‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 295 sur 326 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

cesser; mais je n'ai pas cru que la guerre fût le premier besoin, la première nécessité du pays; au contraire, j'ai pensé qu'en présence du danger commun, et en présence aussi des dispositions que je rencontrais chez des hommes que nous avions été accoutumés à regarder comme adversaires, le premier de nos devoirs était de répondre à ces dispositions nouvelles... En nous retrouvant ensemble, au lendemain du naufrage, sur la frêle planche qui nous sépare à peine de l'abîme, fallait-il sans nécessité recommencer la lutte de la veille? Fallait-il repousser la main que, tout naturellement, nous étions portés à nous offrir l'un à l'autre? Je ne l'ai pas pensé et je ne m'en repens pas. Nous n'avons sacrifié ni la vérité, ni la justice; nous n'avons sacrifié que l'esprit de contention, l'esprit d'amertume et d'exagération, qui sont malheureusement inséparables des luttes, même les plus légitimes, lorsqu'elles sont prolongées. »

Nous ne pouvons entrer dans les détails de cette discussion; mais on ne lira pas sans intérêt le passage suivant d'un discours de M. Thiers sur la question des Jésuites :

c Et maintenant, je vais passer aux Jésuites (A gauche: C'est fait depuis longtemps)... Les Jésuites rentreront. Eh bien, je vous demande, au nom de vos principes, comment vous ferez pour empêcher que les Jésuites n'entrent dans l'enseignement? Ah ! si vous vouliez vous replacer dans ce que vous appelez le monde détruit, si vous veniez lui emprunter la liberté limitée qu'il croyait, lui, la bonne, je le comprendrais. Mais vous qui le déclarez à jamais renversé, vous venez prendre un de ses petits moyens, un de ses petits ombrages, une de ses petites jalousies, et vous dites : Nous ne voulons pas des Jésuites!

» A gauche. — iMais non ! du tout ! (Rires bruyants à droite.)

» M. Thiers. — Je le savais bien; ce n'est pas vainement que j'ai adressé la question. Je savais bien que^ quand on a la main sur la vérité, il n'y a qu'à la presser pour la faire jaillir. Je savais bien que, la question nette-

ment posée, il vous serait impossible de dire autre chose que non. Eh bien, oui, c'est vrai, vous ne pouvez pas, avec vos principes , arrêter le clergé ni interdire les Jésuites...

» Messieurs, il faut qu'il n'y ait ici aucun doute, aucune obscurité. Un individu, laïque ou ecclésiastique, se présente. Ces deux preuves (de capacité et de moralité) exigées, par lui faites, il n'y a plus rien à lui demander. S'il porte la robe de prêtre, on ne peut pas lui demander s'il appartient à telle ou telle congrégation. Cela ne se peut pas... »

Une majorité de 450 voix contre 1-48 répondit à ce discours.

Après cette séance, le P. de Ravignan écrivait à Mt* d'Orléans :

« Mon bien-aimé et vénéré Seigneur, hier déjà mon cœur avait besoin de vous écrire, de vous remercier, de bénir votre zèle courageux et dévoué. Vous avez fait la séance de samedi: le vote, M. Thiers, vous sont dus... Après Dieu, à vous notre tendre amour, notre profonde et vive reconnaissance. Je sens bien ce que je dis. Le P. provincial, qui est maintenant à Brugeletle, en partant me disait : a C'est bien Msr d'Orléans qui a fait M, Thiers. »

» J'ai envoyé hier ma carte à M. Thiers; j'ai vu aussi Pevêque de Langres, Montalembert, Yatimesnil, M. Mole, M. Beugnot... Mais j'ai besoin de vous remercier à genoux, et avec la plus tendre vénération. Bénisseznous1. »

Ainsi fut votée cette loi. « qu'on appelle, a écrit M. de Falloux lui-môme, la loi de 1850, quand on en veut dire du bien, et la loi Falloux quand on en veut dire du

mal2 ».

1. Nommons encore, parmi les défenseurs de cette loi à la tribune, MM. de Kerdrel, Fresneau, Poujoulat, H. de Riancey, de Corceiles, de Melun, etc.

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