CHAPITRE VIII
de la guerre : immédiatement et dans un noble élan de gratitude et de patriotisme, trois caisses pleines de dons généreux lui furent envoyées d'Angleterre par les princesses d'Orléans. Dans la lettre de remerciement qu'il adressa à M'°' la princesse de Joinville, Tévêque d'Orléans, faisant de nouveau allusion à cette pensée de la fusion, disait : « 11 y a ici, manifestement, une grande et touchante inspiration du cœur français: d'autant plus louchante qu'elle vient de l'exil, d'un trop long exil et trop immérité, pour qu'enfin le terme n'en soit pas proche. Puisse une autre grande inspiration, que tout conseille en ce moment plus que jamais, rendre ce terme encore plus proche et plus inévitable, faire cesser les séparations pénibles, les retards funestes, et rendre à la France tous ses princes, et toute cette famille royale, la plus noble du monde, parfaitement unie enfin pour le salut de notre malheureux pays. »
Dix jours après, 29 avril, répondant à la grande lettre reçue à Biarritz, iM. le prince de Joinville disait : « ... Je n'ai jamais varié dans mes opinions depuis nos conversations d'Orléans; je n'ai caché à personne ni ces opinions ni mes désirs... Mais dans la position spéciale que m'a faite ma naissance, absent si longtemps du pays, je répugne, tant que je n'aurai pas été légalement rappelé en France, à toute démarche qui constituerait un engagement ou qui aurait les apparences d'un marché personnel... »
Les lois d'exil furent abrogées ; en nommant députés M. le duc d'Aumale et M. le prince de Joinville, on peut dire que le suffrage universel les avait déchirées ; les princes purent fouler librement le sol français. La fusion allait donc pouvoir se faire ; les princes d'Orléans y étaient disposés. L'évèque d'Orléans, qui y travaillait toujours de tout son pouvoir, avait vu le duc d'Aumale, qui lui avait dit : « Il n'y a qu'une seule famille, qu'il n'y ait qu'une seule monarchie, la monarchie constitutionnelle. Le comte de Paris va faire demander le lieu, le jour, l'heure qui conviendront au comte de Chambord pour nous recevoir. »
Celui-ci était alors à Bruges. M. le comte de Paris, retenu jusque-là en Angleterre par la santé de M""' la com-
tesse de Paris, était enfin arrivé ; et M. Thiers, chez qui il avait dîné, disait à qui voulait Tentendre, faisant allusion à ce prochain départ pour Bruges, et se sentant en quelque sorte vaincu par cette démarche: «Dans huit jours peut-être le comte de Chambord dînera ici.» Mais dans une lettre à M. le comte de Paris. M. le comte de Chambord pria celui-ci d'ajourner son voyage. Il voulait auparavant, disait-il, s'adresser à la France sur la question du drapeau. Il s'en expliqua avec ses amis, notamment avec M. de la Ferté, en traversant Paris pour aller à Chambord. (( La surprise et la consternation furent unanimes à Paris et à Versailles, lorsqu'on vint annoncer qu'un manifeste roval allait prendre les devants sur une question ([ue l'on croyait réservée à la France ^)) En effet, dans sa célèbre réponse à M. le duc de Nemours, du 5 février 1857, le prince avait dit : a J'ai toujours cru et je crois toujours à l'inopportunité de régler dès aujourd'hui et avant le moment où la Providence m'en imposerait le devoir, des questions que résoudront mieux les intérêts et les vœux de notre patrie. Ce n'est pas loin de la France et sans la France qu'on peut disposer d'elle. » « A Paris, les membres du bureau de M. le comte de Chambord, les premiers informés, furent les premiers à lui exprimer leurs regrets. A Versailles, trois membres de l'Assemblée , héritiers d'illustres noms de la vieille monarchie, reçurent mandat de porter à Chambord, au nom de la droite de l'Assemblée, une ardente supplication-. » Et pour ajouter aux chances de cette démarche, ils désirèrent y associer l'évêque d'Orléans ; ils pensaient que, s'ils échouaient auprès du prince en lui parlant au nom de la politique, l'évêque réussirait peut-être en lui parlant au nom de la religion. Ils vinrent donc lui demander de partir, non avec eux, mais immédiatement après. Xe l'ayant pas rencontré, ils prièrent M. de Falloux, qui se trouvait alors à Versailles, de le décider à cette démarche. Ceci se passait le i juillet. L'évêque arriva d'Orléans dans l'après-midi. Son pre-