CHAPITRE VU
je prévois, je ne venais pas en informer Votre Excellence, et faire appel, de la manière la plus pressante, à la loyauté, à l'humanité et à la justice du général en chef de l'armée qui occupe Orléans.
» Ce que je vois en effet, général, c'est la ruine, et ce que je prévois, c'est la famine. »
Et après l'avoir démontré avec une logique vive et pressante, il ajoutait :
(( Vous le disiez devant moi, avec un vrai sentiment d'équité, à M. le maire d'Orléans : «ï II y a, indépendamment de l'humanité et de la justice, il y a le possible et il y a l'impossible.
» Le possible, nous l'avons fait; l'impossible, nous ne pouvons le faire... »
Quelques jours après, l'infatigable évêque écrit encore à Versailles, à M. le comte de Frankenberg :
(( Orléans, le 24 octobre 1870. xMonsieur le comte, veuillez de nouveau me permettre de recourir à votre parfaite obligeance dans une circonstance grave.
» Vous avez bien voulu m'écrire de Versailles, à la date du 17 octobre, et au sortir même de l'audience de Sa Majesté le roi de Prusse, les paroles que je transcris ici (ce sont celles que nous avons citées plus haut).
» Il était impossible, Monsieur le comte, de n'être pas touché de ces bienveillantes paroles ; et, heureux de l'assurance qu'elles me donnaient, je me suis hâté d'en faire part tout à la fois à Son Excellence M. le baron de Tann, à M. le maire de la ville d'Orléans et à mes diocésains.
» Or, c'est aujourd'hui le 24 octobre et M. le général de Tann nous déclare qu'il n'a pas reçu les ordres que vous m'annonciez et qui devaient dispenser la ville d'Orléans de l'entretien de votre armée. Aussi les réquisitions continuent chaque jour avec rigueur...
» Permettez-moi donc. Monsieur le comte, de presser auprès de vous et par vous l'envoi de ces ordres annoncés en de tels termes et avec tant de cœur, et si justement attendus.
» Vous comprendrez facilement, Monsieur le comte, combien, lorsque vous me félicitiez d'avoir obtenu un
nouveau et immense bienfait pour la ville d'Orléans, il serait pénible pour moi, et, j'ose le dire pour vous, que ces justes espérances se changeassent en amères déceptions, y)
Ainsi l'évêque d'Orléans se multipliait en quelque sorte, écrivant, parlant, agissant. C'est pourquoi, voulant lui témoigner sa gratitude, le Conseil municipal, dans la séance du 15 octobre, lui vota, à l'unanimité, l'adresse suivante et vint la lui porter en corps à l'évêché :
(( Le Conseil municipal adresse à Mb'»" l'évêque d'Orléans, au nom de la population entière, l'expression vive et respectueuse de la reconnaissance que lui inspire sa chaleureuse et puissante intervention. »
Nous entendions tout à l'heure le jeune comte de Frankenberg parler des autres bienfaits dus à l'évêque d'Orléans. En eiïet, il eut aussi la consolation d'arracher plus d'un de ses diocésains à la mort. « Combien lui doivent la liberté et la vie ! » a écrit l'auteur éloquent des Récits de r invasion^.
Même énergie pour défendre nos blessés. Les considérant comme des prisonniers, le général de Tann prétendait avoir le droit de les diriger en Allemagne quand ils étaient convalescents. L'évêque et le premier président, M. Duboys d'Angers, s'élevèrent hautement contre cette prétention, se fondant sur la convention de Genève. Voici la lettre de l'évêque au général bavarois- :
c( Orléans, ^i octobre 1871. Excellence, j'ai l'honneur de vous adresser une liste de blessés appartenant à mes ambulances de l'évêché, des séminaires et aux autres et qui sont en voie suffisante de convalescence pour être renvoyés dans leurs foyers...
» Et je viens. Excellence, demander à votre bonté les permissions et sauf-conduits nécessaires pour que ces hommes puissent traverser en sécurité les lignes de votre armée. ..