‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 58 sur 326 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de cent signatures. N'ayant pas reçu de réponse, Ozanam, au mois de janvier de l'année suivante, 1834, revint avec deux autres jeunes gens, et une nouvelle pétition couverte de signatures plus nombreuses encore. Les pétitionnaires, dans leur candeur, allaient jusqu'à prononcera l'archevêque deux noms, celui de l'abbé Lacordaire, que le journal V Avenir, nonobstant l'Encyclique, avait rendu populaire, et celui de l'abbé Bautain, qui, brillant disciple de M. Cousin, venait de passer avec éclat de la philosophie à la foi. Si l'archevêque avait différé de répondre, ces démarches étaient trop conformes à ses désirs pour qu'il ne les eût pas prises en sérieuse considération. Mais il avait son idée : c'était d'inaugurer lui-même cette prédication nouvelle, et de partager ces instructions, dont il avait arrêté le plan, entre sept jeunes prêtres distingués : le premier était l'abbé Dupanloup1. La conception n'était pas heureuse; malgré le talent des jeunes conférenciers, l'unité devait faire défaut à cette prédication, qui d'ailleurs ne sortait guère du ton ordinaire des sermons. Dans le même temps d'autres conférences étaient prêchées au collège Stanislas, sur l'invitation directe du supérieur de celle maison, par l'abbé Lacordaire ; le grand succès fut pour celles-ci: improvisées, originales, ardentes, et surtout animées d'un souffle moderne, elles transportèrent la jeunesse. Lacordaire, qui peu de temps auparavant, écrivait à M. de Montalembert : « Si je puis utiliser ma parole pour l'Eglise, ceserait uniquement dans le genre apologétique », avait enfin trouvé sa voie. Mais, si sa parole suscitait des admirateurs enthousiastes, elle trouvait aussi des contradicteurs passionnés : tous les hommes attachés aux méthodes et aux doctrines du passé, et l'abbé Dupanloup, à cette époque encore, en était un, s'effrayaient des formes inusitées de cette parole et de son libéralisme. La question était donc de savoir si l'on permettrait à l'abbé Lacordaire de reprendre ses confé-

1. Les autres étaient M.M. Pététot, Fraysse, de la Madeleine ; et MM. Dassance, Thibault, James, Annat. — Ils ne tirent chacun qu'une conférence.

rences. Pendant tout le temps que cette question s'agita, l'abbé Dupanloup vint voir souvent l'abbé Lacordaire dans sa petite chambre de lame Saint-Etienne -du-Mont1; et il s'entremit activement en sa faveur auprès de l'archevêque : celui-ci exigeait que les conférences fussent écrites d'avance; l'abbé Dupanloup proposa un moyen terme qui eut tout concilié : à savoir qu'un sommaire seulement fut soumis à l'examen préalable2. Enfin, à la suite d'incidents, très bien racontés par les historiens du P. Lacordaire, un jour tout à coup M?r de Quélen, après avoir interdit les Conférences de Stanislas, offrit à Lacordaire les Conférences de Notre-Dame. On sait quel en lut le succès prodigieux. Ce choix était donc heureux, en lui-même, pour l'abbé Lacordaire, et aussi pour l'abbé Dupanloup, qui n'avait pas alors, peut-être, assez compris ce siècle pour lui parler et l'émouvoir. Ce progrès viendra plus tard, il était catéchiste éminent, il était bon qu'il le restât : Lacordaire était fait pour évangéliser la jeunesse incrédule, lui, la jeunesse croyante; Lacordaire pour attirer du dehors, lui pour maintenir au dedans. Aussi, malgré le grand succès des Conférences de Stanislas et de Notre-Dame, ne voulut-il à aucun prix altérer le caractère de son Académie de Saint-Hyacinthe. « Je ne crains rien d'outre-Seine3 humainement parlant, écrivaitil à l'abbé Petétot, ni surtout chrétiennement parlant. Mais je vous avoue que je ne me sens fort que quand je m'arrête sur notre première base et premier plan, qui est la persévérance des enfants de la première communion. Voila le but de l'Académie... Que M. Ollivier, que Charles de Montalembert, que ceux-ci, que ceux-là fassent des œuvres de jeunes gens, d'hommes, des conférences; je souhaite que Dieu les bénisse ; mais moi je veux faire persévérer mes enfants de la première communion. » Selon lui, ces œuvres de persévérance devaient trouver

1. Lettre inédite de l'abbé Dupanloup à l'abbé Lacordaire, 22 février

-2. Ibid. — M. Foisset. t. I, p. 317, l'insinue. 3. Le collège Stanislas était, par rapport à la Madeleine, outre Seine

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