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une théorie, c'est une histoire à laquelle l'expérience ajoutait chaque jour une page de plus.
Vous avez dit tout cela, mon cher ami, et vous l'avez dit d'une manière excellente. Pour être l'historien le plus complet de l'évêque d'Orléans, il ne vous aura manqué que d'avoir assisté comme moi à. ses déhuts.
Il est vrai que vous avez été pendant vingt ans le témoin de sa vie d'évèque; vous étiez donc dans la meilleure situation pour l'écrire. Vous ne vous défendez pas d'y avoir mis votre cœur, et qui pourrait vous en faire un crime? On se doutait bien un peu que l'abbé Lagrange, racontant la vie de l'évêque d'Orléans, ne pouvait le faire d'une autre manière; mais vous v avez mis aussi votre conscience, et c'est là un éloge de plus : « L'impartialité, comme vous le dites avec tant d'à-propos, n'est pas l'indifférence,» et c les yeux illuminés du cœur, illuminatos oculos cordis, y voient encore plus clair que la passion ».
Et qui ne se sentirait pas ému aux grandes choses accomplies pendant ce fécond épiscopat? Vous en avez fait ressortir avec beaucoup de vérité la note dominante, c'est-à- dire l'amour de l'Eglise, le dévouement asque ad effusionem sanguinis, quoiqu'il n'ait pas été donné à M-1 Dupanloup de faire sous cette forme ce serment, qui est celui des cardinaux.
Mais à quelles luttes le grand évêque n'a-t-il pas été mêlé ; quel courage, je dirai mieux, quelle audace, quelle obstination indomptable dans la défense de l'Eglise, son plus cher et sou plus constant amour? Ou se rappelle à dix-huit ans de dislance le retentissement de ses protestations dont on a dit qu'elles valaient une armée :
Si Pergama dextra Defendi possent, etiam hac defensa fuissent.
Qui donc a déployé un pareil zèle pour défendre le Saint- Siège? Le Pape exilé à Gaëte ou prisonnier au Vatican, les défenseurs de son pouvoir temporel écrasés à Castelfidardo, ont reçu le premier salut de l'évêque d'Orléans, et ses dernières lettres sur le denier de Saint-Pierre, écrites si peu de temps avant sa mort, terminent ses croisades en faveur du Saint-Siège commencées il y a près d'un quart de siècle par le livre de la Sou vera ineté pont iftcale .
Toujours sur la brèche, sans consulter ses intérêts, sans faire état de ses forces, sans compter ses adversaires, il ne se reposait de la lutte qu'en préparant des armes pour de nouveaux combats ; interrogeant à chaque instant chacun des points de
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l'horizon d'où il pouvait soupçonner quelque invasion des ennemis de l'Eglise et de Dieu, il allait toujours le premier à leur rencontre et s'exposait, au plus épais de la mêlée.
Comme vous avez bien noté au passage, mon cher ami, et caractérisé ces publications de si grand souffle, de logique si puissante, d'un sens vraiment prophétique, ces brochures qui sonnaient la charge, sentaient la poudre, où l'on çroyail entendre le cliquetis des armes et le bruit de la mêlée ! Ils retentissent encore au fond de nos cœurs, ces accents douloureux et indignés de l'illustre évêque contre les sophistes, les matérialistes, les panthéistes, les athées, contre tous les ennemis de l'Eglise, quels qu'ils fussent et d'où que partissent leurs coups. >on, aucun de nos contemporains n'aura dénoncé avec tant de force les dangers qui nous menacent à l'approche de l'abîme au bord duquel nous nous débattons. Un évêque qui avait une vue si nette et si profonde des dangers de la société aimait tendrement la France; cet amour, avec celui de l'Eglise, occupait véritablement son cœur tout entier. On l'a bien vu pendant cette lamentable guerre de 1870. Aussi sa ville épiscopale ne l'a pas oublié, et le vote par lequel elle l'a appelé à l'Assemblée nationale a été un vote de justice autant que de reconnaissance.
On ne peut nier l'influence considérable que M-1' Dupanloup avait à l'Assemblée nationale et celle qu'il eut plus tard au Sénat. D'abord, il était écouté, et avec une attention que n'ont pas toujours obtenue au même degré des hommes politiques plus anciens que lui dans la vie parlementaire et qui y avaient marqué.
