique de quelques journaux. C'est pourquoi, en même temps que l'évêque nommé d'Orléans défendait dans la presse le projet de loi, il entretenait aussi une correspondance active avec les évêques, et, dès le mois de juillet, indépendamment de tant de lettres qu'il dut écrire à plusieurs évêques en particulier, il adressa à l'épiscopat une note pour expliquer, d'une manière claire et précise, toute l'économie de la loi.

Il eut le bonheur de se sentir soutenu par Rome, laquelle, avec ce sens pratique, cet esprit de gouvernement qui la distingue, se rendit parfaitement compte de la situation : (( Msr le Xonce, écrivait-il à la princesse Borghèse, le *25 août, défend hautement, publiquement, le projet de loi, avec une raison, une énergie, une puissance, dont j'ai souvent été témoin. x>

Tant de travaux à la fois l'abattirent, et il subit, vers ce temps-là, une atteinte de choléra, qui fut promptement conjurée par M. le docteur Récamier; quelques jours passés avec lui au Havre, puis à Dieppe, chez leur ami commun, M. Ancel, achevèrent de le rétablir. M. Thiers, qui pendant res débats de la grande Commission avait appris à le connaître, et conçu pour lui une estime voisine de l'alfection, se trouvait à Dieppe aussi. Ayant appris la présence de l'abbé Dupanloup, il lui demanda un rendez-vous, un jour, le matin, sur la plage ; et là, en face du ciel et de la mer. ravi de pouvoir épancher avec un prêtre à l'esprit large, au cœur généreux, ami de son pays et de son temps, les pensées qui étaient alors les siennes, l'homme d'Etat se laissa aller, avec une verve intarissable, à une de ces conversations où il était d'un charme si souverain.

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