CHAPITRE PREMIER
de l'Adresse, l'esprit dans lequel elle serait rédigée. Evidemment beaucoup de modération était nécessaire; mais telle n'était pas la pensée de tous; un jour même, un prélat anglais, pour mieux accentuer sa pensée en l'exagérant, alla jusqu'à dire qu'il fallait qu'elle fût blessante si on voulait qu'elle portât coup; à quoi le cardinal Altieri répondit qu'il la fallait au contraire sifnple et mesurée. Et le cardinal de Angelis ajouta qu'il ne fallait pas créer des difficultés aux évéques italiens et français à leur retour. C'est pourquoi, comme on ne pouvait éviter de parler de l'Encyclique et du Syllabus, actes qui avaient tant déplu à certains gouvernements, on convint de n'en parler qu'en termes généraux.
Ces conventions faites, le cardinal de Angelis et M?»" Franchi furent chargés de la rédaction, et, sur le désir formel du Pape, M&^ Franchi la communiqua à l'évêque d'Orléans. «C'est votre projet, d lui disait-il. En effet, l'évêque d'Orléans avait remisa M?'' Franchi des notes pour le travail préparatoire. Lui, les avait beaucoup développées. Il insistait: « Puis-je dire au cardinal de Angelis que vous approuvez? — Oui.» «Dans le fait, nous disait l'évêque d'Orléans, c'était simple et acceptable; très louangeur, à la façon italienne, mais la forme définitive pouvait donner sous ce rapport la mesure désirable. » Le cardinal alors réunit la grande commission pour lui communiquer ces bases. Il s'était exprimé en italien. Tout à coup un évêque slave, grand de taille, et éblouissant avec son costume aux riches couleurs, se leva et dit : « Messeigneurs, quand nous sommes venus ici des extrémités de l'Europe a l'appel de Pie IX, ce n'est pas la ville de Rome que nous sommes venus voir, mais le Saint-Siège. Que la ville de Rome s'exprime en italien, à la bonne heure, mais le Saint-Siège doit parler latin. Le latin est la langue de l'Eglise. Je n'ai pas compris un seul mot de ce qui vient d'être lu. » Le cardinal Mathieu fît alors honneur à l'épiscopat français. Il se leva, prit le papier des mains du cardinal de Angelis, et se mit à le lire en latin couramment, comme s'il eût été écrit dans cette langue. Une seconde fois le projet fut lu, lentement, par
l'archevêque de Colocsa, ^W Haynald. Tout fut approuvé.
Puis on convint de procéder à la nomination d'une sous-commission, qui, sur ces bases, rédigerait définitivement l'Adresse. iMais qui composerait cette souscommission? « Vous, d'abord, » dit le cardinal de Angelis à M^"" Haynald. Alors l'archevêque de Colocsa se leva, et avec une grande noblesse : « Le premier, dit-il, ce ne doit pas être moi; le premier, ce doit être l'illustre évêque d'Orléans, qui a tant fait pour l'Eglise et le Saint- Siège. î Une acclamation accueillit ces paroles. En hn de com^pte, la sous-commission fut composée du cardinal de Angelis, des archevêques de Colocsa (Haynald), Sorrente, Sarragosse, Tessalonique (Franchi) et Westminster (Manning), et de Tévêque d'Orléans. On voulait aussi que M?'' Dupanloup se chargeât de la rédaction définitive. Mais à son tour il demanda que M?'' Haynald voulût bien prendre cette tâche, et se tournant vers lui en souriant : « Je ne dis rien de plus, lui dit-il ; je puis encore vous aimer, mais vous m'avez ôté le droit de vous louer. » Puis il lui remit le projet qu'il avait préparé et engagea M?»" Manning, qui en avait préparé un de son côté, à en faire autant. Ceci se passait le samedi 23 juin.
Le lundi 25, la grande commission devait se réunir à trois heures pour entendre la lecture de la pièce; à midi, l'actif évêque d'Orléans était chez M?'' Haynald; celui-ci avait terminé son travail; on le copiait; il le lui lut : « Les plus beaux passages, lui disait-il, les plus belles expressions sont de vous. » L'évêque d'Orléans néanmoins ne fut pas pleinement satisfait de l'ensemble, quant à la forme ; Ms^ Haynald ne l'était pas davantage. Les bases, dont il ne pouvait s'écarter, avaient été pour lui, disait-ii, un litdeProcuste, et puis de moment en moment M^^" Franchi lui avait apporté des phrases toutes faites, qu'il était difficile de ne pas insérer. Un vif passage sur le Magisterhim du Pape avait été aussi formellement demandé à l'archevêque de Colocsa par un évêque anglais, a Nous ne pouvons pas retourner près de nos catholiques d'Angleterre, lui avait dit cet évêque, si nous n'obtenons pas