Ensuite, on faisait plus que de l'écouter, on votait avec lui ; c'est ainsi que, sur les questions si importantes de l'aumônerie militaire, de la liberté de l'enseignement supérieur, il a eu la gloire d'amener la majorité à son avis. Hélas ! sa victoire ne lui a pas survécu! Je confesse volontiers qu'à l'époque où il parlait à la tribune, et nous sommes à peine à cinq ans de ses derniers discours! on donnait moins difficilement qu'aujourd'hui audience aux avocats des bonnes causes, et ils réussissaient quelquefois à gagner leur procès; mais qui nous dit que, même au moment où nous écrivons ces lignes, la voix grave et attristée de l'évèque d'Orléans, revendiquant les droits de la vérité et de la justice, n'aurait pas encore trouvé d'écho?
Du moins, à ce vieil athlète de toutes les grandes luttes où étaient en jeu les libertés de l'Eglise, les droits des pères de famille, l'avenir même de la société, Dieu aura épargne la dou-
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leur de voir succomber les nobles causes auxquelles il a consacré son intelligence, sa force, sa vie, et attaclié pour jamais son nom. Ta vero felix non tantum vitœ claritate, sed etiam opportunitate mortis 1
Tant de titres n'auraient pas complètement suffi à la gloire sacerdotale de M- Dupanloup, s'il n'avait été de plus un prêtre selon Dieu et un grand évêque.
Vous rappelez dans votre Avant-propos, mon cher ami, ce mot léger d'un académicien peu grave « que M-1 Dupanloup avait été aussi peu évèque d'Orléans que possible ». Un autre académicien. M. de Monlalembert, plus en situation de le juger, avait dit, avec autrement d'autorité et de justice, que i\l^' Dupanloup n'a pas été seulement un des plus lettrés et des plus militants, mais encore un des plus vigilants et zélés évoques de nos jours. Vous avez été le témoin de cet épiscopat, mon cher ami, et vous avez bien fait de nous en tracer le tableau; quoique moins près de lui que vous, j'ai été presque autant que vous à même de le juger.
Quoique absorbé par les occupations les plus nombreuses qu'il ait été donné à un seul homme de mener de front, il n'a jamais abandonné le soin de son troupeau. De loin comme de près, dans les grandes questions comme dans les plus petits détails de l'administration de son diocèse, il était là par sa sollicitude pastorale, par sa direction, par ses inspirations, par ses décisions, par cette présence réelle de l'autorité qu'on sentait toujours, même lorsqu'il était absent ; qui n'abdiquait jamais, qui intervenait à chaque instant, et de la façon la plus nette, la plus décisive, quelquefois la plus imprévue et la plus énergique.
Et puis, — et ce n'est pas la révélation la moins précieuse de votre livre, — quelle gravité de vie. comme sa piété était à la fois éclairée et tendre, quelle fidélité scrupuleuse à tous les devoirs et à tous les exercices d'un bon prêtre, quelle simplicité dans ses habitudes, quel dédain absolu des avantages temporels que ses relations, sa haute situation, son influence auraient pu lui assurer! Des cœurs moins haut placés que le sien s'y sont plus d'une fois laissé prendre. A travers des occupations sans trêve et une vie sans repos, que n'a-t-il pas fait aussi pour la direction des âmes, cet art des arts, où il était passé maître, et quel sillon lumineux cette direction sage autant que forte, austère même, n'a-t-elle pas laissé dans la vie de ceux qui ont eu le bonheur d'y avoir l'évèque d'Orléans pour guide! Le chapitre où vous traitez ce sujet est peut-être un des meilleurs de
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votre livre, où il y en a tant d'excellents; aussi vous avez Lien raison de conclure que le ressort caché de cette féconde existence c'a été la piété, et j'ajoute volontiers avec un illustre cardinal : « Tranchons le mot, la sainteté. »
C'est la condition du bien qu'il ne puisse s'accomplir sans difficulté. Aucune n'aura manqué à M-1' Dupanloup, et il lui en est venu de bien des côtés, même de ceux où il ne devait pas naturellement les attendre. Les qualités de son action et de son gouvernement ont été disculées à l'égal de celles de son caractère et de son esprit; on peut dire que, comme évèque et comme homme politique, il aura été un signe de contradiction pour un grand nombre de ses contemporains. Quand on administre les choses d'ici-bas, celles de l'Eglise comme les autres, il ne se peut qu'on ne rencontre des idées qui ne sont pas les siennes, des prétentions opposées à la manière dont on comprend l'exercice de l'autorité. Chacun, d'ailleurs, porte le caractère de son esprit dans la direction des choses dont il a la responsabilité. La personnalité de l'évêque d'Orléans était, trop haute, ses paroles et ses actes ont eu trop de retentissement pour qu'il ait pu échapper aux jugements de l'opinion. Il ne l'a jamais llattée; il a paru quelquefois la braver; mais, quelques réserves que la postérité juge à propos de faire sur la manière dont il a rempli les rôles militants dans lesquels sa vie a été engagée, nul ne pourra lui contester la gloire d'avoir été dans notre siècle un des évèques qui ont le plus aimé l'Eglise et son pays.
