CHAPITRE PREMIER
nombre d'évêques, pour savoir quelle serait leur pensée sur ce capital projet. L'évêque d'Orléans avait été un des trente-six évéques consultés. Dans sa réponse, il s'était borné à exposer les raisons pour et contre, sans conclure, ce qui avait paru à Pie IX une manière de ne pas l'encourager. « Mais il y a deux ans, lui dit-il, il me semble que vous n'étiez pas de cet avis. — C'est vrai» Très-Sainl-Père, répondit l'évêque, j'avais d'abord hésité, mais aujourd'hui je n'hésite plus. » Et il pria le Pape de vouloir bien permettre qu'il lui laissât une note dans laquelle i! avait résumé par écrit les motifs de son opinion. C'était pousser Pie IX du côté où il penchait*. Parmi les raisons qui arrêtaient le Pape, il y en avait une très grave : la crainte qu'au Concile les évêques ne fussent divisés. C'est pourquoi l'évêque d'Orléans, à peine de retour à Frascati, rédigeait et envoyait au Saint-Père une seconde note, dans laquelle, tout en s'efforçant de présenter les choses sous l'aspect le plus persuasif pour le Pape, il exprimait aussi sa vraie pensée, le point de vue où il s'était dès lors placé par rapport au Concile, et dont il ne se départit plus. Il y disait, entre autres choses, ceci :
«... Les différences profondes, radicales, entre un Concile œcuménique et une assemblée parlementaire frappent tous les yeux- : les Conciles œcuméniques font apparaître dans le plus grand relief la souveraineté pontificale, en ce que :
» 1° C'est le Pape, seul, qui convoque le Concile;
1. On a écrit que nous voulions ici tout rapporter à l'évêque d'Orléans. Ce serait puéril autant que faux. Cuique sitinn. A Pie IX appartient et la pensée initiale du Concile et sa décision. 11 n'en est pas moins vrai que son intention n'était pas de le convoquer à l'occasion de la réunion des évêques pour le centenaire de saint Pierre, et que c'est l'évêque d'Orléans surtout qui l'y détermina; comme c'est lui qui, au témoignage de Pie IX lui-même, liàla l'heure de la convocation. C'est la vérité, c'est l'histoiie. Et nous ne voyons pas en quoi la gloire de Pie IX en serait amoindrie.
2. On n'en a pas moins dit qu'au Concile il voulait transformer l'Eglise en Parlement.
)y 2° C'est le Pape, seul, qui le préside, en personne, ou par ses légats :
)) 3° C'est le Pape qui en dirige les opérations ;
» 4° C'est le Pape qui le transfère, s'il y a lieu; il peut même le dissoudre, si c'est nécessaire ;
» 5° C'est le Pape qui le confirme et qui donne aux décisions leur complément essentiel, leur autorité œcuménique et leur valeur définitive.
» Quoi de plus propre à montrer l'autorité souveraine du Pontife romain, qui s'exerce non seulement sur le peuple chrétien, non seulement sur chaque évèque en parliculier, mais encore sur tous les évéques, même réunis?...
» Quant à la crainte de quelque désaccord entre les évéques, j'avoue qu'elle ne me préoccupe pas. Ma pensée est au contraire que le Concile sera une grande et admirable manifestation de l'unité de l'Eglise, un grand acte d'union catholique.
» Le Pape éloignera les causes de division :
» En fixant le programme du Concile;
» En écartant, comme les Papes l'ont fait au concile de Trente, les questions controversées entre les écoles...
)) Les évéques, convoqués par le Pape, en se rendant au Concile de toutes les parties du monde catholique, y viennent pour témoigner des traditions de leurs églises, en font connaître les besoins, et portent leurs vœux au vicaire de Jésus-Christ.
)-) Les décisions arrêtées dans ces assemblées augustes ont une force souveraine sur la masse toujours grande des esprits flottants et faibles dans la foi. Et ma conviction est que le futur Concile de Rome donnera au monde entier, à nos frères séparés, aux schismatiques et aux hérétiques si divisés entre eux, le spectacle admirable de cinq ou six cents évéques, réunis de tous les points du globe, et pensant tous avec fermeté de la même manière sur toutes les plus grandes questions qui intéressent l'humanité... »