‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 63 sur 326 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ries, qu'elle n'avait pas revues depuis le fatal 10 août 1792, trouvant là deux cents femmes et jeunes filles vêtues de blanc et parées de lis, qui lui dirent : i Fille de Louis XVI, bénissez-nous !» sous le poids de l'émotion, elle s'évanouit. Elle gardait, au milieu de cette cour brillante de la Restauration, une sérénité grave et triste: on eût dit qu'un voile était sur son front, ses yeux semblaient fatigués par les larmes : mais pouvait-elle être sans souvenirs et sans pressentiments? Pieuse et charitable, les journaux racontaient ses visites aux hôpitaux, aux hospices et dans tous les asiles de la souffrance et de la misère. Telle était la princesse auprès de laquelle la Providence plaçait l'abbé Dupanloup. Elle fut pour lui pleine de bontés. Quand plus tard, vers la fin de son épiscopat, dans l'un des livres qui l'ont le plus ému, la Vie de Louis XVII, par M. de Beauchène, il lisait le poignant récit des souffrances de l'orpheline du Temple, le souvenir de ces bontés, nous en avons été témoin, remplissait ses yeux de larmes et ajoutait encore à son attendrissement.

Il vit donc, mais sans éblouissement, cette cour où, à côté des princes de la maison de France, se rencontraient des personnages d'origine si diverse, survivants du dixhuitième siècle, ou illustrations du régime nouveau. Un jour il en aperçut un dans le cortège du roi, au sortir de la chapelle des Tuileries, la poitrine couverte de décorations de toutes sortes : frappé de son grand air, il demanda qui il était. « Le prince de Talleyrand, » lui répondit-on. Il éprouva un saisissement. Il ne se doutait pas alors du ministère qui lui était réservé auprès de cet homme extraordinaire. Il y avait à cette cour un jeune Prince, un enfant, sur qui reposaient les espérances de la France, et qu'un affreux attentat avait rendu orphelin avant même son berceau. Cet enfant grandissait ; le moment était venu de s'occuper sérieusement de son instruction chrétienne; on songeait à lui donner un catéchiste et un confesseur. Mme la duchesse de Berry jeta les yeux sur l'abbé Dupanloup : c'était même là une des pensées qu'on avait eues en l'appelant auprès de Madame la Dauphine. Cette

offre, dans la défiance qu'il avait de lui-même, lui causa une grande perplexité, et comme toujours, il demanda conseil à Ms* Borderies, qui se hâta de lui écrire le billet suivant : « L'enfant qu'on veut vous confier étant encore extrêmement jeune, je ne vois aucun péril à vous charger de lui : le temps, les circonstances, et surtout la boute de Dieu vous apprendront dans la suite si vous devez soutenir toujours ce périlleux emploi. » Cette lettre leva tous ses scrupules. Le duc deRohan s'était aussi entremis pour cette affaire.

D'autres jeunes princes grandissaient en même temps près du trône : c'étaient les lils du duc d'Orléans, auxquels Dieu avait donné une pieuse mère, celle qui fut plus tard la reine Marie-Amélie. Jalouse d'en faire avant tout des chrétiens, elle se préoccupait de leur éducation religieuse. Madame la Dauphine lui recommanda a cet effet l'abbé Dupanloup. Mpe la duchesse d'Orléans consulta l'abbé Gai lard, qui avait toute sa confiance : celui-ci répondit qu'elle ne pouvait mieux choisir. L'abbé Dupanloup fut donc chargé de préparer M. le duc de Nemours à sa confirmation, et la princesse Clémentine, depuis duchesse de Saxe-Cobourg, à sa première communion. Ces instructions se faisaient dans le salon d'études de la princesse. Mme la duchesse d'Orléans y venait souvent, et sut bien vite apprécier la parole, le zèle et toutes les rares qualités du jeune catéchiste. La princesse Clémentine fit sa première communion au mois de juin 1830. Bientôt après éclatait la révolution de Juillet.

Absorbé qu'il était dans ses catéchismes, dédaigneux des journaux, étranger à la politique, cette révolution, quoique déjà pressentie et trop préparée, tomba sur lui comme la foudre. C'était une catastrophe pour la dynastie, pour l'Eglise et pour lui-même.

Quelles émotions pour lui coup sur coup, d'abord pendant ces trois journées de luttes terribles, puis durant la semaine agitée qui suivit ! Que vont devenir, et ce jeune prince dont l'âme lui a été confiée, et cette princesse qu'il se plaît à nommer sa bienfaitrice? Madame la Dauphine était absente quand éclata l'insurrection : « Oh! que

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