CHAPITRE XXIV
faille faire de tels efforfs contre la déraison triomphante, et voir succomber la vérité, le bon sens, la justice ! » Ce Mémoire l'occupa jusque dans les premiers jours de son épiscopat. Le 30 décembre 1849, étant déjà à Orléans, il écrivait encore à M. de Montalembert :
« Où en est la loi? tenez-moi un peu au courant, afin que j'y tienne l'épiscopat... J'ai de Rome de très bonnes nouvelles... Dieu, ce semble, mène lui-même cette grande affaire comme sienne, c'est-à-dire à travers les épreuves et les contradictions. Confortare et esto vir. »
Le Mémoire, revêtu de la signature de trente- deux évêques, fut porté au Pape par l'archevêque de Besançon, Mer Mathieu, avec une lettre où les évêques signataires dénonçaient hautement au Saint-Père les violences d'une certaine presse. Le Pape, quelque temps après, envoya au Nonce apostolique, à Paris, ses instructions relativement à la loi : ces instructions firent enfin l'unanimité et l'apaisement. Mais revenons à la loi.
Enfin, après quelques incertitudes encore, le U janvier 1850, elle vint en discussion Ce furent des débats mémorables. M. de Montalembert tenait l'évèque au courant de toutes les péripéties de cette discussion : c'est comme un drame émouvant dans leurs lettres.
« Paris, ce jeudi 20 janvier 1850. Mon cher Seigneur, nos affaires vont aussi mal que possible... Samedi soir nous avons une grande réunion chez M. Mole pour sauver notre édifice ébranlé. Envoyez-moi un exemplaire du Mémoire, pour que je puisse le communiquer à qui de droit, et notamment à l'évèque de Langres, avant son discours... »
a Paris, 1er février 1851. Nous avons dimanche, chez M. le comte Mole, une conférence intime pour bien distribuer nos rôles dans la discussion : Beugnot, Fresneau, Melun, Vatimesnil, Corcelles et moi...
» Je conjure M. Mole de nous faire un petit discours sur la conciliation, contre l'amendement Cazalès; un mot de vous peut-être l'y décidera... »
Dans une de ses réponses, le 30 janvier 1850, l'évoque d'Orléans lui disait :
« Mon cher ami, je regrette beaucoup le retard de notre loi; je crains qu'elle n'y périsse. » Et, dans une autre lettre, revenu à la confiance : « Quant à la loi, j'espère comme vous; Dieu mène cette affaire. Mais la situation de l'Eglise de France et le remède, voilà ce qui me laisse dans une inquiétude profonde. » Une autre fois : «Je n'ai jamais eu de ma vie plus de tranquillité d'àme et de conduite; c'est ici évidemment, profondément, la cause de Dieu, de l'Eglise, et le salut de ce pauvre pays autant que possible. Je dirais avec conliance ce soir mon nunc dimittis sur cette affaire. C:est aujourd'hui le jour de la mort de ma mère; je n'ai jamais regardé de si près et si bien le ciel et l'éternité... Et quant à vous, seul sur le champ de bataille, vous devez combattre comme vous l'auriez l'ait sous les murs de Jérusalem, c'est la même cause! Tout à vous en toute charité, comme on s'aimait autrefois. »
Cependant M. Thiers, dans la discussion de la loi, était admirable de bon sens, de lucidité et de courage, « Avec une audacieuse franchise)), c'est son expression, il n'hésita pas a en proclamer le grand caractère : loi de salut social, avec l'Eglise pour auxiliaire.
« En présence, disait-il, de ce que nous avons vu depuis deux ans, j'avouerai sans crainte que je suis modilié. .. Oui, c'est vrai, je n'ai pas, à l'égard du clergé, les jalousies, les ombrages que j'avais il y a deux ans... J'ai tendu la main à M. de Montalembert, je la lui tends encore (Interruptions). Oui, en présence des dangers qui menacent la société, j'ai tendu la main à ceux que j'avais combattus, qui m'avaient combattu; ma main est dans la leur: elle y restera, j'espère, pour la défense commune de cette société qui peut bien vous être indifférente, mais qui nous touche profondément, )>
Et M. de Montalembert faisait écho à ces paroles :
« Un nous a reproché d'avoir substitué l'alliance à la lutte. .Messieurs, j'ai fait la guerre et je l'ai aimée; je l'ai faite plus longtemps, aussi bien et peut-être mieux que la plupart de ceux qui me reprochent aujourd'hui de la