CHAPITRE PREMIER
Après avoir été reçu par le Pape, il alla chez le cardinal Antonelli, et l'entretint de la mènie pensée. Le cardinal en était beaucoup plus éloigné que te Pape; il redoutait l'opposition des puissances. Quant aux divers ambassadeurs, ils regardaient le projet comme peu pratique et ne pensaient pas qu'il put aboutir. Lidée rencontrait aussi beaucoup d'opposants parmi les cardinaux et les prélats : « Un Concile! disaient quelques-uns, mais n'avons-nous pas le Pape? Est-ce que le Pape n'a pas le pouvoir de décider toutes les questions? » L'évéque d'Orléans sentit donc le besoin d'agir sur les évèques, avant même leur arrivée à Rome, en même temps que sur les prélats de la cour romaine avec qui il était en relations. Voici une des nombreuses lettres qu'il écrivit alors :
« Rome, 18 mai 1867. Monseigneur, je suis arrivé depuis quelques jours à Rome, où l'on espère que vous ne tarderez pas vous-même à venir, et c'est ce qui me porte à vous dire quelque chose des impressions que j'ai trouvées en y arrivant.
» Plusieurs des personnages importants que j'ai vus ici m'ont paru préoccupés d'une pensée qu'on avait eue il y a quelques années, la pensée dun Concile œcuménique à Rome; non pas sans doute pour notre prochaine réunion; il ne pourrait être question alors que d'en déterminer l'époque et d'en étudier le programme : ce qui du reste occuperait dignement le temps de notre séjour ici ; et puis chaque évêque, de retour dans son diocèse, étudierait et ferait étudier par ses théologiens les questions. Je dois dire que pour ma part je suis très frappé des considérations qui se font à l'appui de ce grand dessein.
» Entre autres motifs, dans les temps où nous sommes, en ce siècle de malentendus sur tant de points contre l'Eglise, et après tant et de si profonds changements survenus dans tout l'ordre public et social de l'Europe, il est évident qu'il y a certaines graves questions qui demanderaient à être examinées avec la dernière maturité, et sur lesquelles les évèques des divers pays catholiques auraient manifestement des lumières utiles à 'apporter.
» Du reste l'Eglise dans les grandes crises a toujours eu recours à ce grand moyen. Et j'avoue que, dans les temps agités où nous sommes, la simple résolution d'un Concile me paraîtrait pleine de grandeur, el de nature à tourner vers le Pape et vers l'Episcopat les regards du monde entier.
» Vous me saurez peut-être gré, Monseigneur, de vous avoir donné avant votre arrivée ici ces indications, qui vous permettront de rétléchir dès maintenant sur ce qui pourrait bien être le résultat le plus sérieux de notre concours à Rome, pour les fêtes qui se préparent, t)
Dès les premiers jours de juin, les évêques arrivèrent de tous les points du monde : on en compta bientôt près de 500. Prestige étonnant de la Papauté ! et puissance du sentiment catholique ! En même temps l'Exposition universelle attirait à Paris tous les souverains de ["Europe, et les voyageurs de tous les pays : mais le contraste entre les deux spectacles n'était pas au désavantage de l'Eglise. Quand les évêques commencèrent à arriver, l'évêque d'Orléans quitta Frascati, pour venir se tixer à Rome, afin de gagner plus facilement à la- pensée du Concile ceux sur qui il pouvait avoir action, et, par Me"^ Franchi, il transmettait au Pape les nouvelles de jour en jour plus favorables de cette négociation. Quelques évêques, en particulier M?r Plantier, ne se laissèrent pas convaincre sans quelque peine; mais bientôt il fut devenu certain que l'idée du Concile obtenait l'adhésion universelle, que l'Adresse en parlerait, et que le Pape l'annoncerait.
Mais qui rédigerait l'Adresse? Comme en 1862, l'évêque d'Orléans fut un des plus actifs dans les préliminaires de ce grand acte. Les réunions préparatoires avaient lieu d'ordinaire chez le cardinal Altieri, qui avait fait de son palais, avec une parfaite urbanité et courtoisie, un centre pour les évêques. On convint d'abord de nommer une grande commission, composée de prélats choisis dans chaque nation. Il s'agit ensuite d'arrêter les bases