‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 4 sur 326 · XII LETTRES · texte numérisé non relu

XII LETTRES

s'élever! Il faut s'ennoblir! Il faut se purifier! Il faut se diviniser! Celle dignité épiscopale est divine. El en toutes choses il faut être grave, irrépréhensible, modeste, ferme, doux et fort, grand et noble... En toutes choses il faut une grave simplicité dans mon extérieur, quelque chose de digne. Mais cette dignité extérieure n'est que l'ombre et l'image de la dignité intérieure. »

Soyez donc persuadé, monsieur le chanoine, que je vous sais un gré infini d'avoir bien voulu m'envoyer directement votre beau livre, au moment même où j'allais le demander a Paris pour le placer à côté des Vies de sainte Paule et de saint Paulin...

Dès que mes occupations me laisseront quelque répit, je lirai vos deux autres volumes, où je trouverai, je n'en doule pas, de nouveaux motifs d'admiration et d'édification. C'est donc bien sincèrement que je vous félicite d'avoir donné h votre pays une œuvre qui éclaire, fortifie la foi et augmente la piélé de tous ceux qui la lisent.

Veuillez, monsieur le chanoine, être indulgent pour mon mauvais français; ne m'oubliez pas dans vos prières, et agréez, je vous prie, l'assurance très sincère et 1res affectueuse de mon dévouement en Notre-Seigneur.

Alphonse, archevêque de Capoue.

Lettre de M-r Foulon, archevêque de Besançon.

Besançon, le 20 juin 1883.

Mon cher ami,

J'ai reçu les deux volumes que vous avez bien voulu me faire tenir. Vous me les aviez déjà communiqués; je les retrouve avec des qualités de plus, et je me fais une vraie joie de les relire.

Il y aura l'année prochaine un demi-siècle que j'ai eu pour la première fois l'honneur d'approcher de la personne de celui qui devait êlre le grand évèque d'Orléans : c'était vers la fin de 1834. L'œuvre de Saint-Hyacinthe venait cL'èlre interrompue par les faits que vous racontez si exactement. Les prêtres distingués qui l'avaient fondée avaient été envoyés par M&r de Quélen au petit séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet pour y remplir diverses fonctions, en attendant qu'il fût possible de les placer ailleurs.

'LETTRES. xiii

M. Dupanloup fut chargé de la préfecture des études. J^ n'oublierai jamais l'impression qu'il me lit. J'avais alors onze ans et je commençais mes classes. C'était un enthousiasme d'enfant pour sa parole que je comprenais et qui m'ai lait au cœur; pour les récits qu'il nous faisait de ses voyages dont il avait rapporté des souvenirs de toute sorte, nous admettant à les visiter toutes les fois que nous avions de bonnes places de composition et des notes irréprochables; surtout pour son aménité, j'allais dire sa bonhomie, se faisant enfant avec les enfants, et partageant leurs jeux où il excellait. Avec cela une grande autorité qui tenait à distance et le faisait grandement respecter, sans empêcher qu'on ne l'aimât beaucoup.

L'enthousiasme de ces premiers jours a duré : je ne connais pas un seul homme qui ait eu le don de l'exciter chez moi au même degré que lui. Ce sentiment a été à son comble pendant tout le temps que j'ai eu le bonheur de l'avoir comme supérieur du petit séminaire, et à aucune époque de ma vie, la présence ou même simplement le nom de mon illustre maître ne m'a laissé sans émotion. Tous mes condisciples en étaient là. Nous étions à la lettre subjugués par cet incomparable initiateur; aussi les huit années qu'il a passées au petit séminaire sont devenues presque légendaires. 11 y a un livre qui lésa fait revivre et qui a été publié par un de ses élèves sous le titre de : Souvenirs de Saml-Nicolas. C'est le tableau le [dus fidèle de ce qui s»:- passait alors dans cette maison. Ce livre vous l'avez lu, vous en avez profité, mais nous, nous l'avons vécu. Les étonnantes choses qu'il raconte paraissent à peine vraisemblables, tant cela dépasse l'idéal en matière d'éducation, et cependant cela est vrai. Et celui qui avait créé cette merveille a réussi pendant huit années, succès bien rare, unique peut-être! à maintenir l'élan extraordinaire dont il avait donné la première impulsion. Le type d'éducation que M-'1 I>upanloup a inaugure au petit séminaire est resté son œuvre personnelle et incontestée : toute modifiée qu'elle a dû être dans plusieurs de ses parties qui ne pouvaient se maintenir sans la présence de celui qui l'avait créée de toutes pièces, cette œuvre lui survit, et depuis cinquante ans, j'en ai été témoin, ses grandes lignes n'ont pas fléchi. Aussi, un des plus beaux titres de l'évèque d'Orléans, celui auquel il tenait le plus et qu'il a mis au-dessus de tant d'autres qui l'ont placé si haut, c'est le titre d'éducateur de la jeunesse. Il l'a été surtout dans ses beaux livres sur l'éducation. Leur principal mérite, c'est qu'ils ont été pratiqués avant d'avoir été écrits : ce n'est pas

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