Vous avez dit tout cela, mon cher ami; vous avez fait plus, car vous l'avez prouvé par des faits ; et vous avez à compléter la démonstration. Ne vous excusez pas d'avoir écrit trois volumes. Ce n'est pas trop pour le récit de tant de choses. Il me conviendrait plutôt de m'excuser moi-même de vous avoir fait cette trop longue lettre, si je n'avais tenu à vous dire la grande estime où je tiens votre si remarquable Vie de M9' Dupanloup et le grana attrait que j'ai ressenti à y retrouver des souvenirs qui pour moi sont impérissables.
Croyez, mon cher ami, à mon affectueux dévouement.
f Joseph, archevêque de Besançon.
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Lettre de M- Place, archevêque de Rennes. Rennes, -20 juin 1883. Archevêché de Rennes, Dol et Saint-Malo.
Mon cher ami,
J'ai trouvé, en rentrant à Rennes, au terme de ma visite pastorale, la Vie de M Dupât! loup, dont votre bonne lettre m'avait annoncé l'envoi. Vous savez avec quelle impatience je l'attendais: aussi, malgré des accablements que vous comprendrez, après une campagne de confirmation de trois mois, j'en ai immédiatement commencé la lecture. Mais, comme vous pensez bien que je ne saurais consentir à en passer une seule ligne, je ne veux pas attendre d'avoir entièrement achevé cette lecture pour vous remercier, beaucoup plus encore du livre lui-même que de l'hommage que vous avez eu la bonté de m'en faire.
C'était à vous, l'auxiliaire dévoué, le compagnon et le fidèle ami du grand évêque, de nous raconter cette vie si glorieuse et si pleine. Bien des années s'en sont écoulées sous vos yeux, et vous êtes en droit de vous approprier les paroles de saint Jean : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, avec loisir de l'observer, ce que nos mains ont touché, c'est cela même dont nous rendons témoignag
Vous le faites, mon cher ami, c avec votre cœur i sans doute, et avec votre beau talent et votre chaleur d'àme, mais avec une entière fidélité. Qui plus que Jui d'ailleurs n'a besoin que de la vérité, et comment le louer plus dignement que de le montrer tel qu'il était?
Tel qu'il était, c'est ainsi que vous le faites revivre.
J'ai connu l'abbé Dupanloup à la tête de ces catéchismes qu'il éleva ta un si haut degré de salutaire prospérité et qui ont fait école dans notre pays. Ainsi que vous m'avez fait l'honneur de le rappeler, j'étais de l'Académie de Saint-Hyacinthe, et tous ceux, de jour en jour moins nombreux, qui ont eu comme moi celte bénédiction de Dieu sur leur jeunesse, attesteront que vous n'avez rien dit de trop de son zèle, de sa sollicitude, de ses industries, de l'extraordinaire puissance de son action sur nous. C'était véritablement une fascination. 11 n'était pas un de nous pour qui les réunions de l'Académie ne fussent au premier rang de ses heures les plus douces, et qui, après son
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père et sa mère, aimât personne au monde plus que l'abbé Dupanloup.
Je ne peux assez remercier le bon Dieu d'avoir été placé sous cette bienheureuse influence.
Plus tard, je l'ai connu évêque, associé durant six années, en qualité de vicaire général à son administration Ici encore ce qui était à craindre, ce n'est pas de trop dire, mais de ne pouvoir tout dire. C'était un évêque comparable à ceux dont, à ses plus grandes époques, l'Eglise s'honore davantage; il était de leur race, et puisqu'il était dans les desseins de Dieu sur ma faiblesse de m'appeler, si indigne que j'en sois, à porter en ces jours difficiles le poids si lourd de l'épiscopat, quelle grâce d'avoir été à même d'en apprendre les devoirs à l'école d'un tel maître!
