CHAPITRE IV
Saint-Sulpice.
Les catéchismes et les grandes ordination- 18"23- 18-25
Les deux années de Saint-Sulpice furent décisives, non seulement pour sa vocation, mais pour tout son avenir. « A Paris, dit-il, les retraites d'une impression toujours si austère, les ordinations toujours si douces, les catéchismes plus puissants que tout, sont les grands souvenirs de ces années-là. »
Les catéchismes, voilà l'événement capital de sa jeunesse.
Saint-Sulpice, qui est le séminaire moins de Paris que de la France, était alors surtout très florissant ; s'y rencontraient, venus de tous les diocèses, une pléiade de jeunes gens remarquables : MM. Dupuch, futur archevêque d'Alger, et Blancart de Bailleul, futur archevêque de Rouen ; de Charbonnel et de la Hailandière, plus tard évèques, l'un de Toronto, l'autre de Yincennes, en Amérique ; Jacquemet, qui fut évèque de Nantes, et Darcimoles, qui fut successivement évêque du Puy et archevêque d'Aix; Boniver, très aimé aussi de M. Borderies, et qui mourut sulpicien; Pétetot, futur fondateur de l'Oratoire; sans compter Lacordaireetune foule d'autres. Tels furent ses amis. Aussi pieux que distingués, leur ferveur aidait la sienne.
C'est dans cette élite qu'on prenait les jeunes abbés à qui l'on confie les catéchismes de la paroisse, sous la direction supérieure d'un des prêtres du séminaire. L'abbé Dupanloup était vivement réclamé par eux. On lui fit faire d'abord le catéchisme des garçons le dimanche, puis le
catéchisme de semaine, celui qui préparait immédiatement à la première communion ; l'année suivante, le catéchisme de Persévérance des tilles : et de nouveau, mais cette fois en qualité de chef, le catéchisme de semaine. A mesure qu'il monte d'un catéchisme à un autre, le zèle s'éveille en lui, puis s'allume pour ne plus s'éteindre. Même progrès dans l'art catéchistique : l'incertitude d'abord, puis après une révélation singulière, la prise de possession de la vraie méthode, pour jamais. Mais laissonsle raconter lui-même ces débuts dans un ministère où il devait être un si grand maître : a travers les détails charmants auxquels il s'attarde, nous pourrons contempler dans ces récits cette belle chose de l'àme : la floraison du zèle, l'aimable épanouissement d'un grand cœur de prêtre.
« On me donna à choisir, dit-il1, entre le grand catéchisme de Persévérance des tilles, et le catéchisme des garçons de la chapelle basse. Bien que mes meilleurs amis fussent à la Persévérance, je préférai cette pauvre chapelle basse, où quelques années auparavant j'étais venu moi-même me préparer a la première communion, et où j'avais trouvé, dans la tendre et religieuse amitié de mes catéchistes et dans l'infinie bonté de Dieu, des biens si doux... »
A peine fut-il au milieu des enfants, et vit-il tous ces petits regards (ixés sur les catéchistes, toutes ces jeunes âmes ouvertes pour recueillir la parole de Dieu, que, aussitôt, il prit feu, c'est son expression.
Toutefois, ses premières instructions, quoique dénotant un rare talent oratoire, se ressentaient de son âge et de son inexpérience, c La vérité, dit-il, est que, si j'avais alors un grand désir de bien faire, je ne savais guère comment m'y prendre: je n'avais pas le sens catéchistique, et si je l'avais un peu dans le cœur, je ne l'avais pas dans l'esprit. En parlant à ces chers enfants, je faisais des phrases, ma rhétorique voilait la clarté de mes instructions, éteignait même à moitié l'onction et le leu de mes
t. VŒuvre par excellence, 2* lettre à un ami.