Annahfi orléo.na ses, année 1878. p
l'; CHAPITRE VII. 185
l bataille fut livrée le 9 novembre, par une journée pâle et brumeuse. Des neuf heures du matin, la ville d'Orléans écoutait, frémissante, le bruit du canon, qui tantôt paraissait marcher vers nous et tantôt reculer. Le soir, nous apprenions à la fois la victoire de Coulmiers, la jonction des deux corps d'armée, et la retraite des Bavarois. Nous étions délivrés. Mais le général de Tann s'échappait ^
Pour la première fois, dans cette désastreuse guerre, la victoire souriait à nos armes, et cela dans les champs de l'Orléanais. L'évêque d'Orléans s'empressa de chanter un Te Deum dans sa cathédrale : aussi chrétien que brave, le général d'Aurelle y assista. La fête de saint Aignan approchait. Ce fut pour l'évêque une occasion d'épancher la joie patriotique de son âme dans une lettre pastorale, qui, franchissant l'enceinte d'Orléans, remua les cœurs français autant qu'elle irrita les vainqueurs; car ils accouraient, non de Paris, mais de Metz, commandés par le prince Frédéric-Charles en personne, (c Monseigneur, écrivait l'archevêque de Tours, M^i" Guihert, à Msi" Dupanloup, après avoir lu celte lettre, Votre Grandeur sait toujours dire ce qui convient d'après les circonstances. Cette fois, vous avez été inspiré de la manière la plus heureuse par votre foi et votre patriotisme... Nous savons ici que vous renouvelez à Orléans les actes d'héroïque charité dont Fénelon donna de si beaux exemples quand son diocèse était, comme le vôtre, traversé et foulé par les armées. » (22 novembre 1870.)
Pendant ces jours d'une délivrance qui ne devait pas être de longue durée, nos communications avec le dehors nous ayant été rendues, l'évêque en profita pour faire de tous côtés des appels à la charité : l'argent lui venait de l'étranger, comme de la France, de la généreuse Irlande surtout. ccJe me tourne de tous côtés, écrivait-il, je demande où je peux, je frappe à toutes les portes. Je m'adresse à ceux de nos départements qui n'ont pas connu comme nous les horreurs de l'invasion. J'ai fait
1. Cette bataille est racontée, avec les détails les plus précis et le; plus émouvants, dans le volume de M. Boucher.
plus, j'ai écrit à l'étranger: l'Irlande surtout, c'est pour moi un devoir de le proclamer bien haut, la pauvre, la catholique et magnanime Irlande n'a cessé de me faire parvenir, depuis le commencement de nos épreuves, les plus généreuses offrandes, et, soit les dons de ses pauvres enfants eux-mêmes, soit les sympathies hautement exprimées dans ses meetings, ont prouvé que nul peuple au monde n'est plus véritablement pour nous un peuple ami que le peuple irlandais. (( Ils s'arracheraient le pain de la bouche, m'écrivait un de leurs évèques, pour pouvoir donner à la France '. »
Cependant le prince Frédéric-Charles approchait, et donnait la main au général de Tann et au duc de Mecklembourg. On avait fait la faute d'étendre cette armée de la Loire en avant d'Orléans, sur un front de plusieurs lieues : culbuter ses deux ailes, puis enfoncer le centre, telle fut la tactique de l'ennemi. Les batailles commencèrent le ^8 novembre, à Beaune-la-Rolande et à Juranville. Cependant nous eûmes d'abord, à l'autre aile, quelques avantages. Les Bavarois furent repoussés jusqu'à Orgères. On annonçait en même temps la fameuse victoire de Longjumeau! Averti du succès du général d'Aurelle, et de sa marche en avant, l'évêque prescrivit un Te Beum, et appela les Orléanais au vieux sanctuaire de Xotre-Dame-des-Miracles. (c J'ai choisi ce lieu, disait-il, non seulement parce que, s'il faut des miracles pour nous sauver, c'est Marie qui les obtiendra, mais encore parce que, au milieu de tant de souvenirs qui se rattachent à cette antique chapelle, je retrouve la prière de Jeanne d'Arc. C'est là que pria Jeanne d'Arc; c'est là que nos pères ont prié avec elle; c'est là que nous viendrons aussi prier. » Hélas! Dieu en ordonnait autrement. Le lendemain, ^ décembre, nous étions écrasés aux deux extrémités de notre ligne : à Patay, combat héroïque, et à Chilleurs, déroute lamentable. Puis, le 3, notre
1. Lettre de Mo'' Vévêque cVOrléans sur Vœuvre des pauvres village-'^ ravagés par la guerre (Annales orléanaises, année 1871).