Quelle activité, et, au milieu de cette activité, quelle suite et quelle persévérance dans ses projets! Quelles vues! quelle flamme! Quel admirable amour des âmes et quel désintéressement! Combien il s'oubliait soi-même pour ne songer qu'aux nobles et saintes causes auxquelles il s'était voué : à l'éducation chrétienne, à l'Eglise, à la Papauté, qu'il a si utilement servies, si vaillamment défendues!
Si l'on a pu dire de lui qu'il était à lui seul un corps enseignant, n'était-il pas aussi à lui seul toute une armée au service d,i l'Eglise et du Saint-Siège?
Je viens de nommer l'éducation: à cet égard, il n'y a qu'une voix, et, sur ce point encore, je suis autorisé à joindre à ce concert d'éloges mon humble témoignage. Il m'avait confié la direction de son cher séminaire de La Chapelle, et, si je n'ai pas été avec lui à Saint-Nicolas, le petit séminaire de Paris était encore, lorsque j'en devins supérieur, tout plein de lui. Ses écrits sur l'éducation sont hors de pair, et il était égal à luimême dans l'application de ses idées.
Mais tout cela, ses travaux, ses luttes, ses victoires, procédait d'un principe unique : sa tendre et profonde piété. Vous l'avez très justement remarqué vous-même, c'est < la source cachée de tout ce qui a jailli au dehors ». Le public ne le sait pas assez : à travers le retentissement de ses œuvres et la gloire de son nom, il voyait l'écrivain, l'orateur, le combattant intrépide et chevaleresque de tous les bons combats, il ne regardait pas assez le prêtre, qui était tout en lui. Le mot grand vient spontanément à la plume et aux lèvres quand il s'agit de lui, sous quelque aspect qu'on l'envisage; mais il était par-dessus tout un grand prêtre. De là ses éclairs, ses ardeurs, ses
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dévouements, les saintes et généreuses passions dont ia flamme consumait son cœur et rayonnait si puissamment autour de lui.
J'ai dit un mot de son amour des âmes; c'était admirable. S'il en savait une en détresse, en souffrance ou en péril, rien ne lui coûtait; le reste du monde n'existait plus; il traversait la France, multipliait les correspondances. Aussi, combien il en a consolé, relevé, encouragé, soutenu, poussé en avant dans les voies de la perfection et conduit à une haute sainteté !
Je m'oublie; pardon de mes longueurs. Mais le moyen, pour ceux qui l'ont vu de près, dont la vie a été mêlée à la sienne, de ne pas s'attarder en parlant de lui?
Merci de nouveau, mon cher ami ; courage pour la continuation de votre œuvre. Ces deux volumes vont faire paraître le temps bien long jusqu'à la publication du troisième.
Veuillez agréer, mon cher ami, l'assurance de mon très affectueux et fidèle dévouement en N. S.
t Charles-Philippe, archevêque de Rennes, deDol et Saint Malo.
Lettre de M-1 IU.madié, archevêque d'Albi.
Albi, 1-2 juillet 1883.
Cher monsieur le chanoine et ami,
Vous exprimer les impressions douces et profondes que la délicieuse lecture de votre remarquable Vie de M'1 Dupanloup vient de me donner, ne m'est pas possible. Comme les tendresses de votre piété filiale vous ont bien inspiré! J'admire surtout avec quelle supériorité elle a su répondre aux lois du cœur sans jamais blesser les scrupules delà vérité : comment elle a réuni dans une harmonie parfaite les accents de l'admiration et les sévérités de l'histoire.
Le héros existait, vous ne l'avez pas créé; le ciel, dans ses largesses, s'était plu à l'enrichir de magnifiques ornements. Dans votre travail consciencieux, vous l'en avez revêtu, et si vous avez interrogé les règles de l'art, vous n'avez pas eu recours aux habiletés de l'industrie. Pour photographier la vénérable et grande figure de l'évêque d'Orléans, il vous a suffi d'être vrai et correct.
Cest lui! à chacune de vos belles pages, ce cri de justice
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s'échappe du cœur. Vous l'avez ressuscité, vous le faites revivre de sa propre vie ; on le voit, on l'entend, on l'admire, on l'aime, c'est lui.
