CHAPITRE VI
Dans la position qui était alors la sienne, l'abbé Dupanloup n'avait d'autre moyen d'action que son influence, à Paris, sur Msr de Quélen, et à Rome sur le cardinal de Rohan, qui lui-même y était fort considéré; il en usa avec ardeur. Puisque la question avait été posée à Rome par les rédacteurs mêmes de l'Avenir, il fallait, selon lui, qu'elle fût résolue, «c M"r l'archevêque, écrivait-il au cardinal, m'a dit qu'il avait sollicité de la bonté du Pape quelque décision en cette affaire, et quelque décision certaine et connue; sans quoi ces messieurs, revenant en France, y feraient beaucoup de mal. » Il insiste énergiquement, dans une autre lettre, pour que Rome se prononce : « La Providence vous a lait rester à Rome pour que vous opposiez vos lumières et votre autorité à M. de la Mennais et à ses deux compagnons de voyage. .. L'extrémité à laquelle ils sont aujourd'hui réduits, c'est bien à vous qu'ils la doivent. Si elle les sauve, tant mieux; si leur soumission est vraie, sincère, effective, éprouvée, que Dieu soit loué! un grand mal sera retranché de nos maux déjà si grands et si nombreux. Ce n'est pas une affaire à négliger : tout le jeune clergé est perdu en France, si M. de la Mennais peut se dire approuvé à Rome. Au reste, ce qu'il faut faire est déjà fait : il faut seulement le soutenir: il faut que ceux que j'ai entendus s'exprimer si gravement, si sévèrement, sur M. de la Mennais, s'expriment de nouveau avec une gravité pareille. M de la Mennais est non seulement l'idole des jeunes prêtres qu'il entraîne dans l'indépendance politique et la rébellion religieuse, mais le scandale de tout le vieux clergé et de tous les fidèles pieux.» Il était moins sévère pour Lacordaire dont l'àme avait touché la sienne, et pour M. de Montalembert, en qui, dès sa plus tendre jeunesse, il avait tant espère1. M. de la Mennais seul le faisait trembler.
11 faut se rappeler ici, pour apprécier la fermeté d'esprit de l'abbé Dupanloup, et cette vivacité de son zèle, lextraordinaire fascination exercée par M. delà Mennais. « Le Souverain Pontife, a écrit M. Foisset, pouvait d'autant