‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 41 sur 326 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pas cela, tout ce qui n'est pas l'action pure sur les âmes, n'est rien pour moi. Si je puis le dire, je devins prêtre et pasteur ce jour-là ; dans la mesure de ma faiblesse, je reçus l'étincelle sacrée, la flamme apostolique. A dater de ce jour-là, dès que je suis en présence dc> âmes, je ne vois plus qu'elles, je m'oublie moi-même, et je ne sais plus leur adresser que ce que leurs besoins me demandent.

« Néanmoins ce n'était là encore qu'un premier rayon delà flamme sacrée ; ce qui l'alluma décidément en moi, c'est que je fus bientôt chargé du catéchisme de la Pentecôte, et que pendant trois mois je dus nroccuper moimême constamment des âmes immortelles de ces chers enfants: et la pensée de ces diamants, enfouis, obscurcis, qu'il fallait polir, reconquérir, rendre à la lumière de Dieu, m'inspira pour cette belle œuvre un zèle dont je demande à Dieu de ne laisser jamais s'éteindre en moi la grâce. C'est bien à cette époque, eu présence de ces jeunes âmes et de leur première communion, que je me sentis devenir catéchiste. Je puis bien dire que si dans mon enfance je n'ai jamais aimé personne sur la terreplusque mes catéchistes, devenu catéchiste à mon tour, je n'ai jamais aimé non plus mes amis les plus saints et les plus chers plus profondément que mes enfants de la première communion : le catéchisme de semaine non seulement mit mon àme en feu pour le bien, mais encore donna a mon cœur et à mon esprit une vigueur que je ne me connaissais pas. Les petits papiers de M. ïeysseire avaient commencé à chasser la rhétorique de mon esprit, le catéchisme de semaine acheva la transformation. Le petit littérateur disparut, ou du moins fut tout au service du catéchiste Tout ce que j'écrivais ou préparais pour ces enfants se ressentait de cette flamme que Dieu avait mise dans mon àme ; chose singulière, mon esprit avait acquis, et cela en quelques jours, un dégagé, un entrain, un mouvement tout à fait nouveau. Il m'est arrivé depuis de monter dans de grandes chaires, à Paris et ailleurs, et d'y parler souvent devant les plus nombreux auditoires ; je ne sais si je suis jamais arrivé à l'éloquence : mais ce dont

je sais bien sur, c'est de n'avoir jamais surpassé celle du catéchisme. »

La première communion avait lieu le jeudi; la confirmation le jeudi suivant. Une retraite de huit jours y préparait,'« retraite douce, paisible, aimable, où nous étions heureux de retrouver, matin et soir, nos enfants, et de leur raconter les plus édifiantes et les plus charmantes histoires que nous puissions découvrir ». Préchant le dimanche qui se trouvait entre ces deux bienheureux jeudis, « j'avais, dit-il, le cœur et l'esprit si remplis de ces chers enfants, que tout jaillissait du fond de mun àme. Je me souvins alors d'une parole que M. Borderies m'avait dite : « Vous verrez comme vous leur parlerez sans peine quand vous les aimerez. » La vérité est que, même pour les esprits stériles, l'amour desàmes est le grand inspirateur. Je le sentis bien ce jour-là. Entre autres choses, je leur racontai une histoire que je devais aux notes de M. Teysseire, et quand j'arrivai aux dernières paroles de l'histoire: C'était un jeudi, mes chers enfaxts ! tout mon auditoire tressaillit, et les yeux se mouillèrent de larmes. » Il possédait dès lors ce don, qui est la vraie éloquence, de jeter toute son àme dans un cri, et, par le mot le plus simple, de faire tressaillir.

Telle fut sa première année de catéchiste. L'année suivante, on le fit passer du catéchisme des garçons au catéchisme de Persévérance que suivaient « quatre ou cinq cents jeunes personnes ».

Ce fut pour lui un grand travail, mais « profondément utile » ; il acheva son éducation de catéchiste. Outre ses propres instructions, qu'il préparait avec le plus grand soin, à Laide de Bussuet, Fénelon, Fleury, Lhomond, et toujours les merveilleux petits papiers de M. Teysseire, il prenait constamment des notes sur tout ce que ses confrères disaient de meilleur. « Je recueillais, dit-il, tout ce qui me paraissait bon et utile. J'étais ravi de voir s'élever peu à peu dans mon secrétaire de séminariste le petit trésor que je cherchais à amasser. Mon petit mérite était de ne rien perdre de ce qui se disait et se faisait autour de moi. »

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