‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 102 sur 259 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

)) C'est Texécution pure et simple de l'article additionnel cinquième- de la convention de Genève, signée, en même temps que par tous les autres souverains de l'Europe, par Sa Majesté le roi de Prusse.

» Cet article stipule formellement, par extension de l'article 6 de la convention, que « les blessés tombés aux mains de l'ennemi, lors même qu'ils ne seraient pas reconnus incapables de servir, devront être renvoyés dans leur pays après guérison, ou plus tôt, si faire se peut, à la condition toutefois de ne pas reprendre les armes pendant la durée de la guerre » .

» L'article 6 de la convention n'avait fait du renvoi des blessés qu'une obligation facultative ; l'article disait : « Pourront être renvoyés ». C'était un vœu, ce devait être une faveur : ce n'était ni pour les uns ni pour les autres un devoir rigoureux.

» L'humanité des hautes parties contractantes les a décidées à en faire un acticle rigoureusement obligatoire, à la seule condition, pour les blessés, de ne pas reprendre les armes pendant la guerre.

» C'est un moyen à la fois de décharger les hôpitaux et les ambulances plus promplement, et de procurer aux victimes de la guerre l'assistance de leurs familles.

» Pour moi, Excellence, il m'est impossible de comprendre qu'on puisse se faire illusion sur de telles obljgations; car la convention de Genève n'est pas seulement une convention solennelle que nul des contractants ne peut violer sans honte; c'est une convention sacrée au plus haut degré, un acte de charité et d'humanité chrétienne, qui fera à jamais l'honneur comme il demeure le devoir des souverains qui l'ont signée.

» Et cet honneur. Excellence, sera partagé par tous les généraux en chef d'armée qui, comme vous, avec une sympathique et généreuse bienveillance, se montreront heureux de faciliter l'exécution des mesures inspirées et arrêtées par l'humanité de leurs souverains K »

1. M. l'abbé Cochard, Annales oiiéanaises, année 1871, p. 152, Récils de Vinvasion, p. 269.

Cette lettre écrite, il se rend chez le général pour appuyer de vive voix sa requête. Il venait du reste d'apprendre une grave nouvelle : M. Thiers était à Tours, revenu de sa patriotique mission auprès de tous les grands cabinets de l'Europe, et désireux de la continuer par une négociation à Versailles pour les préliminaires d"une paix selon lui nécessaire. L'Angleterre et la Russie proposaient un armistice; l'Autriche et l'Italie, l'Espagne et la Turquie accédaient à cette demande. Le commandant de place se trouvait chez le général. Ce fut une « explosion de joie au Bom de M. Thiers ». Le général de Tann, au fond, en avait assez de cette guerre, qui dévorait les Bavarois; et à Versailles aussi, ses relations avec M. de Frankenherg en avaient donné à l'évèque la conviction, on désirait la paix. On avait même espéré que l'évèque d'Orléans se ferait l'intermédiaire entre le roi de Prusse et le gouvernement de la Défense nationale pour ces négociations : il s'y prêtait très volontiers, mais à la condition que la France resterait intacte. Il eut le courage d'exposer cela au roi de Prusse, « dans une lettre digne de Fénelon », dit Fauteur des Récits de V invasion.

Le général se montra très explicite sur les blessés :

(( Comme vous le voulez, Monseigneur, c'est vous qui donnez les ordres ici. J'ai reçu l'ordre de faire ce que vous voulez, de ne vous faire aucune peine. » Et au commandant : « Tout ce que veut Monseigneur. Il est le chef spirituel; les chefs temporels doivent lui obéir. La question est résolue dans les termes de sa lettre. Xous sommes protestants, mais nous aimons et respectons les évêques catholiques. »

Le sauf-conduit pour M. Thiers fut aussi tout de suite accordé. Mais ce sauf-conduit ne répondait pas précisément à la pensée de M. Thiers. M. Thiers ne voulait pas aller seulement de Tours à Versailles, mais aussi à Paris, afin de s'entendre préalablement avec les membres du gouvernement de la Défense nationale. C'est ce que la lettre suivante, rapportée de Tours par un ami commun.

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