CHAPITRE VIII
VOUS"? lui avait dit le prince; vous m avez fait faire ma première communion. — Ah! c'est vous, Monseigneur 1 >> s'était écrié Févêque en se jetant dans ses bras. Il Tavait sur-le-champ reconnu, bien que, depuis 1831 , il n'eut pas eu l'occasion de le revoir. Le prince, à la nouvelle de la victoire de Goulmiers, avait eu la noble pensée de se mettre à la disposition du général d' Au relie de Paladines, et il venait demander à l'évéque d'Orléans de l'aider à pénétrer jusqu'au quartier général. Rien ne pouvait être plus agréable à celui-ci qu'une telle résolution, si digne d'un prince français. Que de fois, pendant la guerre, en voyant tous ces princes allemands qui commandaient les armées ennemies, l'avait-on entendu s'écrier : a Et nos princes à nous, quel malheur qu'ils ne soient pas à la tète de nos soldats ! Nous avons la plus belle maison royale du monde, mais en exil, et divisée^ ! » Il y en avait un cependant qui avait pu entrer dans un autre corps d'armée, et qui se hattait, « sous le nom si digne de lui,>) disait plus tard l'évéque avec enthousiasme, de Robert le Fort; c'était M. le duc de Chartres. L'évéque pria donc le prince de Joinville de revenir le lendemain, manda à La Chapelle le curé d'une des paroisses voisines du quartier général, et le chargea d'y conduire le vaillant prince. On sait quel obstacle, plus fort qu'eux, empêcha le général d'Aurelle, comme aussi le général Martin des Pallières, vers lequel le prince de Joinville se retourna, d'accepter, sous un gouvernement républicain, les services d'un fils de roi.
Pendant les entretiens qu'ils eurent ensemble, l'évéque dit au prince toute sa pensée sur la situation présente et sur l'avenir du pays. La fusion était la grande pensée politique à laquelle il s'attachait : « La France, répétait-il, est une nation perdue et éperdue. Tous les vingt ans une révolution. Toujours à recommencer. Une restauration orléaniste? Nouvelle aventure, avec des rancunes éternelles. Il faut enfin à ce pays la stabilité et la grandeur. A vous tous, vous l'apportez, groupés dans votre force et
i. L'évéque d'Orléans a rappelé lui-même ces paroles dans sa Lettre à M. de Pressensé.
'JO-i VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.
votre intelligence autour du prince et du principe. Assez de secousses, assez d'orages : il faut à la France le port, non la rade. » Il n'y avait rien à faire alors quant à la fusion, si ce n'est à la préparer par de tels et si sages conseils. Toutefois, nous le pouvons dire, l'héroïsme du prince de Joinville fut à l'évêque, dans ces jours d'inénarrables douleurs, une consolation patriotique.
Lorsque Ms' Dupanloup eut été nommé député à l'Assemblée nationale, M. le prince de Joinville, de Biarritz où il se trouvait alors, lui adressa à Bordeaux la lettre suivante :
« 25 février 1871. Mon cher évéque, votre présence à Bordeaux me permet de faire ce dont je cherchais depuis longtemps l'occasion, vous remercier du fond du cœur de votre accueil à Orléans au mois de novembre, et de Taide que vous m'avez donnée dans mes tentatives infructueuses pour prendre part à la défense du pays. Jusqu'au bout votre protection m'a été bien utile, et le curé de Saint-Hilaire vous aura sans doute raconté la bonne hospitalité qu'il m'a donnée dans la imit du 4 décembre. Je vous ai suivi au milieu de toutes les épreuves que la seconde occupation d'Orléans vous a apportées. Il n'y a qu'une voix en France pour admirer le courage et le dévouement avec lesquels vous les avez traversées... »
Puis, abordant la situation politique :
« La tâche de l'Assemblée va être douloureuse. Continuer la résistance serait accepter un martyre qui n'est pas dans le tempérament du pays. Il faudra donc la voter, cette cruelle paix...
» En conférant le pouvoir à M. Thiers en ce moment, on a fait la seule chose possible; lui seul pouvait être le négociateur. Son gouvernement sera-t-il celui des grandes et généreuses initiatives que commande la situation du pays? L'avenir nous l'apprendra... »
Saisissant l'occasion que cette lettre lui offrait, Févéque d'Orléans répondit au prince de Joinville :
(( Février 1871, Bordeaux. Monseigneur, j'ai reçu aujourd'hui seulement la lettre que vous avez bien voulu