‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 57 sur 326 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

nieuses industries, auprès des jeunes gens et des parents eux-mêmes ; aussi le succès fut-il immédiat et prodigieux: « On y venait de tout Paris ; la chapelle n'y suffisait pas. » Le jeune comte Charles de Montalemberl, déjà pair de France et célèbre par le procès de l'école, libre, qui, sans être de l'Académie de Saint-Hyacinthe, y venait quelquefois, ne put un jour y trouver place.

Nous possédons, écrit de la main même de l'abbé Dupanloup, le plan de toutes les conférences : les sujets v sont des plus élevés; les objections les plus accréditées contre la religion y sont prises corps à corps ; mais les jeunes gens n'avaient qu'à les réfuter et non pas à les développer; chaque dimanche, il en dictait un certain nombre : et pendant la semaine on lui adressables réponses écrites : « Je me souviens, dit-il, combien cela faisait travailler ces jeunes gens; ils prenaient feu contre l'impiété, s'élevaient quelquefois jusqu'à l'éloquence et avaient de véritables accents d'apologistes et d'apôtres ; leur foi à tous en était singulièrement fortifiée ; et, qui sait? peut-être quelques-uns d'entre eux, devenus plus tard de vaillants défenseurs de la religion, ont-ils reçu la, au cœur, la première étincelle de cette flamme quia tait d'eux les athlètes de l'Eglise et de Dieu sur la terre1. »

Le trait suivant montrera à quel degré cette Académie lui avait été chère. Un jour, étant évèque, il prononçait un éloquent discours au Petit Séminaire de Combrée. Tout a coup il s'arrête, et les larmes un moment lui coupent la voix. Quand on lui en demanda la cause: « J'avais aperçu, dit-il, au premier rang des auditeurs, deux de mes anciens enfants de Saint-Hyacinthe, Albert de Rességuier et Etienne d'Aligre, et cette vue avait éveillé

1. L'Œuvre par excellence , p. 469. Voyez dans ce volume d'intéressants détails sur l'organisation de cette petite Académie. — Il cite lui-même les noms que voici : de Falloux(le cardinal), Henry et Charles de Riancey, Adolphe Baudon, Marc et Etienne de Beauveau, Alfred Leroux, Paul et Albert de Rességuier, Louis de Baudicour, Agénor et .Maurice de Grammont, Élie de Gontaut, de Nadaillac, Cardon de Sandrans, Charles Place, aujourd'hui archevêque de Rennes, etc.

en moi des souvenirs à l'émotion desquels je n'ai pu résister. »

« De ces jeunes Académiciens, a écrit l'un d'eux, qui puisaient en cette source attrayante et pure les solides notions du christianisme, qui se tortillaient pour la vie publique ou privée, il en est allé sur bien des chemins divers ! ii y en a d'arrêtés aux échelons vulgaires, d'autres montés aux premiers rangs, d'autres, peut-être, égarés dans les bas-fonds. II y en a dans les cours, sur les marches du trône, en exil, sur les sièges de la justice, dans les camps, a la tribune, dans la chaire : il y en a qui commandent des armées, qui guident des escadres, qui dirigent des départements, qui honorent la retraite et la proscription. Il y en a partout. Eh bien ! où qu'ils soient, même tombes ou déchus, pas un n'entendra le nom de l'abbé Dupanloup sans que son cœur s'émeuve, et qu'une larme de gratitude, de remords ou d'affection mouille sa paupière. Je ne connais pas de plus grand éloge1. »

La pensée qui avait inspiré à l'abbé Dupanloup 1 institution d'un enseignement apologétique pour la jeunesse repondait si bien aux besoins et aux périls du temps que, deux ans plus tard, née, chez quelques jeunes gens chrétiens, des mêmes nécessités, et peut-être de l'exemple qu'il donnait, elle allait faire surgir à Paris une des plus grandes œuvres apostoliques du siècle, les Conférences de Xotre- Dame. Quotidiennement mêles à la jeunesse incrédule, et soutenant avec elle des discussions incessantes, ces jeunes gens regrettaient de ne trouver nulle part, dans la prédication contemporaine, rien qui put affermir leur foi ou lui fournir des armes, rien qui répondît à la face nouvelle qu'avait prise la controverse religieuse, et au courant des idées qui agitaient les esprits. Dans le but d'obtenir un tel enseignement, deux d'entre eux, Ozanam, le fondateur des Conférences de Saint-Vincent de Paul, et M. de Montazet, un neveu de l'archevêque de Lyon, vinrent, dans les premiers jours de juin 1833, présenter à Me' deQuélen, au nom de la jeunesse des écoles, une pétition couverte

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