‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 65 sur 326 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

mencé une œuvre si importante pour l'Eglise et pour Ja France, et si douloureusement arrêtée ; il se hâta donc de se rendre auprès du cardinal de Ruhan, à Pri bourg. Le cardinal approuva son dessein, et des son retour à Paris, l'abbé Dupanloup s'empressa d'écrire au gouverneur du prince ; mais sa proposition ne fut pas acceptée. Ce qui le consola, c'est que la mission de continuer l'éducation religieuse du jeune duc de Bordeaux avait été confiée à son ami et son collègue auprès de Madame la Dauphine et dans les catéchismes de la Madeleine, M. l'abbe de Moligny. Dès qu'il l'apprit, il cessa toute démarche, et voici ce qu'il lui écrivait :

(f Mon cher ami, je viens de lire une lettre que lu écris à Emmanuel (M. l'abbé de Borie), et qui m'apprend que ton sort est heureusement fixé : je dis heureusement, car bien que tout soit et me paraisse malheur aujourd'hui, j'appelle volontiers bonheur la fidélité agréée et le dévouement possible à Celui qui seul sur la terre représente en ce moment la vérité; la religion et la justice... Il m'a paru que je devais à notre amitié (et c'est à peu près le plus grand sacrifice que je puisse lui faire) de ne pas offrir une concurrence et un choix à faire, dont sans contredit tu étais plus digne que moi, mais qu'enfin j'ai cru ne devoir embarrasser par aucun obstacle, i

Il ajoutait: « Je rouvre le catéchisme dimanche; c'est le seul lien que j'aurais eu à rompre. On me dit que lu en avais éprouvé quelque chose. Il n'y a que nous qui comprenions cela. Là comme ailleurs la douleur excessive des plus cuisantes peines accompagne le sentiment trop heureux des plus douces joies.

» Adieu, j'envie ton sort : la Providence l'a permis et l'a fait. Je ne puis m'en plaindre. Duo currunt discipuli; Joannes apostolus cucurrit Petro citiusz venit prius. C'est tout simple: Heureux celui à qui cela arrive; voilà tout ; que l'autre fasse ensuite de son mieux. »

Mais à peine la reine Amélie avait-elle connu son retour, qu'elle le faisait solliciter instamment de reprendre auprès des princes ses fils ses leçons interrompues. Ii s'abstint de la voir avant de connaître la suite que ses

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offres auraient en Angleterre : « Quant à la mère de mes élèves, je ne l'ai point vue, et ne la verrai peut-être pas. Elle a témoigné, en apprenant mon retour, à ce que m'a dit M. le curé, une joie extrême et chrétienne dans l'intérêt de ses enfants : mais j'ai écrit ailleurs et j'attends la réponse1. -> Une fois certain qu'il n'irait pas auprès du prince, convenait -il qu'il continuât a résister aux instances d'une mère, et repoussât inflexiblement des enfants qu'il avait commencé à instruire, et qui étaient bien innocents des derniers événements? S'il n'eût été qu'au point de vue de la politique, c'est peut-être ce qu'il eût l'ait: mais il était prêtre avant tout : « Faites, lui dit Mgr Bordcries, comme vous feriez pour une bonne chrétienne quelconque qui réclamerait vos services : » et voici en quels termes il rendit compte au cardinal de Rohan de son acceptation:

« Je n'ai pas cru pouvoir refuser mon ministère à une mère vraiment si chrétienne, qui me le demandait avec instance pour ses enfants, au nom de leur salut. Les pare.its d'un autre de mes élèves, que vous m'avez donné vous-même, ont su ma conduite, et l'abbé de Moligny, qui est auprès d'eux, m'a écrit qu'ils ne me blâmaient point. Ce mot était même accompagne de beaucoup de bontés. Il est vrai que j ai accompli le dessein sur lequel je vous consultais en Suisse; ou n'a pas accueilli ma proposition. Enfin, Dieu voit tout, Dieu sait tout, Dieu peut tout: qu'il voie, juge et fasse selon sa sagesse, sa puissance et sa bonté ; je ne parle pas de sa colère, qui est peut-être aussi bien à craindre. J'ai une espérance profonde en Celui qui n'est rien aux yeux de la raison et de l'expérience humaine : aux yeux de la loi. il est la paix, la religion, la justice. Oui, tout cela est personnifié en cet être si faible ; tout cela grandira avec lui a l'école du malheur, et un jour les peuples eux-mêmes viendront se reposer a son ombre. Voila, Monseigneur, mon unique consolation ; si elle se réalise quelque jour, ce sera pour le bonheur de tous, jusqu'à ce qu'on se lasse encore d'être heu-

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