‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 49 sur 326 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

gence supérieure de l'œuvre qu'il avait apprise à fond à Saint-Sulpice, dans sa double expérience d'enfant et de catéchiste, et aussi à l'école du pieux, fondateur des catéchismes de la Sainte-Chapelle et de Saint-Thomas-d'Aquin, M. Borderies. Il fut chargé à la fois de tous les catéchismes : du catéchisme du dimanche, du catéchisme de semaine, du catéchisme de Persévérance des filles; il faut ajouter qu'il eut le bonheur d'être seconde par des jeunes prêtres du plus grand mérite : MM. de Moligny, Guelle, Pététot,de Borie, Legrand, Arnaud, Fraysse, pour ne nommer que les plus remarquables, furent ses principaux collaborateurs. Mais c'était lui qui était l'àme de tout, qui soufflait à tous la flamme, et gouvernait tout, avec une supériorité qui n'était contestée de personne. On ne saurait dire quelle chose aimable et puissante ces jeunes prêtres, dirigés par un tel chef, parvinrent à faire de ces catéchismes. Ils obtinrent un succès extraordinaire, et M?r deQuélen et M. Borderies, qui avaient tant compté sur lui pour celte œuvre, eurent promptement la joie de voir leurs espérances réalisées, et le jeune prêtre qu'ils avaient tant aimé devenir tout à coup, selon l'expression de celui qui devait le recevoir un jour à l'Académie française, « catéchiste éminent, renommé, l'ambition des mères ».

Chacun de ces catéchismes réunissait de trois à quatre cents enfants, dont beaucoup appartenaient aux premières familles : des princesses destinées au trône y parurent, et il put un jour compter dans son auditoire jusqu'à trois reines1. « On venait là, a-t-il écrit lui-même, de toutes parts, des pays les plus lointains, car les révolutions y avaient amené, particulièrement en 1830, 1831, 1832,

1. On lit sur les listes des noms comme ceux-ci : Anna de Marescalchi, Marie de Dalberg, Elisabeth Mole, Oriane et Mathilde de Fésenzac, Louise de Crillon, Sabine de N'oailles, Agathe de Gourcuff, Élisa de Colbert, Louise et Caroline de Reggio, Louise de Chateaubriand, Léonie de Mortemart, Sophie de Villèle, etc. — On lit sur d'autres listes les noms que voici : Albert de Resçéguier, trnest de Breteuil. Louis de Rivière, Henri de Carayon-Latour, Amédée de Clermont- Tonnerre, Alfred Leroux, etc.

des enfants d'Italie, de Pologne, d'Allemagne, de Portugal, du Brésil même; des enfants pauvres, des enfants riches, et même des enfants royaux; des enfants qui, pour venir au catéchisme, arrivaient des plus misérables quartiers de Paris, ou sortaient des demeures les plus brillantes de l'opulence; des enfants dont les parents appartenaient d'ailleurs à toutes les nuances les plus contraires des partis politiques qui partageaient alors la France2.» Et il sut saisir si puissamment tous ces enfants, c'était pour eux un tel bonheur de venir là, une telle peine de manquer, qu'il n'y avait pas de plaisir, pas de fête qu'ils n'eussent sacrifiés sans hésiter a leur catéchisme.

Il faut dire aussi qu'il n'épargnait rien pour y réussir : fidèle à la maxime écrite dans son règlement : Age quod agis, et à l'exemple que lui avait donné M. Borderies, lequel, jusqu'à l'âge de cinquante-cinq ans, n'avait voulu être que catéchiste, il s'y absorbait tout entier: et, renonçant courageusement à tout ministère étranger à son œuvre, à toute prédication dans Paris, il donnait à ses catéchismes tout son temps et tout son cœur. Ce qu'il lisait, étudiait, entendait, il le rapportait à ses catéchismes. Pendant ses vacances, ses catéchismes l'occupaient constamment : tout était prévu et préparé d'avance pour l'année suivante; l'ensemble et les détails, le plan général et la marche du catéchisme, et chaque séance en particulier. Et à peine une séance était-elle terminée, qu'il se mettait à préparer la suivante, et avec le dernier soin; écrivant tout, de façon pourtant à se laisser la latitude nécessaire pour le mouvement et les soudainetés de la parole1.

Tout grand succès est au prix de ce labeur. Grâce à cet admirable zèle, et à cette intelligence d'un ministère, si humble en apparence, si grand dans la réalité, mais si peu compris, helas ! quelquefois, il faut le dire, du clergé lui-même, il fit cette œuvre des catéchismes avec une

1. L'Œuvre par excellence, ou Entretiens sur le catéchisme, p. 66.

2. Dix gros volumes, tout entiers écrits de sa main, attestent ce prodigieux labeur, et le soin extrême qu'il apportait à cette œuvre.

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