‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 111 sur 259 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

iiance vis-à-vis de ses collègues de tous les partis, respecté de tous, écouté de beaucoup; modérateur et conciliateur qu'on était heureux de rencontrer dans les compétitions et les luttes personnelles inévitables, eu dehors desquelles on lui savait gré de se tenir toujours. Sa place, à Versailles, était du côté droit de l'Assemblée, dans un des premiers fauteuils du pourtour, où sa noble et expressive ph ysionomie, et sa tenue constamment digne, frappaient le regard.

Un homme, à Bordeaux, se trouva comme désigné pour la présidence de cette République provisoire : ce fut M. Thiers. Mais la lui arracher après la lui avoir confiée fut plus difficile. Grâce à lui et aux divisions malheureuses dont il sut profiter, cette Assemblée, si monarchique, ne fit pas la monarchie, et en fin de compte, fit la République.

Ce qui parut plus pressé que la monarchie, ce fut la conclusion de la paix et le payement de la dette. L'évèque d'Orléans vota la paix, nécessaire à ses yeux. Nos ennemis n'en avaient pas moins le désir que nous le besoin. Le jour même où il devait partir pour Bordeaux, le prince royal de Prusse, qui venait d'arriver à Orléans, lui avait envoyé le commandant de place pour lui exprimer le désir de visiter la cathédrale. C'était une invitation indirecte. Aussitôt l'évèque s'était rendu auprès du prince; il en revint, profondément touché et de sa courtoisie, et de ses nobles sentiments. Le prince s'était montré du reste favorablement disposé pour nous, et n'entrevoyant pas sans appréhension dans l'avenir une revanche de la France, (c C'est la troisième guerre que je vois, disait-il, et celle qui m'a causé le plus d'horreur. 11 faudrait faire une paix qui préparât une ère nouvelle pour la France et pour l'Europe. — Cela, répondit l'évèque, dépend beaucoup des conditions. ïl ne faut pas blesser au cœur la France...»

Force fut bien cependant à Bordeaux d'en passer par où avait voulu M. de Bismarck. Quant à la constitution définitive du pays, les dures nécessités qui pesaient sur nous

furent le prétexte de M. Thiers pour écarter les tentatives de restauration. Il ne fallait pas laisser au roi ces embarras; il fallait lui déblayer le terrain. «: Monsieur Benoist d'Azy, disait-il k un des membres les plus respectés du parti royaliste, ce que nous faisons là, c'est de la monarchie, et de la bonne. » Surtout, il ne fallait pas lui mettre de princes sur les bras. On fit donc ce qu'on a appelé le pacte de Bordeaux, une sorte de trêve entre les partis. M. Thiers promettait solennellement qu'il ne tromperait personne, qu'il laisserait l'Assemblée décider souverainement, qu'il n'inclinerait ni à droite, ni à gauche, que l'avenir serait aux plus sages. Mais ajourner la monarchie, qu'avec plus de coup d'oeil et d'énergie on eût pu enlever (c'est en politique surtout qu'il faut saisir l'occasion), c'était laisser prendre pied à M. Thiers, et qui le connaissait aurait pu prévoir que la grandeur d'àme lui manquerait pour préférer le premier rôle au premier rang.

L'Assemblée ne resta que quelques semaines à Bordeaux. Il était temps qu'elle se rapprochât de Paris. La Commune approchait. Elle éclata le 18 mars. Rien ne saurait exprimer la tristesse de l'évêque d'Orléans pendant cette longue lutte. Occupé, les après-midi seulement, par l'Assemblée, qui ne discutait encore que des lois politiques, il poursuivait le travail commencé à Orléans, cette enquête morale sur la France, qui lui paraissait plus que jamais urgente.

Un jour en descendant la rue de Satory, pour se rendrt^ à l'Assemblée (il était logé dans une maison appartenant à M'"^ la baronne de Fréville, au coin de la rue de Satory et de la rue Saint- Antoine), il se croisa avec une longue file de prisonniers, les premiers qu'on amenait : « Voyez, nous dit-il, c'est l'armée de l'athéisme qui passe. » C'était horrible à voir. ((. Mais les plus coupables, ajouta-t-il, ce ne sont pas ces égarés ; ce sont les écrivains qui les ont poussés!» Par malheur, la Commune, qui aurait dû faire enfin dans l'Assemblée l'union, et cette union la monarchie, ne fut pour M. Thiers qu'une occasion de fortifier sa position

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