CHAPITRE V
modèles de cette éloquence catéchistique dont il eut le don à un si haut degré. Son âme est là tout entière, et rien n'a plus de grâce, et de pénétration, rien ne respire plus l'amour de Dieu, le respect des enfants, le zèle pour leur piété, leur vertu, leur bonheur ; rien ne pourrait mieux montrer tout ce qu'a d'aimable et de puissant, comme nous le disions, ce ministère béni des catéchismes, entre des mains dignes de l'exercer. Non, cet homme savait parler à l'enfance comme bien peu l'ont su ; et, c'est manifeste, le germe de la grande éloquence est là ; attendez qu'il parle à des hommes, et vous verrez. Et peut-être maintenant sera-t-on moins surpris de sa prodigieuse action sur ces enfants. Si bien préparées, par leur noblesse native, leur éducation, leur confiance, aux impressions de sa parole, ces jeunes âmes étaient pour ainsi dire dans sa main; et il y a opéré à de telles profondeurs, que leur catéchisme fut à jamais pour elles inoubliable, et qu'à les en entendre parler, même de longues années après, on sentait que c'avait été le grand événement de leur vie morale ; car ces fruits n'étaient point passagers, mais durables, et c'est à ces catéchismes incontestablement que l'on a dû une génération de chrétiens et de chrétiennes qui se reconnaissaient dans le monde et qui contribuèrent pour une grande part à remettre la religion en honneur dans ce siècle. Cela fut constaté avec éclat au sein même de l'Académie française par l'homme éminent qui eut l'honneur de l'y recevoir. « Dans cet humble apprentissage de l'éloquence religieuse, a dit M. de Salvandy, ou tout se passe entre le cœur du prêtre et celui de l'enfant qui recueille sa parole, sans un bruit que puisse entendre le monde, le monde retentit promptement des succès de votre jeune enseignement. Là commença à se former autour de vous cette clientèle d'âmes chrétiennes, qui est l'un des attributs de l'Eglise, la vraie couronne du sacerdoce, la vôtre. Vous contemplez à toutes les distances autour de vous, dans tous les étals de la société, les fruits de votre zèle infatigable ; et nous, nous les remarquons surtout dans celte région du monde, plus en vue qu'aucune autre, raffermie par ses dures épreuves, rajeunie et fortifiée de toutes les
grandeurs civiles et guerrières de la France nouvelle, rétablie enfin à son vrai rang: car elle est, par les plus solides vertus, l'exemple et l'honneur de la société présente. »
Voici maintenant un témoignage bien différent, et plus touchant, c'est la lettre d'une jeune Anglaise retournée dans son pays, et qui écrivait au curé de la Madeleine, M. Gallard : «... Ma pauvre àme est bien en souffrance : pas de prêtres catholiques ici, pas d'église, de messe, de confession, de communion; rien autour de moi que des protestants dédaigneux, moqueurs. Mais voilà ce que je fais : tous les dimanches, a l'heure du catéchisme, je m'échappe, je m'enferme, je me mets à genoux, et puis je prends mon cahier d'analyses, je le lis; je retrouve mes anciennes résolutions, mes prières; je me rappelle les bons avis de M. Dupanloup, et des larmes me viennent aux yeux. Voila, monsieur le cure, ce qui me soutient, les souvenirs de mon catéchisme. »
Après la révolution de juillet, de nouveaux développements furent apportes par lui à cette œuvre. Ce fut alors que l'esprit d'impiété qui soufflait el emportait toute la jeunesse lui lit concevoir, en l'année 1831. une pensée ues plus heureuses : c'était de donner aux jeunes gens une instruction religieuse plus forte, et d'un caractère apologétique, afin de les affermir contre les objections et les impiétés partout répandues: et le moyen qu'il imagina pour cela tut de transformer le catéchisme de Persévérance des garçons en petite académie, sur le modèle de celle que M. Teysseire avait fondée a Saint-Sulpice ; et ainsi naquit cette Académie de Saint-Hyacinthe, devenue promptement célèbre dans Paris, et qui avait cela de particulier qu'elle restait un catéchisme, par les cantiques, les homélies, les instructions, les tètes, les saluts.les communions, la puissante action chrétienne exercée sur l'âme des jeunes ^ens7 mais qu'elle était aussi une véritable société littéraire, par les conférences, les discussions, les travaux historiques, philosophiques et religieux qu'on y faisait. Son grand art fut, comme toujours, île la mettre en honneur par d'ingé-