‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 9 sur 326 · L LETTRES · texte numérisé non relu

L LETTRES

sept premières années de l'épiscopat de M?r Dupanloup, n'est-il pas déjà une surabondante et consolante réponse au vœu formulé par le chanoine de Notre-Dame, lorsque, dans sa cellule d'Issy, pendant l'automne de 1819, il se préparait à recevoir l'imposition des mains et la plénitude du sacerdoce? Il ne serait pas difficile de donner pour épigraphe, à chacun de vos chapitres, un texte des saintes Écritures. Ainsi apparaîtrait, transfiguré dans la lumière de la divine parole, le glorieux pontificat de cet évêque demeuré toute sa vie si fidèle au serment initial de sa consécration.

Un prêtre cappadocien du cinquième siècle, appelé, comme vous, par affection et par reconnaissance, à écrire la biographie d'un illustre serviteur de Dieu, fait, au sujet du saint Grégoire de Nazianze, une réflexion qui me parait s'appliquer très bien à l'évêque d'Orléans :

c Lorsque Dieu voit que la malice des hommes est en progrès et menace d'inonder le monde, touché de pitié pour cette œuvre de ses mains si grande et si chère à son cœur, il suscite des personnages accomplis en tout genre de vertu pour faire d'eux tout à la fois un secours et un enseignement en faveur de ceux dont le salut est menacé1. »

Ainsi l'antique Israël glorifiait, par la plume de Salomon, la mémoire de ceux qui, aux temps passés, dans des crises terribles et aux heures des suprêmes périls, avaient par leurs généreux élans contraint les ennemis du peuple élu à reculer et à fuir. Impetum fecit contra gentem hostilem et in descensu perdidit contra rios. Maximus in salutem clectorum Dei, expugnare insurgeâtes hostes-.

Vous arriviez auprès de l'évêque d'Orléans l'année même où la guerre d'Italie allait porter un premier et terrible coup à l'indépendance du Saint-Siège, si visiblement et si providentiellement liée depuis le temps de Charlemagne à l'existence et à l'exercice de sa principauté temporelle.

Quels combats de plume et de parole Msr Dupanloup a livrés pour cette cause sacrée ! Avec quelle clairvoyance il a, dès les commencements, signalé à l'attention publique le plan total des adversaires de la papauté; à l'aide de quelle impitoyable et irréfutable logique, d'accord avec M. Thiers et admirablement secondé par deux catholiques dont les noms méritaient d'être "appelés avec honneur auprès du sien, le comte de Montalem-

i. L3 prêtre Grégoire, VU de saint Grégoire de Nazianze, "2. Eccl., xlvi, 7, 2.

LETTRES. Li

bert et Augustin Cochin, il a démasqué la politique hypocrite des uns, répondu aux sophismes audacieux des autres, opposé au mensonge et à la violence la puissance de la vérité et la majesté du droit; en quels accents, inspirés par l'éloquence du cœur, il a consolé Pie IX abreuvé d'ingratitudes, et immortalisé les chevaleresques exploits de ces croisés de notre âge, les Lamoricière et les Pimodan, et de la poignée de braves qui se fit écraser avec eux à Castelfidardo : toutes ces graudes choses, vraie matière d'un poème épique, mettent admirablement en relief les qualités maîtresses de cet évêque appelé par-les événements à lutter sur des champs de bataille où il ne lui fallut ni moins d'habitude stratégique ni moins de bravoure qu'aux plus célèbres capitaines.

De lui aussi, quand on a repassé, grâce à vous, cet épisode si agité de sa carrière militante, on redit avec Bossuet : t Son courage grandissait avec les périls et ses lumières avec son ardeur1.» Au milieu de ces combats terribles et sans cesse renouvelés, comme le vainqueur de Rocroi, « il est tranquille, tant il se trouve dans son naturel ».

A lui encore, toujours si humble et si désintéressé de lui-même après les actions les plus éclatantes, conviendrait admirablement cette maxime du prince de Condé, si bien commentée par son éloquent panégyriste : « Dans les grandes actions, il faut uniquement songer à bien faire et laisser venir la gloire après la vertu. Ainsi la fausse gloire ne le tentait pas. Tout tendait au vrai et au grand-. »

Je le sais, il n'a pas eu à lutter seulement contre les adversaires déclarés du christianisme et de l'Eglise, contre les philosophes athées et les politiques révolutionnaires. 11 a été mêlé à des conflits intimes et douloureux de la famille catholique. Dtviez-vous passer ces conflits entièrement sous silence? Faut-il vous savoir mauvais gré d'avoir voulu être, sur ce point délicat comme sur tout le reste, sincère et complet '!

Sans doute, il peut y avoir de réels inconvénients à perpétuer le souvenir de querelles domestiques dont les étincelles sont encore là, sous la cendre toute chaude, toujours prêtes à faire naître de nouveaux incendies.

D'autre part, n'eussiez-vous pas manqué de respect, non seulement envers la mémoire de l'évèque d'Orléans, mais envers la vérité historique elle-même, si vous n'aviez absolument rien dit

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