Ainsi, grâce à vous, la postérité le connaîtra tel que Dieu l'avait fait, avec les privilèges de sa belle nature embellie par des prodiges de grâce. Elle saura comment la divine Providence le prépara pendant son enfance si courte et pendant sa brillante jeunesse à son auguste mission. Vraiment ses premières années révèlent les distinctions de son àme; l'abbé Dupanloup fait entrevoir l'illustre évêque.
La noblesse de son caractère, l'élévation de ses sentiments, les élans de son cœur, qui de bonne heure bat si fort et si vite ; les étonnants succès de son ministère sacerdotal, les sympathies générales, qui couronnent son jeune front d'une auréole resplendissante, la direction si intelligente qu'il imprime aux catéchismes et au séminaire de Saint-Nicolas, la sagesse de ses démarches auprès du lit de mort du prince de Talleyrand, les mouvements de sa précoce éloquence et les éclairs de son génie promettaient à la France une nouvelle gloire et à l'Eglise un véritable apôtre. Ces promesses, vous le démontrez, n'ont pas été une déception.
La profondeur de sa foi, les ardeurs de son zèle, sa piété angélique, douce et sérieuse, tendre et éclairée; le ton général de ses nombreux écrits, son dévouement incomparable à toutes les grandes causes, son religieux patriotisme révèlent surtout l'homme de Dieu et des «âmes.
Je n'oublierai jamais les salutaires émotions que j'éprouvais dans nos pieux entretiens à la Chapelle, à Perpignan et à Rome. Ses vues toujours surnaturelles, souvent prophétiques; ses sentiments pleins de vie, de chaleur et de lumière, s'imposaient; la résistance était impossible; sa parole avait des charmes incomparables; elle fascinait. <r Prenez garde, me dit un jour un excellent juge, mon ancien maître, si vous voyez souvent 31- Dupanloup, vous serez bientôt son prisonnier, j M-1 Ginoulhiac avait raison. Je ne tardai pas à être conquis à l'admiration, j'allais dire au service de l'illustre évoque d'Orléans; service d'autant plus honorable que ce maître exigeait de ses amis l'indépendance de la pensée et de la parole; ils avaient l'entière liberté et le devoir de tout lui dire; les complaisants lui déplaisaient; il n'aimait pas les flatteurs, il leur préférait les contradicteurs.
On n'imaginerait pas, si on n'avait pas eu le bonheur de le voir de près, combien il doutait de lui-même, avec quelle facilité
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il accueillait les observations de ses inférieurs, avec quel empressement il les acceptait. J'en ai eu souvent des preuves manifestes...
Le Saint! A ce point de vue, Msr Dupanloup sera désormais connu; il méritait de l'être. Vous ne pouviez pas écrire son histoire sans rendre manifeste ce beau côté de sa vie, beaucoup trop ignoré. Comme il répandait autour de lui la bonne odeur des vertus chrétiennes et sacerdotales! La régularité de ses habitudes, sa fidélité de séminariste aux exercices de piété, l'accent religieux de ses conversations, un je ne sais quoi qui embaumait l'âme quand on l'écoutait m'ont souvent fait dire : Quel saint! — Et je sais que sur ce point vous avez encore beaucoup à dire.
J'ai dit : quel saint! j'ajoute : quel apôtre! L'ardeur du zèle, fruit naturel de la sainteté pastorale, fut l'âme de son ministère et la règle de sa vie. Personne n'ignore avec quelles vives ardeurs il défendit, par l'éloquence de la parole et de la plume, les droits imprescriptibles de la religion et de la papauté.
Législateur, il agissait, il parlait eu évêque, et certes l'évêque n'amoindrissait pas le sénateur et le député. Ses nombreuses institutions, ses visites fréquentes aux communautés religieuses, ses retraites aux hommes et aux dames, ses sollicitudes pour la direction des consciences, ses délicieuses lettres de piété (je sais encore que vous nous réservez sur ce point de nouvelles révélations) sont les fruits précieux de ses saintes ardeurs apostoliques. Sauver les âmes, reconquérir son siècle à Jésus-Christ, telle fut, je le répète, son unique ambition.
