CHAPITRE IV
petites homélies. J'ornais mon style, j'écrivais en un mot. Généralement, nous tombions tous par inexpérience et jeunesse dans un de ces deux défauts; nous avions ou trop de familiarité ou trop d'ornement. »
Une circonstance étrange, et fortuite en apparence, de petits papiers, « froissés et déchirés ». trouvés par lui dans un corridor, et avidement déchiffrés, lui furent une révélation. « C'étaient, dit-il, des fragments d'instructions familières, des avis pour la première communion, des histoires racontées aux enfants, des paraboles, quelques homélies. Je lus tout; j'y trouvai un tel charme de parole, une telle langue, un tel amour de l'enfance, une lumière si douce et si vive sur cet âge, une naïveté de sentiment parfois si ravissante, que, prenant tout ce qu'il y avait là de ces étranges petits papiers, je les emportai à ma chambre pour les étudier et les considérer à loisir. J allai pourtant, par un juste sentiment de délicatesse, trouver celui à la porte duquel j'avais ramassé ces petits papiers, et je lui avouai le prix que j'y attachais, sans savoir de qui ils étaient. Il me dit sur-le-champ : « Ce sont d'anciennes notes de M. Teysseire ; mais c'est indéchiffrable, cela n'a aucune suite ; faites-en ce que vous voudrez. » Et il me donna tout ce qui lui en restait encore. Ce lut pour moi une fortune. Le plaisir que me faisaient à l'esprit et au coeur ces petits papiers est encore aujourd'hui dans mon àme un sentiment singulier : c'était pour moi comme la découverte d'un trésor ; c'était comme autant de pierres précieuses cachées dans l'herbe et dans les bois ; je ne puis encore y penser sans émotion. Le fait est que M. Teysseire fut un homme d'un vrai génie pour les enfants ; le connaître fut pour moi un bienfait immense et toute une révolution dans mes habitudes d'esprit. Je pris du moins, en l'étudiant de mon mieux, l'horreur de mes défauts et de ma rhétorique, et un certain goût de vérité simple et d'onction, pour parler aux enfants, qui ont fait qu'à une distance infinie de ce modèle j'ai trouvé quelquefois le chemin de leur esprit et de leur cœur. »
Le catéchisme de semaine lui apporta une illumination
plus vive encore. Le catéchisme par lequel il avait débuté était celui du dimanche, c'est-à-dire la préparation éloignée à la première communion. La préparation prochaine et immédiate se faisait dans les deux catéchismes de semaine, dont l'un allait du Carême à Pâques, l'autre de Pâques à la Pentecôte. 11 ne fut pas de celui de Pâques ; mais deux séances de la retraite finale, auxquelles il voulut assister comme témoin, l'ouverture de la retraite le dimanche soir, dimanche des Rameaux , et la séance du mercredi soir, veille de la première communion, lui donnèrent une commotion véritable, en lui laissant voir, pour la première fois, ou du moins plus qu'il ne l'avait fait jusquelà, la beauté, la céleste beauté des âmes qu'un rayon de grâce a touchées. « Les enfants, dit-il, avaient été admirablement préparés, leur recueillement était profond, leur saisissement visible. Lorsque le prêtre qui expliquait les billets, d'une voix faible, mais émue, et puissante par son émotion, s'écria, en joignant les mains et regardant le ciel : « 0 mes enfants ! mes enfants ! vous voilà donc au moment de faire votre première communion! » ce fut un cri si vif, si tendre, venant si doucement des profondeurs de son âme, que tous ces pauvres enfants, et nous-mêmes, en fûmes attendris. Toutes ces jeunes âmes resplendirent. Ce que j'éprouvai là fut si profond, que je donnerais tout au monde pour me retrouver à un tel moment ; c'est là que l'ordre divin et surnaturel de l'action pastorale sur les âmes commença à m'être révélé. » Le mercredi soir, autre ravissement. « Le dimanche, à l'ouverture de la retraite, j'avais vu des enfants pénitents, humbles, contrits ; le mercredi soir, je vis des enfants angéliques, heureux, triomphants ; la retraite avait achevé l'œuvre des miséricordes divines ; remplis du bonheur de l'absolution reçue, tout entiers à la vive espérance de faire leur première communion le lendemain, ils étaient rayonnants. Leur catéchiste leur parlait avec un feu divin, avec une suavité ravissante ; il ressemblait vraiment à un ange de Dieu. Ce jour-là l'impression des âmes et de Dieu présent, et la grande action divine qui s'accomplit parle ministère sacerdotal, me saisit à jamais. Depuis, tout ce qui n'est