CHAPITRE VIL
à quelques pas. Je lui demandai comment il allait, c Mais cela va très bien, dit-il. — Pourtant, repris-je, on me dit que vous avez beaucoup souflert cette nuit. » Il me répondit : « Ils vous ont dit cela. . Ils ne savent pas que vous m'aviez laissé an consolateur. » Et alors, tirant de dessous ses draps sa main décharnée, et mè montrant le petit crucifix que je lui avais donné, et qu'il n'avait pas quitté : «Voilà, dit-il, celui qui me consolait; j'ai redit toute la nuit « Notre Père » et « Je vous salue, Marie... » et c'est ce qui fait que je n'ai pas souffert... »
Sur le fond un peu monotone de sa vie de vicaire, détachons encore deux traits qui nous seront comme des exemples de ce qu'il a dû faire et expérimenter bien souvent dans l'exercice de son ministère.
« Il y a quelquefois, » c'est encore lui qui va parler ici, « dans la vie du prêtre, de ces rencontres où je ne sais quel éclair de grâce éternelle pénètre son àme, et y projette avec une douceur infinie des clartés et comme des splendeurs qui ne se laissent jamais oublier. J'ai donc eu un jour une de ces révélations : c'était auprès d'un lit de mort, et en recueillant, en bénissant le dernier soupir d'une enfant qui m était bien chère : une toute jeune femme à qui naguère j'avais fait faire sa première communion. J'avais la coutume de ne jamais faire faire la première communion sans recommander à mes enfants au moins la fidélité à cette simple et puissante prière, YAve Maria, et cette jeune femme — elle avait à peine vingt ans, et il y avait à peine un an que j'avais béni son mariage— cette jeune femme, depuis sa première communion, avait été très fidèle à mes conseils : et même — c'était encore une autre de mes recommandations — elle récitait tous les jours quelques dizaines de chapelet, et, depuis quatre ans, elle le récitait tout entier. Fille d'un des vieux maréchaux de l'Empire, et des plus justement célèbres, adorée d'un père, d'une mère et d'un mari, riche, jeune, brillante, heureuse enfin d'avoir donné le jour à un fils, eh bien ! au milieu de tout ce bonheur présent et de ces rêves d'avenir, tout à coup à vingt ans il faut mourir ! A peinemère, frappée d'une de ces maladies inexorables auxquelles on
n'échappe pas... il faut mourir ! Et c'est moi qu'on chargeait de lui porter cette terrible nouvelle. J'entrai. Sa mère était dans la désolation, son mari désespéré, son vieux père anéanti ; plus encore que sa mère, comme cela n'est pas rare : j'ai remarqué plus d'une fois dans les grandes douleurs que les femmes chrétiennes, malgré une sensibilité profonde, portent plus fortement leurs peines que les plus vaillants guerriers. J'entrai donc à travers toutes ces douleurs, et ne savais comment aborder la malade. Je fus stupéfait, quand, arrivé près d'elle, je lui trouvai le sourire sur les lèvres. Oui, cette jeune femme qui allait être enlevée, par un coup si soudain, à toutes les espérances les plus brillantes, à tous les plus légitimes bonheurs, à toutes les affections les plus tendres, les plus vives, les plus pures, elle me sourit ! La mort s'avançait à pas pressés : elle le savait, elle le sentait; elle avait même un éclat de visage qui en révélait les approches; et elle souriait, avec une certaine tristesse douce, où la joie surnageait.
» Je ne pus m'empêcher de lui dire: « 0 mon enfant, quel coup ! » Et elle, avec un inexprimable accent... je suis encore ému en me rappelant, en retrouvant cet accent d'une voix qui m'est restée si chère... : « Est-ce que vous ne croyez pas, me dit-elle, que j'irai au Ciel? — Mon enfant, répondis-je, j'en ai une grande espérance. — Et moi, reprit-elle, j'en suis sure. » Je lui dis : « Qu'estce qui vous donne cette certitude? — C'est, me dit-elle, un conseil que vous m'avez donné autrefois. — Et quel est ce conseil? — Quand j'ai fait ma première communion, vous nous avez recommandé de dire tous les jours Y Are Maria, et de le bien dire. Je l'ai dit tous les jours, et même, depuis quatre ans, je n'ai pas manqué un seul jour de dire mon chapelet tout entier. Et c'est cela qui l'ait que je suis sûre d'aller au Ciel. — Et comment? lui dis-je. — Je ne puis pas croire, ajouta-t-elle avec gravité, et c'est une pensée qu ine me quitte pas depuis que j'ai été frappée, je ne puis pas croire que j'aie dit, depuis quatre ans, cinquante fois par jour, à la très sainte Vierge: Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour moi. pauvre pécheresse* main-