Son dévouement sans limites à la cause de Dieu explique les vivacités de sa polémique. Désolé des effroyables invasions de l'athéisme social, il l'étudié dans ses causes et dans ses tristes conséquences, il le saisit, il le démasque, il le terrasse, il lui inflige de sanglantes blessures. Sous le glorieux drapeau qu'il portait et à ses côtés combattaient vaillamment les Montalembert, les Falloux, les Lacordaire, les Ozanain, les Ravignan, les Cochin et une foule d'autres soldats d'élite. Quelle armée intelligente et généreuse! Hélas! des attaques regrettables, des malentendus, des luttes vives et stériles, partis d'un autre camp catholique, affaiblirent son autorité et compromirent ses succès. Puisse l'expérience faite en ces mauvais jours nous convaincre tous une fois de plus que le gouvernement de l'Eglise n'est pas démocratique, qu'il appartient au Pape et aux évèques, que les fidèles lui doivent l'obéissance et le respect, qu'il ne leur est pas permis de violer les règles qui président à la
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discipline des combats, et que finalement l'union seule fait la force.
De malheureuses préventions méconnurent alors les vrais sentiments de M*'1' Dupanloup à l'endroit du Saint-Siège. L'explication duSijllabus, louée par le Saint-Père et par plus de six cents évêques, une foule d'autres pages plus éloquentes sur les droits imprescriptibles de la Papauté auraient dû, ce semble, le protéger contre l'injustice de telles accusations. Pie IX l'avait mieux jugé quand il avait recours à ses lumières dans ses affaires difliciles, quand il lui confiait des missions fort délicates. Vous avez certainement en main les témoignages irrécusables de l'estime aifectueuse et confiante de Pie IX pour le vénéré prélat. Ne négligez pas de publier, dans votre troisième volume, ces pièces justificatives.
Le cardinal Pecci était le Pape désiré par l'évèque d'Orléans. Son élévation sur le trône de saint Pierre lui avait donné de douces joies et de vives espérances. Ou'il lui tardait de se jeter à ses pieds!
J'avais promis de l'accompagner à Rome. Hélas! au moment même où j'attendais dans une sainte impatience l'ordre du départ, je reçus la douloureuse nouvelle de sa mort au château de Lacombe, au sein d'une famille honorable, qui lui avait voué une sorte de culte. Les desseins de Dieu sont pleins de mystère, ses plans providentiels sont toujours adorables; mais n'est-il pas permis de regretter que Léon XIII et M-1 Dupanloup, ces deux belles âmes si bien faites pour se comprendre, ne se soient pas rencontrées et mêlées ; que le grand évèque n'ait pu s'agenouiller devant le grand Pape et n'ait pas récité à ses pieds son Xunc dimittis ?
Msr Dupanloup a eu des adversaires, il le fallait; les hommes éminents en ont toujours. Votre livre ne les a pas encore désarmés. Espérons qu'après avoir lu ce qui vous reste à dire de ses vertus ils ne pourront pas lui refuser l'hommage de leur admiration; du moins ils comprendront qu'ils doivent à sa sainte .mémoire le respect du silence. En tous cas, restez ferme, cher ami, dans vos résolutions, et n'essayez pas de répondre à des attaques qui ne reculeraient ni devant des gloires incontestables, ni devant l'opinion publique, ni devant la double majesté du génie et de la mort.
J'ajoute que ces ravissantes pages sont un éminent service rendu à l'épiscopat; elles en sont l'apologie vivante. Vous démontrez en particulier, par des faits authentiques et fort éloquents, que l'évèque et le Français ne se séparent pas, qu'ils
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sont unis par des liens étroits et indissolubles, et que, pour ainsi parler, plus on est évêcjue et plus on est Français. Quelle péremptoire réponse aux récentes calomnies contre l'Eglise!
Soyez donc béni, cher chanoine, d'avoir élevé à notre grand évèque, avec des pierres précieuses, un monument impérissable : œre perennius. Ce remarquable monument, je le préfère aux marbres qu'un sculpteur de grand renom va bientôt poser sur ses cendres vénérées. Le ciseau de cet artiste, si savant soit-il, ne vaut pas votre plume d'or. Il ne pourra pas, lui, révéler comme vous l'avez fait le cœur de votre illustrissime Père : et quelle âme! et quel cœur! Je me plais à le répéter: l'àme d'un saint et le cœur d'un apôtre. Ce mausolée, pourtant admirablement conçu et exécuté, restera froid. Vaudrait-il le Moïse de Michel-Ange, il ne parlera pas ! Votre livre est chaud, il traduit, il communique vos sentiments et ceux de votre pieux héros. Le monument de M. Chapu représente l'évèque d'Orléans dans la double et tranquille majesté de la mort, le héros qui dort après les combats : le vôtre le fera vivre dans la plénitude de ses mérites, de ses vertus et de son génie.
