‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 116 sur 259 · CHAPITRE Vill · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vill

m'écrire de Biarritz, à la date du 25 courant, et je m'empresse de vous en remercier et d'y répondre.

y> Vous me rappelez, en des termes dont je suis touché profondément, votre passage à Orléans, au moment de nos tristes batailles : j'ai été trop heureux alors de vous aider, en ce qui m'a été possible, dans vos infructueuses mais héroïques tentatives pour prendre part à la défense suprême du pays.

» Aujourd'hui il s'agit de conclure cette douloureuse paix, et ensuite de panser les plaies de la France. Vous prendrez à cette dernière et plus consolante tâche la part qui vous convient, Monseigneur, puisque le pays, et je lui en sais gré, vous a élu, ainsi que M?'' le duc d'Aumale.

» En me communiquant avec une confiance qui me touche vos pensées sur la situation présente, vous demandez, Monseigneur, si le gouvernement prendra « de grandes et généreuses initiatives ». Permettez-moi de vous dire que les grandes et généreuses initiatives, aujourd'hui, c'est à vous à les prendre.

» A mes yeux, vous avez entre les mains le salut et l'avenir possible de la France : vous pouvez, je n'hésite pas à le dire, la perdre ou la sauver ; parce que nul plus que vous ne peut contribuer à donner au grand parti conservateur qui est le dernier espoir de la France, l'union qui seule peut rallier toutes ses forces. Le parti conservateur, en face de l'anarchie qui nous menace, doit être uni et non pas divisé: autrement il ne répond pas à ce que demande le pays.

» Ni ce parti, ni le pays, n'attendent d'ailleurs de vous que vous cherchiez à violenter la volonté nationale. Vous le pourriez. Monseigneur, qu'assurément il ne vous conviendrait pas de le vouloir. Mais ce qu'il est permis d'attendre, c'est que vous ayez une conviction collective et résolue sur ce qui peut sauver la France, et que cette conviction vous la pratiquiez en ce qui vous concerne. Cela est nécessaire et cela suffit.

» La France est lasse et épuisée de toutes ces révolutions périodiques, qui viennent, tous les quinze ou vingt ans, tout remettre en question chez nous. Vous me l'avez

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bien des fois redit vous-même à Orléans, et avec une noblesse de langage que je n'ai pu oublier : rien d'effectif, rien de stable, rien de grand n'est possible dans un pays qui en est là. C'est là le mal extrême, auquel il est temps enfin d'apporter un remède radical.

j Eli bien, ce remède, qui sera le salut de la France, il est en vous, Monseigneur. Vous pouvez rouvrir ou clore cette ère interminable des révolutions : la rouATir par une révolution nouvelle : la clore par l'union de tous les amis de la liberté dans l'ordre, c'est-à-dire par la monarchie constitutionnelle et héréditaire.

» En perpétuant la désunion, vous placeriez la France dans l'impossibilité morale de recourir au remède. Je vous en conjure, Monseigneur, n'encourez pas cette responsahilite.

» Je vois cette Assemblée, et je vois la nation. Les amis que j"ai dans tous les rangs, et même dans tous les partis, m'autorisent à laftirmer, c'est là ce que cette Assemblée veut, et ce que veut la nation.

» Jamais situation plus noble et plus grande n"a été offerte à des princes dignes de ce nom et de leur race. Tel que je vous connais. Monseigneur, toute hésitation serait indigne de votre grand cœur. Il faut que grâce à vous la France, comme l'écrivait récemment M. Guizot, « cesse d'être condamnée à attendre, tantôt une révolution pour réclamer et exercer ses droits, tantôt un despote, petit ou grand, pour la délivrer de la démagogie ».

» 11 faut qu'elle se sente enfin en sécurité, sous un gouvernement incontesté, et, autant que possible, à l'abri des tempêtes.

» Je l'ai entendu souvent répéter à l'homme d'Etat éminent à qui la France doit en ce moment une si grande reconnaissance, la France est un vaisseau trop battu de l'orage : ce qu'il lui faut, ce n'est pas seulement une rade, c'est le port. Autrement nous serions condamnés à lui dire: 0 navis, réfèrent in mare te noiî fluctus !

y> Une monarchie qui laisserait la maison de Bourbon divisée, perpétuerait, avec la douleur de ce triste spectacle.

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