‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 112 sur 259 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

personnelle. On ne connut que trop tard les engagements que, au mépris du pacte de Bordeaux, il eut la faiblesse de prendre avec les délégués du Midi. On fb vit donc se détacher peu à peu de la droite pour se tourner vers la gauche. La désillusion fut dure pour l'évêque d'Orléans. Elle commença le jour où nous lui répétâmes les paroles suivantes, surprises par nous, et par grand hasard, dans la galerie qui est au-dessus de la salle des Tombeaux, sur leslèvres du Président : «Vous voulez, disait-il à un grand monsieur, inconnu de nous, après une séance orageuse où M. de Kerdrel l'avait forcé de retirer une parole blessante pour la droite, vous voulez me donner pour auxiliaires les monarchistes de l'Assemblée : je n'en veux pas. On ne peut gouverner qu'avec une majorité ; ils sont bien la majorité dans l'Assemblée, mais pas dans le pays. » Cet appel du Parlement à l'opinion du dehors disait tout.

On sait, et nous n'avons pas ici à dire dans quelles effroyables catastrophes cette Commune s'abîma : les incendies, les ruines, le massacre des otages. L'évêque d'Orléans ne put pas rester muet devant des spectacles si féconds en grandes leçons ; de Menthon où il se trouvait alors, pendant la prorogation de l'Assemblée, il laissa jaillir de son âme une éloquente lettre pastorale :

« Ce ne sont plus seulement des prières, ce sont des expiations, que je viens vous demander, et qu'il faut offrir à Dieu pour notre malheureux pays I

» Car des crimes ont été commis, sans nom et sans exemple dans l'histoire : crimes contre la patrie, contre l'humanité, contre la religion, contreDieu, contre tout!... Ah ! les oreilles tintent, comme dit le prophète, et les mains tombent à tout un peuple d'abattement et d'effroi...

» Une voix, poursuivait-il, sort de ces ruines, éclatante, formidable, secourable aussi, et il faut savoir entendre ce que dit cette voix...

» Que les habiles cherchent ici les causes politiques ; qu'ils signalent les fautes commises, les responsabilités encourues, soit; mais ces vues, s'il n'y en avait pas d autres, ces vues mortelles hébéteraient trop nos regards,

comme dit cet ancien : Mortales hebetat visus. Il faut aller aux causes profondes ; il faut regarder plus haut, jusqu'à (( cette puissance supérieure » que nomment en ce moment ceux-là mêmes qui semblaient le moins y croire. Par delà les flammes qui dévorent Paris, il est difficile de ne voir que la main des hommes ; il y faut voir aussi ce que la religieuse antiquité voyait dans les grandes catastrophes, Numina magna Deûm ; et pour parler le langage chrétien, il y faut voir Dieu, nous châtiant par nous-mêmes, écrasant notre orgueil sous les coups répétés d'une main qui semhle implacable, et confondant enfin cette infatuation funeste qui détournait de lui nos pensées et nos cœurs, et qui nous a tous enivrés et perdus...

» ... Devant ces ruines fumantes de Paris, devant ces derniers éclats de la foudre, devant ces crimes accumulés, rirez-vous encore. Messieurs? argumenterez- vous, sophistes? et hlasphémerez-vous, impies?

» Ah 1 vous n'avez pas voulu voir le divin : eh bien, le satanique vous est apparu ! »

11 allait ainsi, portant en quelque sorte dans les yeux à tous la lumière des faits. « C'est l'impiété révolutionnaire, s'écriait-il, c'est le socialisme athée, qui a brûlé Paris. 5) Et certes, quand les événements avaient donné si promptement raison à ses anciennes prévisions, il lui était bien permis de les rappeler à la légèreté française :

c( Ces conséquences fatales, irrésistibles, de l'athéisme et de l'irréligion, hélas! lorsque j'écrivais, il y a quelques années, V Athéisme et le péril social, je les dénonçais, mais en vain. En voyant le flot de l'impiété monter je m'étais écrié : « On m'appellera si l'on veut prophète de malheur, mais ce qui se prépare est effroyable. )> Nous étions alors en de tels temps que ce simple rappel à la Providence, fait par un évêque, excita des étonnemenls et des soulèvements étranges.

» Je répondis : «Aujourd'hui, c'est la guerre à Dieu; demain, ce sera la guerre à la société!... L'athéisme vous fera un peuple effroyable : ces jeunes gens, ces ouvriers, dans dix ans peut-être ils seront les maîtres. Les congrès

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