CHAPITRE V
telle perfection, qu'elle ne s'est peut-être jamais vue dans l'Eglise au même degré. Ce fut là la supériorité propre, le génie de celui dont nous écrivons la vie : nous devons donc nous y arrêter quelques instants, expliquer sa méthode, et faire revivre, si nous le pouvons, ces catéchismes.
Pour lui, le catéchisme, et c'était là à ses yeux la notion fondamentale de l'œuvre, de laquelle tout découlait, n'était pas seulement une parole, un enseignement, mais une action, un ministère, un apostolat. Y enseigner, même a fond, la religion aux enfants, n'était que la moitié de l'œuvre ; le capital, c'était l'éducation religieuse des âmes ; et faire l'éducation religieuse des aines, c'était les initier à la vie, aux pratiques, aux vertus chrétiennes, à la piété. Les âmes, il fallait donc aller jusque-la, les atteindre, les gagner, les convertir, les transformer: si cela n'était pas obtenu, rien n'était t'ait.
Pour y arriver, deux choses, selon lui, sans lesquelles il n'y a ni catéchismes, ni catéchistes, sont indispensables : le zèle; et la science, la méthode catéchistique ; ou plutôt, une seule, qui implique tout: l'amour; l'amour qui est là, comme partout, le grand illuminateur et le grand excitateur.
Pour lui, il avait profond au cœur l'amour des enfants. Mais il les aimait en prêtre, en pasteur, en père, pour leurs âmes ; il les aimait aussi pour eux-mêmes, pour leurs amabilités; et, enfin, parce qu'ils sont l'avenir : ce qui à ses yeux agrandissait encore l'œuvre du catéchisme, et en laisait pour l'Eglise une œuvre d'une importance capitale. « L'eniame, a-t-il répète souvent, a été le premier amour de ma vie ; elle en sera le dernier. » C'est à luirnéme qu'il faut laisser dire quel a été chez lui cet amour de l'enfance, qui fut l'inspiration de son zèle incroyable pour les catéchismes, et l'explication des succès merveilleux qu'il y a obtenus :
« L'enfant, c'est l'homme lui-même, avec tout son avenir possible de vertu et de bonheur ; c'est, si je puis le dire, l'humanité dans sa fleur. Toute la vie est dans
l'enfance, comme toul le fruit est dans la fleur. L'enfance, c'est tout l'espoir de la grande famille humaine ; en un mot qui dit tout, les enfants sont les hommes de l'avenir.
» Sans doute, une fleur ne donne pas toujours son fruit. Elle peut se sécher et se flétrir, elle peut tomber sous la pluie ou l'orage. Mais, incontestablement, si on n'a pas de fleurs, on n'aura pas de fruits, et les années les plus riches sont toujours celles qui ont eu le plus beau printemps...
» Quel bon prêtre n'aimerait l'enfance ? Les enfants, mais je ne me lasserai jamais de le redire, y a-t-il rien de plus charmant, de plus attrayant, de plus aimable? Le premier âge, en toutes choses, a je ne sais quoi de plus gracieux et de plus touchant qu'on ne peut voir sans être attendri et attiré. Y a-t-il rien de plus délicieux qu'un auditoire d'enfants qui vous regardent et qui vousécoutent, et laissent passer dans leurs regards toute la limpidité et la simplicité de leur àme? Ces âmes si tendres, si naïves, si confiantes, ouvertes à votre parole comme le calice de la fleur à la rosée ; cette vivacité, cette fraîcheur, cette ingénuité, cette candeur, cette innocence, cette faiblesse, cette infirmité, cette petitesse, cette inexpérience, ce germe d'avenir qui est là, ces espérances qui reposent sur ces jeunes tètes : tout dans les enfants a un charme indéfinissable, irrésistible, et bien malheureux celui qui ne serait pas digne de le sentir1. »
Jésus-Christ était ici son grand modèle. Avec quelle tendresse il se complaît à peindre les prédilections du Sauveur pour les enfants !
« Ces petits enfants l'aimaient, le suivaient partout. Le bonheur de le voir, de l'entendre, d'être près de lui, leur faisait oublier tout le reste. Ils l'entouraient le plus près possible ; ils tâchaient de percer la foule ; on voyait leurs petits visages se montrer toujours au premier rang; ils se sentaient aimés ; ils venaient avec pleine confiance, comme quand on se sait préféré. Xotre-Seigneur les fai-