CHAPITRE IV. G
involontaire effroi que le sacerdoce ne manque pas de donner en de certains moments à ceux mêmes qu'il fait le plus tressaillir de joie, quelques inquiétudes de temps en temps avaient traversé son àme ; quelque sécheresse, dans des heures d'attiédissement, s'y était glissée. C'est là comme la crise inévitable des vocations. Au moment de passer d'Issy à Saint-Sulpice, à la fin de ses vacances, il avait éprouvé une de ces tristesses qu'il se hâta de confier filialement à M. Borderies : avec quel admirable cœur sacerdotal celui-ci toucha celle souffrance !
« 1er octobre 1823: Quoique je sois en retraite, mon cher enfant, je ne veux pas vous laisser sans réponse. Vous êtes malade, il ne faut pas que votre médecin vous abandonne. Il y a deux maladies ici ; guérissons la plus pressée, l'autre cédera sans peine. C'est ici, mon cher enfant, une tentation bien manifeste. Vos tristesses, vos sécheresses, vos dégoûts ne sont pas, grâce à Dieu, dans votre cœur. Il peut, mon cher enfant, gagner plus defraicheurau milieu decetteespèce d'hiver qui le tient engourdi. Dieu tirera parti dans sa miséricorde de cette amertume passagère pour vous donner une piété plus solide. Vous apprendrez à ne rien attendre de vos seuls efforts, à vous remettre sans résister à la volonté de Dieu. Vous examinerez si votre cœur ne conserve pas quelque attache secrète dont le Seigneur demande le sacrifice ; vous bénirez Dieu de son indifférence apparente qui, si vous l'entendez bien, est la preuve de son amour, puisqu'elle l'est de sa jalousie. Non, mon ami, ne vous laissez pas aller à la tristesse, elle n'est faite que pour ceux qui ne veulent pas aimer Dieu; mais pour un cœur qui veut lui être fidèle, qui ne connaît de bien que de lui appartenir, qui se remet entre ses mains et ne veut pas en sortir, où seraient pour lui les motifs de s'aflliger et de se plaindre? Vous savez que je vous ai dit quelquefois certaines paroles de l'Ecriture sainte qui vous ont fait du bien ; voilà celles que je veux livrer aujourd'hui à votre méditation: In manibus tuis sortes meœ.Mon très cher fils, que de douceur pour vous dans cette parole ! Quelle reconnaissance pour le passé ! quelle résignation pour l'avenir! Il n'y n. que
nous deux qui puissions bien savoir ce qu'elles contiennent pour vous d'attendrissement et de consolation. Répétez-les à votre bon maître, i Mou Sauveur, de quoi puisje m'inqniéter? Que n'avez-vous pas fait pour moi ? N'est-ce pas moi surtout qui me suis vu jeté entre vos bras au sortir du sein de ma mère? N'est-ce pas dès ce moment que vous vous êtes déclaré mon protecteur et mon père?... »
i Enfin, pour votre santé, il est bien probable que. malgré toutes mes prières, vous n'avez pas mis assez de prudence dans votre travail. Revenez au séminaire avec la résolution de ne faire franchement que ce que vous pourrez. Si Dieu vous envoie des maux de tète, s'il veut que vous ne puissiez point vous appliquer, qu'avez-vous à faire, sinon d'acquiescer généreusement à sa volonté? Il peut vous réduire à l'indigence spirituelle, comme il en condamne d'autres à la pauvreté ! Dites-vous à vous-même pour cette privation des biens de l'intelligence tout ce que vous diriez a un homme prive de toute fortune et qui vous demanderait des consolations.
» Adieu, mon cher enfant: c'est surtout quand vous êtes affligé que je sens pour vous un tendre et paternel attachement. »
On voit là quel prêtre était M. Borderies. Mais les catéchismes, s'il en eût été besoin, eussent été, pour le jeune séminariste, un secours plus souverain encore. C'est luimême qui le révèle : c J'ai expérimenté ce que Fénelon dit admirablement du feu sacré, qu'il éteint tout autre feu. J'avais vingt et un ans; avant le catéchisme de semaine, jetais souvent éprouvé par une certaine tristesse d'âme, une certaine inquiétude, un certain doute vague sur ma vocation: depuis tout fut affermi et pacifie en moi. » Aussi vit-il arriver avec une joie calme et profonde l'ordination irrévocable du sous-diaconat, et voici en quels termes, à la veille de ce grand jour, il en écrivait à sa mère :
« *2i mai, jeudi de la Pentecôte. Bonne mère, je ne crois pas sortir de ma retraite en l'écrivant ce peu de mots : La pensée de ma mère ne me dissipe point, elle