Croyez, cher chanoine, à mes sentiments très affectueux et très reconnaissants en Xotre-Seigneur.
v Etienne-Emile, archevêque d'Albi.
Lettre de M-1' Besson, évêque de Nîmes.
Mon cher chanoine,
J'achève à peine la lecture des deux premiers volumes de la Vie de M'1' Dupanloup, et, sans attendre le dernier, j'ai véritablement le devoir, en tant qu'évèque et en tant que Français, de vous adresser mes plus vifs et affectueux remerciements.
Vous ne jugez pas votre héros, vous le peignez, el en le peignant avec amour, c'est un demi-siècle dont vous faites le tableau. Depuis 1823, où il débute comme vicaire et catéchiste à la Madeleine, jusqu'en 1878, où la mort l'enlève à la France et à l'Eglise, que de vicissitudes politiques, que de périls, que de devoirs pour le prêtre et pour l'évèque! M. l'abbé Dupanloup demeure vingt ans au second rang, mais déjà il est digne du premier.
C'est le catéchiste par excellence, c'est l'incomparable supérieur du petit séminaire de Paris, c'est le brillant professeur de
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Sorbonne, c'est l'orateur des grandes chaires. Inférieur au P. Lacordaire et au P. de Ravignan dans la conférence, il est leur supérieur dans le sermon, leur égal dans la direction spirituelle des âmes, leur émule dans toutes les grandes œuvres, leur fidèle compagnon dans la disgrâce encore plus que dans la fortune. On apprenait de chacun d'eux toute l'estime que méritait leur admirateur et leur ami, et celui-ci avait en eux, quoique à des degrés divers, toute la confiance que commandaient leurs vertus et leurs services. Le P. Lacordaire, qui avait appartenu si longtemps à l'école de Lamennais, avait moins que le P. de Ravignan le droit de conseiller M. l'abbé Dupanloup.
Mais ils se complétaient tous les trois l'un par l'autre, et, comme ils habitaient des sphères différentes, leur action, pour être personnelle et diverse, n'en était que plus forte, plus étendue et plus féconde. Ce sont les trois hommes qui, de 1830 à 1848, font le plus d'honneur à l'Eglise de France dans l'ordre sacerdotal. On les écoute, on les craint, on les aime, on les admire. 11 n'est permis à personne d'avoir pour eux une médiocre estime. Les impies, les politiques, tous ceux à qui la religion est odieuse ou importune sont obligés de compter avec eux.
Cette période, si pleine de grands souvenirs, se termina par la discussion et le vote de la loi sur la liberté d'enseignement. Vous avez raconté, avec d'abondantes citations et d'intéressants détails, la belle campagne de 1849 et l'éclatante victoire de 1850. Quels généraux et quels hommes d'Etat! Monlalembert, le premier né de notre glorieuse armée, qui, en serrant l'Eglise, ne voulait d'autre récompense que l'honneur de l'avoir servie; M. de Falloux, quoique si jeune encore, attachant son nom à la meilleure loi de notre siècle et devenant par là un de nos plus grands ministres; M. Thiers, l'ancien persécuteur des Jésuit-s, devenu leur allié, oubliant ses jalousies et ses ombrages pour concourir à la loi du salut social. Vous montrez auprès d'eux M. l'abbé Dupanloup, actif, infatigable et conciliant tout ensemble; forçant M. de Falloux à accepter le ministère et forcé par M. de Falloux lui-même à accepter l'épiscopat, écrivant à Rome, discutant, causant, intriguant à Paris (je dis le mot dans son meilleur sens) jusqu'à ce qu'il ait triomphé de tous les obstacles par la persuasion ou par l'habileté auprès des hommes, par la prière auprès de Dieu. Le génie de Montalembert a tout inspiré; la politique de M. de Falloux a tout accompli; l'action persévérante de M. l'abbé Dupanloup a rendu facile ce qui semblait presque impossible. La loi de 1850 a donné à la Franc