CHAPITRE III
extrême ardeur. * Il en existe une preuve irrécusable, le cahier de cette retraite que nous avons entre les mains.
La théologie, qui lui ouvrait ses premiers et grands horizons, le fit prodigieusement travailler. « C'est incroyable, écrit-il, comme je travaille. Jamais je n'ai fait autant d'ouvrage que cette année. Cette théologie est immense. » La forme scholastique de l'enseignement néanmoins lui paraissait froide ; son goût littéraire cherchait son aliment dans des préoccupations d'éloquence. Il résumait tout ce qu'il entendait ou lisait. « Cette année-là, j'écrivis beaucoup de choses éloquentes (il souligne le mot), soit sur la philosophie, soit des sermons ou des conférences que j'entendais ou dont on me parlait. Je recueillais tout et ne perdais rien. Quelle émotion je ressentis un jour en entendant citer ce passage d'un sermon du P. Mac-Carty aux Tuileries : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, te convient-il de demander, les mains encore teintes de leur sang, pourquoi ils sont muets? » On lisait ['Histoire de Fénelon, au réfectoire; c'était un immense enthousiasme; il y avait des cabales pour faire lire de bons lecteurs à certains jours; on pleurait, on ne mangeait pas: c'était admirable î J avais commencé un cahier sur cela. Nous étions tous inflammables au bon et au beau. »
Dans de telles dispositions, on conçoit que les ordres mineurs, qu'il reçut à la Trinité, aient été pour lui, comme il le dit, « d'une grande douceur »
Cette tendre piété et ces sérieuses études n'empêchaient en rien sa vive gaieté : ou plutôt, la joie du cœur n'est-elle pas le fruit naturel de l'amour de Dieu? Il était donc à Issy, de même qu'à Saint-Nicolas, comme le boule-entrain des jeux : il en faut bien à cette jeunesse, ceux du moins qui ne sont pas incompatibles avec la gravité ecclésiastique. Or, tout est organisé à Saint-Sulpice, même les jeux : il y avait donc à Issy un maître des jeux, chargé de les distribuer, de les recueillir et de les conserver. On lui donna, la seconde année, cette charge. « J'eus de suite, dit-il, beaucoup d'argent, et renouvelai tout. » Même le vieux billard, contemporain, disait-on, d'Henri IV,
ôi VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.
et qui avait tous les droits à la retraite. Profitant d'une visite à Issy de Mgr Frayssinous, qui venait d'être nommé évèque d'Hermopolis et grand maître de l'Université, il lui présenta avec l'abbé Dupuch, la requête du vieux billard en vers latins. La pièce était intitulée : L^ Grand M 'litre des Jeux du séminaire a" Issy au Grand Maître de V Université. Les bontés de Mgr Frayssinous pour lui autorisaient cette audace. Mgr Frayssinous était, nous l'avons vu, un de ceux qui suivaient du regard et du cœur ce jeune homme de si grande espérance : « Quand il venait à Issy, il me prenait, dit-il, en particulier: me faisait asseoir près de lui sur l'herbe, et s'entretenait doucement et paternellement avec moi. Que cet homme était bon, simple et grand! » Non seulement Mgr Frayssinous s'empressa d'accueillir la requête, mais encore il voulut inaugurer lui-même avec ces jeunes gens le nouveau billard obtenu par les hexamètres de l'abbé Dupanloup.
Un autre ordinaire effet de la piété dans un jeune cœur ardent et pur, c'est l'épanouissement charmant de tous les bons sentiments de l'àme : c'est ce qui eut lieu pour celui de tous qui, dans l'ordre des affections humaines, avait les plus délicates et plus vives racines en lui, son amour pour sa mère. Il y a des mères qui craignent de perdre leur fils en le donnant à l'Eglise et à Dieu. Quelle erreur! Rien ne grandit plus le sentiment filial que le renoncement à toutes les affections de la terre. Les lettres qu'il écrivit d'Issy à sa mère sont particulièrement affectueuses. En voici quelques extraits qu'on ne lira pas, pensons- nous, sans un véritable intérêt :
« Issy, ce 30 octobre 1821. Si tu savais, ma bonne mère, le plaisir que m'a fait ta lettre ! Oh ! qu'elle était maternelle! Non, il n'y a qu'une mère, et une mère comme la mienne qui puisse écrire avec tant de cœur ! Mais va, tu parlais aussi à un cœur qui sait te comprendre, et ton fils n'est pas indigne de toi. »
« Issy, ce 20 avril 1822. ... Bonne mère, mon cœur n'a pas oublié tout ce que tu as fait pour moi depuis les jours de ma première enfance et pendant ma jeunesse. Je ne perdrai jamais le souvenir de tous les soins que je t'ai