CHAPITRE Y
sans cesse enfin dans des avis qui jaillissaient de son àme avec une merveilleuse éloquence.
Comment s'étonner de ce qu'avaient de « céleste », c'est son expression, des premières communions ainsi préparées? Le spectacle de ces enfants purifiés, heureux, tout rayonnants d'une joie sainte, le jetait lui-même dans le ravissement. Tout avait été pour ce jour-la prévu par lui et expliqué dans le dernier détail, et il y tenait fortement; même alors l'autorité avec laquelle il conduisait tout ne faiblissait pas; on en a raconté un trait frappant : des instructions très précises avaient été données par lui sur les toilettes, qu'il voulait uniformes dans la simplicité et la modestie : robes épaisses et montantes : voiles de mousseline unie ; point de dentelles ni de bijoux ; souliers blancs unis; gants blancs de fil ou de coton. Or, un jour, une jeune Anglaise, fille d'un lord, se présenta en robe claire, en voile de tulle et en souliers de satin : l'abbé Dupanloup n'hésita pas : ((Mon enfant, lui dit-ii, retournez dans votre famille, et ne revenez que lorsque vous aurez mis le même costume que vos compagnes, » Et ainsi fut fait.
Aussi le degré de ferveur et de beauté d'âme où il amenait ces enfants était admirable, et il n'était pas rare que, témoins de ces transformations merveilleuses que la religion produisait, des hommes du monde, longtemps oublieux de leurs devoirs religieux, des hommes politiques même, fussent touchés et ramenés à Dieu.
Au reste, il a décrit lui même son catéchisme dans une page trop caractéristique pour n'être pas placée ici sous les yeux de nos lecteurs : «Je n'oublierai jamais le spectacle que m'offraient ces enfants quand je leur parlais ; tous ces regards vifs et brillants, fixes sur moi, me paraissaient un miroir de leurs âmes que traversait en ce moment la parole divine, comme le rayon du soleil traverse le pur cristal; c'était vraiment le miroir de Dieu. La vérité s'y réfléchissait avec éclat; on sentait l'accomplissement de cette mystérieure parole de l'éternel et divin amour: Pater , revelasti ea parvulis! Chaque parole, comme un rayon, rejaillissait sur ces visages, se reflétait sur ces vives physionomies : ils m'en renvoyaient la lumière, j'en étais
d2 ME DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.
éclairé moi-même. Un vieil auteur a trouvé un tour charmant pour peindre saint François de Sales faisant le catéchisme : 77 regardait son petit monde, et son petit monde le regardait. Que de grâce il y a dans ce mot! comme ce regard mutuel du catéchiste et des enfants indique bien cette mutuelle pénétration des âmes, qui n'a lieu nulle part ailleurs au même degré, parce que nulle part ailleurs la vérité ne trouve des âmes si ouvertes, si accessibles, si bien faites pour recevoir les mystères du ciel, pour boire la première rosée de la grâce et de l'amour! Oui, là a lieu une initiation ravissante, une révélation sublime: quand le catéchiste, ainsi entouré de regards charmés et d'àmes émues, élève les yeux et les mains au ciel, c'est vraiment Fange de Dieu qui a dans ses mains toutes ces âmes et qui les emporte avec lui vers le royaume céleste pour lequel elles sont faites '. »
Mais qu'est-ce qu'un récit? Il aurait fallu le voir et surtout l'entendre. Nous ne sommes ici que l'écho de ceux et celles qui l'ont alors vu et entendu : le charme était suprême. Tout en lui était éloquent, l'attitude, le regard, le geste; son visage, d'une noblesse singulière, au profil si pur, embelli encore de ce rayonnement de la jeunesse, s'allumait soudain; à peine il avait ouvert la bouche que les enfants étaient suspendus à ses lèvres, « et buvaient ses paroles », comme il disait. Il parlait, tantôt avec feu et avec force, tantôt avec onction et tendresse, ou avec une aimable simplicité; quelquefois son àme jetait un cri el éclatait tout entière dans un mot: quelquefois il égayait doucement sa parole, familier et enjoué, mais toujours avec tact, convenance et délicatesse: surtout il avait toujours un but précis et déterminé, ce qui faisait que sa parole n'était jamais vague ni vaine et en l'air, et l'impression qu'il voulait produire était toujours calculée d'après les dispositions et les besoins actuels des enfants.
Nous voudrions pouvoir citer, mais il faut lire dans les Entretiens sur le catéchisme, quelques-unes de ces petites allocutions qu'il y a insérées, et qui sont vraiment des