CHAPITRE V
rons-nous? rien ne nous inspire plus de respect, rien ne nous prouve mieux ses sollicitudes, son zèle incessant ; et dans cette partie de son travail qui ne se voyait pas, non moins que dans celie qui éclatait aux regards, nous reconnaissons le cœur du vrai prêtre.
Certaines œuvres aussi étaient annexées aux catéchismes, par exemple l'Œuvre des Petites Trésorières des pauvres, l'Œuvre du patronage, par laquelle une enfant riche de la Persévérance adoptait une enfant pauvre, rhabillait pour sa première communion, et ne la perdait plus de vue : de combien d'amitiés, secourables et fidèles, ces œuvres n'ont-elles pas été l'origine ! Qu'on nous permette de raconter à cette occasion un trait touchant.
Un jour une grande dame, pourquoi ne la nommerionsnous pas? Mme la comtesse de Flavigny, veut acheter un bouquet à une vieille femme qui vendait des tleurs à la porte de l'église de Saint-Philippe-du-Pioule, et qui avait été, comme elle, une enfant de Saint-Hyacinthe ; bien plus a une de ces petites filles à la tète un peu dure, à l'esprit peu cultivé, qui venaient rue d'Anjou se faire instruire par sa sœur (Mme de Goyon) et par elle, selon la coutume établie par l'abbé Dupanloup ». On se met à parler du catéchisme, de l'abbé Dupanloup. Tout en causant la comtesse découve que, depuis dix ans, la vieille bouquetière, ayant perdu son confesseur, ne se confesse plus. « Comment, dit-elle, une enfant de Saint-Hyacinthe, mon élève, qui oublie ainsi le bon Dieu !... Allons, il faut aller trouver le bon abbé Vincent, mon coniesseur, et puis nous communierons ensemble... — De grand matin? — Oui, de grand matin. » Quelques jours après Mme de Flavigny racontait à l'évèque d'Orléans, dans la plus touchante lettre, la joie qu'elle avait eue, de communier ainsi, comme autrefois, avec la pauvre bouquetière ramenée à Dieu par quelques paroles et les souvenirs du catéchisme.
Après chaque séance, l'abbé Dupanloup, selon l'excellente coutume de Saint-Sulpice, réunissait ses jeunes ■collaborateurs en conseil, pour examiner si les choses -avaient été faites convenablement ou si on aurait pu mieux faire encore. Là, il leur disait tout avec une en-
tière franchise, mais aussi, nous écrivait l'un d'eux, le vénérable P. Pététot, f on pouvait tout lui dire », car nul ne fut jamais plus que lui attentif aux avertissements.
De ces divers catéchismes le plus important, sans contredit, était celui qu'on appelait le catéchisme de semaine, c'est-à-dire le catéchisme immédiatement préparatoire à la première communion. Voici comment il en parle luimême :
i Je dois dire que, parmi les divers catéchismes dont j'ai ete chargé depuis les premiers temps de ma jeunesse sacerdotale, il n'en est point qui m'aient laissé des souvenirs plus profonds. Rien dans ma vie, aucun ministère, aucune prédication n'en approche, rien n'a imprimé de pareilles traces dans mon àme. Dans ma longue carrière, j'ai beaucoup prêche, j'ai vu de grands auditoires, d'immenses assemblées de fidèles, recueillis autour de la chaire sacrée : j'ai vu parfois aussi, grâce à Dieu, les grands fruits de la parole sainte, l'émotion des cœurs, les touches sensibles de la grâce, des conversions extraordinaires : et. je dois l'avouer, j'ai trouvé là une douceur telle qu'elle fait oublier a un homme apostolique toutes ses fatigues ; et néanmoins, je dois le dire, rien de tout cela o'est comparable pour moi aux impressions, aux souvenu s du catéchisme de semaine ; nulle prédication, si solennelle qu'elle soit, nul ministère, si consolant qu'il soit, ne peut, à mon sens du moins, égaler celui-là: parce que j'ai vu la, et de plus près, et plus intimement que nulle part ailleurs, ce qu'il y a ici-bas de plus beau, de plus grand, de plus attachant : les âmes, et Dieu dans ces âmes ; l'épanouissement de leurs facultés les plus belles et de leurs plus vives puissances ; la noblesse, la grandeur et le fond divin de ces âmes immortelles ; leur lutte entre le bien et le mal, toutes les émouvantes péripéties de cette lutte, quelquefois sanglante, pendant laquelle on entend leurs cris, des accents incomparables, on voit ce qu'elles ont de plus ingénu, de plus tendre et de plus fort, et Dieu, agissant la d'une manière mystérieuse et pourtant visible, par des opérations d'une énergie et d'une bonté toutes divines, et cela, dans l'âge le plus naïf, le