‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 9 sur 259 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

mémoire? Les appréciations d'hommes aussi graves qut ceux dont la pensée lui arrivait de tous côtés, n'étaient elles pas de nature à faire réfléchir un homme sérieux' Ajoutons que l'infaillibilité n'était pas la question unique qui le préoccupait.

Ces correspondances, et beaucoup d'autres analogues le déterminèrent. Il vit clairement ce /qu'il avait à faire i Rome. Une réunion, sans éludes et sans entente préalables à propos d'une simple solennité religieuse, ne lui paraissant pas de nature à permettre soit ces utiles résolution: dont parlait l'archevêque de Tours, aujourd'hui cardinal d( Paris, soit cette délibération sainte et sérieuse sur les inté rets du genre humain, et ce renouvellement de saintet» dans l'Eglise, préférables, selon l'évèque de Mayence, i des définitions dogmatiques, soit eiilin Fexamen approfondi que réclament de pareilles détinitions, la pensée lu vint que le résultat le plus heureux de la rencontre de; évèques à Rome serait peut-être, indépendamment di témoignage et de l'appui donnés au Pape, la décisior d'un Concile œcuménique. C'était là, à ses yeux, le plu: sûr moyen d'empêcher les entraînements, et de maintenir la direction des choses aux mains des chef: vrais de l'Eglise, le Pape et les évêques. C'était, drsaitil, la substitution de l'Eglise à un parti, quel qui fût. Entre l'annonce du Concile et sa convocation, le: évêques auraient le temps d'étudier de plus près encor* les questions si graves que les temps modernes ont posées les maux profonds du siècle et leurs remèdes. Fortemen frappé par ces considérations, il résolut de devancer le: évêques à Rome, afin de voir paisiblement près du Pape o qui, à ce point de vue, serait possible.

Le lendemain donc des fêtes de Jeanne d'Arc, aprè avoir donné à Paris la consécration épiscopale à un d ses anciens et chers élèves, M?'' Hugonin, évêque d Bayeux, il partit, non cette fois par la route de mer, mai par le mont Cenis et Florence. Et déjà, de Lanslebourg où il passa une journée, il écrivit des lettres à plusieur évêques ses amis, et notamment à l'évèque de Grenoble

pour leur communiquer la grande idée qui s'était emparée de lui. L'évêque de Grenoble lui répondit :

(( Grenoble, U mai 1867. Monseigneur, je me hâte de vous dire que je donne toute mon adhésion à la pensée que vous exprimez, et que les motifs qui l'appuient me paraissent de la plus haute gravité. En elle-même la célébration d'un Concile honorerait le Saint-Siège et l'episcopat. L'esprit de Dieu présiderait à une telle opération, et si, en une fois, on ne pouvait terminer les graves questions que l'état actuel de la société en Europe a soulevées, un autre Concile pourrait être assemblé plus tard, qui les trancherait définitivement. Xous ne sommes plus dans ces temps où les évéques semblaient séparés par des espaces immenses, infranchissables; en quelques jours la plupart, en quelques mois tous peuvent être réunis. Cette facilité providentielle doit engager le Saint- Siège, ce me semble, à agir plus que jamais non seulement dans l'esprit de l'unité, mais avec la coopération active de l'unité. Je suis donc profondément convaincu avec vous, Monseigneur, que, pratiquement, la célébration prochaine du Concile général est le but que nous devons poursuivre. Je vous remercie sincèrement d'avoir ouvert mon esprit à cette pensée. L'an passé, j'étais d'un autre avis. Mais aujourd'hui, il n'y a plus à hésiter. » Il ne passa qu'un jour à Rome, et tout de suite alla s'établir à Frascati, dans une villa que le prince Borghèse avait mise à sa disposition; et dès le lendemain, de grand matin, il était au travail avec les deux prêtres qui l'accompagnaient, résumant et rédigeant les raisons qu'il se proposait de faire valoir au Pape, dans Taudience qu'il avait demandée et qui lui fut sur-le-champ accordée. PieL\ fut à la fois surpris et charmé de trouver l'évêque d'Orléans dans ces dispositions. Depuis près de trois ans déjà, Pie LX avait conçu le dessein de réunir un Concile œcuménique : il s'en était ouvert pour la première fois, le 6 décembre 1864, deux jours avant de publier sa fameuse Encyclique et le Syllabus, à une séance d'une congrégation romaine, et plus tard, par une lettre conlidentielle du 10 avril 1865, il avait consulté un certain

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