XI, XII, XIII, xiv
xlviiî LETTRES.
Madeleine, soudainement transféré à Saint-Roch, au commencement du carême de 1836 :
« Cette année a été bonne pour mon âme; elle l'a brisée. Le brisement de l'àme est bon ; c'est la croix ; la croix est féconde.
» Réglons bien deux choses : les exercices de piété et le travail, à travers les absorptions quotidiennes.
i Surtout ma messe et mon bréviaire; mes deux exercices de piélé les plus graves, les plus sacrés, les plus utiles.
» Ils suffisent à ma sanctification la plus haute, la plus pure, la plus parfaite.
s> Mes exercices de piété doivent être inviolables, protégés par des verrous, s'il le faut. C'est l'intérêt même de ceux à qui je ferme ma porte. Ils doivent êlre inviolables et tranquilles : Non in commotione Do minus l.i
Quelle humilité ! Quel esprit de foi ! Quelle correspondance à la grâce de la vocation ! N'aurions-nous pas trouvé dans cette méditation tout intime le ressort principal de l'énergie avec laquelle, pendant cinquante-deux ans d'un travail qui ne connut presque pas de relâche, l'abbé Dupanloup sut faire face aux obligations les plus diverses d'un ministère dévorant auquel auraient à peine suffi trois hommes très laborieux? « Dieu, dit le prophète Isaïe, multiplie la vigueur de ceux qui mettent leur confiance en lui. Ils marcheront sans lassitude; ils courront sans fatigue : ils déploieront les ailes de l'aigle, et ils prendront leur essor vers les hauteurs -. »
J'ai souvent admiré, comme vous, la prodigieuse activité de l'évèque d'Orléans. Assurément, il y avait là un don de nature; mais il y avait encore et surtout le résultat d'une discipline de l'àme dont la règle fondamentale était l'union à Dieu par une fidélité constante à la prière et aux exercices quotidiens de la piété sacerdotale. Dans quelle illusion ne vivent pas ceux qui croient n'avoir pas le temps de beaucoup prier, parce qu'ils sont habituellement chargés d'un travail considérable ! La vérité est que, s'ils priaient davantage et mieux, ils auraient plus de forces, et, par conséquent, suivant la parole de saint Paul, feraient des économies de temps : redimentes tempus. L'heure a bien plus de soixante minutes pour l'homme qui, dans la vie même la plus occupée, a pour premier souci d'y faire sans parcimonie la part de Dieu.
Ces habituelles préoccupations inspirées parla foi, cette atten-
-2. ls., xl, -29-31.
LETTRES. \u\
lion à mettre toujours au premier rang le progrès de l'âme et ses continuelles ascensions dans les voies de sa sainteté, n'ont pas présidé d'une manière moins visible aux immenses travaux accomplis par l'évêque d'Orléans pendant ses vingt-neuf années d'épiscopat. Quelle carrière parcourue pendant ce quart de siècle ! Que d'oeuvres entreprises et achevées ! Quelle continuelle intrépidité ! Que de services de premier ordre rendus à l'Eglise, à son chef, à ses droits, à ses libertés !
Si la vie de l'abbé Dupanloup catéchiste, vicaire, supérieur du petit séminaire, est un modèle achevé pour tout prêtre appliqué aux labeurs de l'apostolat paroissial ou au ministère de l'éducation, son épiscopat demeurera l'honneur de l'Eglise de France en ce siècle, et l'un des plus beaux exemples qui puissent être proposés à l'imitation d'un évêque.
Dès le premier jour, et lorsque, malgré ses opiniâtres résistances, il avait fallu obéir à l'appel de Dieu manifestement déclaré, M"1' Dupanloup avait vu dans la plus pure lumière l'idéal de ce saint état. Dans sa retraite de préparation, il commentait pour son propre usage les incomparables prières du pontifical. 11 s'arrête à ce commencement d'oraison : Deus, honor omnium dlgnitatum... et il ajoute :
« Toute dignité où Dieu n'est pas, dont Dieu n'est pas l'honneur, est fausse et mensongère. Il faut se rendre digne ! il faut s'élever ! il faut s'ennoblir! 11 faut se purifier! Il faut se diviniser !
» Cette dignité épiscopale est divine, et en toutes choses... il faut être grave, irrépréhensible, modeste, ferme, doux et fort, grand et noble... en toutes choses.
» La vie d'un évêque doit être l'Evangile en action, les saintes Ecritures en action.
» Un évêque, c'est l'Ecriture sainte vivante et parlante; ce doit être.
y> En tout, dans ses paroles, dans ses manières, dans ses conseils, dans sa conduite, il faut qu'on ne voie rien en lui qu'on ne puisse exprimer, traduire par une parole des saintes Ecritures. 11 faudrait que la vie d'un évêque put être racontée avec un tissu des paroles de la sainte Ecriture !
» Cela est immense et doit être l'effort de la vertu jusqu'au dernier soupir1. »
Je ne puis parler de votre troisième volume, qui n'est pas encore publié. Mais le second, où se trouvent racontées les dix-