‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 117 sur 259 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

!a division du grand parti conservateur, et le mal profond de la France. Ce ne serait pas le port.

» Mais ce que nous devons lui dire, au contraire, c'est l'autre mot du poète : Fortiter occupa port uni !

» Laissez-moi l'ajouter, Monseigneur, une présidence princière ferait craindre un nouveau coup d'Elat. Autour d'elle s'agiteraient inévitablement, contre la volonté même de celui qui en serait investi, de nouvelles intrigues : ce ne serait pas le port.

» Mais quelle force donnerait au contraire l'union, si elle était faite, et si la France le savait ! Unie, votre maison trouverait la France unanime pour l'acclamer.

» Quelle force a l'autorité ! Et quelle force aussi et quelles garanties pour les libertés nécessaires f Car vous le savez mieux que moi, Monseigneur, aujourd'hui le despotisme est incompatible avec la maison de Bourbon; et en face d'un gouvernement où vous et vos amis auriez naturellement la grande place qui vous convient, les ombrages de la société moderne s'évanouiraient.

> Nous avons payé cher, en 1851, le malheur de n'avoir pas fait cesser nos divisions. Cette grande faute nous a coûté les vingt années que nous venons de traverser, et nous coûte en ce moment Metz et l'Alsace. Je ne veux accuser personne; surtout je n'accuse pas la France : mais je la plains.

» Elle était au dépourvu. Mais il ne faut plus qu'on l'y trouve, et qu'on l'y prenne. Non, ne recommençons pas. Rattachons enfin l'avenir au passé. Rapprochons, unissons la grande souveraineté, œuvre des aïeux et des siècles, couverte de la majesté des souvenirs, et à ces titres éminemment nationale aussi.

» La monarchie héréditaire est si nécessaire à la France qu'en 1804, en 1830, en 1851, après avoir renversé l'hérédité, toujours on a dû la rétablir.

)) Et si on n'aboutissait en ce moment qu'à un fait révolutionnaire comme un autre, l'hérédité serait de nouveau blessée à sa racine. Vous n'auriez rien fait pour vous, rien pour le pays.

» N'est-il pas manifeste, je vous le disais à Orléans,

'li)S VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.

que c'est la multiplicité des prétendants qui a été le malheur de la monarchie et de la France?

)) Cette malheureuse France n'a-t-elle donc pas assez souiïerf? Faut-il donc qu'elle soit de nouveau, et éternellement, aux yeux de l'Europe, un jouet de révolution? Est-ce ainsi qu'elle se relèvera? Si la Prusse, en 1807, avait eu trois ou quatre prétendants, elle était perdue. Si, en Autriche, après Sadowa, trois ou quatre archiducs s'étaient disputé le trône, l'Autriche était perdue.

» Et la monarchie de Juillet elle-même n'a-t-elle pas senti, malgré les hommes éminents qui la soutenaient, malgré les services qu'elle avait rendus, la faihlesse qui venait des contradictions de son origine ? La contradiction un jour a été la plus forte, et l'hérédité blessée s'est trouvée impuissante à protéger le gouvernement.

» Xon, donnez-nous une maison de Bourbon, respectant en elle-même, et non pas violant, par des compétitions de personnes, le principe qu'elle représente.

» Oiïrez à l'Europe et au monde le grand spectacle de la plus noble famille royale qui soit sous le ciel, unie enfin, et forte dans son union, pour le bonheur et l'honneur de la France.

» Et on n'en cherchera pas d'autre.

» Je devrais m'excuser d'une telle lettre si elle n'était pas une réponse aux nobles paroles qui terminent la vôtre...

y> Eh bien! laissez-moi vous le dire en finissant, Monseigneur, avec l'aiïection qui n'a cessé d'être dans mon cœur pour vous, vous avez là une occasion incomparable, la dernière peut-être, de conquérir un titre impérissable à la reconnaissance de la France.

» Veuillez agréer, Monseigneur, le (idèle hommage de mes très dévoués respects. »

Evidemment, si la fusion ne s'est pas faite alors, et avec la fusion la monarchie, la faute n'en est pas à l'homme qui savait trouver dans son cœur d'évêque et de citoyen l'inspiration d'un si grand et si patriotique langage.

Et quelques jours plus tard, nouvel effort de l'évêque. Il avait publié à Bordeaux une lettre par laquelle il sollicitait encore des secours pour les malheureuses victimes

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