‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 107 sur 259 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

et les plus délicats : je l'ai vu et je l'atteste ; et j'ai entendu vos médecins et les inspecteurs généraux de vos ambulances l'attester comme moi. Et hier encore, Fun d'eux disait : « Nulle part nos blessés n'ont été mieux traités qu'à Orléans. » J'ai sous les yeux en ce moment une quantité de témoignages écrits, imprimés, de la plus vive reconnaissance, et émanant, soit de blessés allemands, au moment de leur départ, ou après leur retour dans leur pays, soit des familles de ces militaires pendant qu'ils étaient ici dans nos ambulances particulières. Je pourrais en remplir plusieurs colonnes de votre journal.

» Ce qui est vrai, c'est que les habitants de notre ville, les magistrats, les prêtres, les professeurs du Lycée et de mes Séminaires, les Frères des écoles chrétiennes, la nuit, le jour, partaient par la neige et le froid le plus rigoureux pour aller relever sur les champs de bataille et ramener à Orléans les blessés ; Prussiens comme Français.

» Ce qui est vrai, c'est que quatre cents religieuses ont été et sont encore occupées à soigner vos blessés comme les nôtres ; je les ai mises à la disposition des autorités militaires pour vos propres ambulances, là où on en a voulu. Les religieuses de la Visitation ont reçu à la fois jusqu'à deux cents blessés. Elles se sont privées de tout : de leurs propres lits, de leurs couvertures, couchant, elles, sur la paille. Elles les ont veillés le jour et la nuit. Il y en a qui, par suite de ces fatigues, sont mortes : et la Supérieure a été deux fois aux portes de la mort. Au Sacré-Cœur, il y a encore, à l'heure qu'il est, près de deux cents blessés. Nos religieuses du monastère de la Charité, si pauvres que, depuis trois mois, elles sont obligées de prendre, pour elles et pour leurs orphelines, leur pain à crédit, en ont eu jusqu'à cent quatre-vingts. Nos sœurs de Saint- Aignan, si pauvres aussi que je cherche chaque jour les moyens de pourvoir à leur existence, ont également recueilli dans leurs deux maisons plusieurs centaines de blessés. Je ne nomme pas les Sœurs de la Sagesse, nos Sœurs garde-malades, nos Petites-Sœurs des Pauvres, ni les Ursulines, ni les Carmélites, dont les deux Supérieures

sont mortes des maladies contagieuses de leurs blessés, ni tant d'autres.

» Ce qui est vrai? encore, c'est que les dames orléanaises, et je ne dois pas le taire, ne l'ont pas cédé aux religieuses, et ont été incomparal)les dans les soins qu'elles ont prodigués elles-mêmes, de leurs mains, aux blessés *.

» Ce qui est vrai, c'est que, outre mon évêché, trois églises, et tout ce qu'il y avait de salles disponibles dans mes trois Séminaires, le Lycée et toutes nos communautés d'hommes, ont été convertis en ambulances.

» Et c'est, Monsieur, lorsque, dans une ville, tous, laïques, prêtres, religieux, ont montré un tel dévouement, que vous avez eu le malheur d'écrire : « A Orléans, les Français ont exercé, avec préméditation, et à dessein, des atrocités sans nom sur les blessés allemands dans les ambulances. » Et le reste.

» Sans doute, je le sais, il faut s'attendre ici-bas à l'ingratitude ; mais pas à ce degré, pas à de telles calomnies.

» J'ai vu des officiers allemands en rougir, et s'écrier : « Par là on déshonore notre pays, n Et l'un d'eux, officier supérieur, s'écriait : a Nous ne pouvons pas continuer à faire la guerre de cette sorte. » Eh, mon Dieu! Monsieur, n'est-ce pas assez du sang qui coule, et faut-il encore avoir recours à de pareilles armes ? Et puisque la fortune de la guerre vous a souri, ne vous siérait-il pas au moins de ne pas outrager les vaincus?

» C'est avec une profonde tristesse. Monsieur, que je me suis vu condamné à vous écrire une telle lettre, et dans un tel moment, quand la lutte entre votre pays et le mien est encore si ardente. Mais je devais à la ville dont je suis évêque, je devais à mes diocésains de les défendre.

1. La justice et la reconnaissance nous font un devoir de prononcer ici le nom de deux dames anglaises protestantes, dont les soins pour nos blessés ont été admirables, M"^' Pearson et Mac Langhlin. Nous y joindrons celui d'une Irlandaise qui habitait depuis longtemps notre ville, et qui ne fut pas moins dévouée, miss O'hanlon.

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