‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 92 sur 326 · CHAPITRE VII. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. U

qui les vantent le plus ». Sa pensée était de grouper dans un ordre méthodique ce que Bossuet a écrit de plus démonstratif soit sur la divinité de l'Eglise catholique, soit sur les dogmes du christianisme. Gomme préliminaire à ce travail, il voulut répondre, par un recueil de pensées pieuses éparses dans les œuvres de ce grand homme, au préjugé qui, par une double injustice, « prétend faire à Bossuet sa part en lui accordant seulement un génie vaste et sublime, comme à Fénelon la sienne, en lui laissant une àme pieuse et tendre » ; et il donna à ce recueil ce titre : la Journée du chrétien. On le voit, si Fénelon, dès sa jeunesse, s'était emparé de son àme, s'il le lisait et le relisait sans cesse, il ne vivait pas dans un commerce moins assidu avec Bossuet. Le dissentiment qui avait divisé un moment ces deux grands génies ne gênait en rien son admiration, et c'est ce dont le louera plus tard avec chaleur devant l'Académie française M. de Salvandy :

« L'image de Fénelon remplit vos livres comme votre pensée. Il est évident que le secret penchant qui conduit les esprits d'élite à des morts illustres, comme nous allons tous à des contemporains chers et respectés pour profiter de leur commerce, vous a inspiré ce culte... pardon du mot! cette prédilection pour une si grande àme et un si grand génie... Mais vous traitez avec le même respect la colossale figure de Bossuet. Vous l'étudiez avec le même amour; vous vous proposez de montrer, chez l'aigle de Meaux, le cœur supérieur comme le génie, la tendre charité égale à la force indomptable, l'homme semblable au grand homme... Je ne puis vous taire la joie de l'Académie à trouver en vous cet égal souci des deux illustres mémoires qu'elle distingue, mais ne sépare pas, qui lui représentent ensemble une admirable et digne image de cette fille sublime du Dieu de Clovis et de saint Remy, l'Eglise de France. »

Tels étaient les travaux que l'abbé Dupanloup mêlait aux occupations si absorbantes de son ministère paroissial. Soit désir de s'appartenir un peu à lui-même dans une vie plus paisible, et, tout en servant les âmes, de servir l'Eglise par la plume aussi et selon ses goûts de

travail intellectuel, soit peut-être quelque tristesse, soit enfin pas assez d'attrait pour la partie matérielle du ministère des paroisses, dont cependant l'obligeance de ses confrères et des arrangements particuliers, à Saint-Roch comme à la Madeleine, le déchargeaient en grande partie, il conçut alors une bien modeste pensée. Pendant les six. mois qu'il avait passés à Saint-Nicolas, la chapelle des Sœurs de la Visitation avait été le rendez-vous des âmes qui vivaient de ses conseils et de son appui. Vers le temps où nous sommes, L'aumônier de cette communauté voulut donner sa démission; l'abbé Dupanloup écrivit à Msr de Quélen pour solliciter cette place; il nourrissait depuis un an ce projet. Grand fut rétonnement de l'archevêque: sa réponse ne put laisser un seul moment à l'abbé Dupanloup la pensée d'insister.

Ainsi ce prêtre, destiné à l'action et à la lutte, et au constant service des âmes, désirera toute sa vie un peu de loisir pour lui-même; il ne l'obtiendra jamais. Il aurait voulu, écrivait-il à M?r de Quélen, rester toujours catéchiste; maintenant, premier vicaire d'une grande paroisse, il demande à être simple aumônier d'un obscur couvent : voilà quelle était son ambition.

Un mois après, deux grandes cures de Paris étant venues à vaquer, l'abbé Aiïre, alors vicaire général, écrivit à M?r de Quélen la lettre suivante, qui fait autant d'honneur à. son coup d'œil et à sa droiture qu'au mérite exceptionnel des deux prêtres qu'il signalait à l'archevêque :

« 20 avril 1836. Monseigneur, je dois avouer que j'ai peu de rapports personnels avec MM. Dupanloup et Pététot, mais je sais la réputation dont ils jouissent, et je n'ignore pas non plus la jalousie assez vive dont ils sont l'objet de la part d'un certain nombre de personnes. Vous connaissez bien mieux que moi les services qu'ils peuvent rendre; mais, si vous hésitiez à en profiter dans la crainte que leur soudaine promotion à la cure de Saint-Sulpice et à celle de Saint-Gervais n'excitât une certaine rumeur, je ne craindrais pas de dire à Votre Grandeur que le bruit ne durera pas huit jours après leur nomination et que le bien durera plusieurs années... Je puis vous assurer, Monsei-

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