‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 119 sur 259 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

mier mot fut : « C'est impossible. Je suis hors d'état de me mettre en route pour un voyage de nuit. Et d'ailleurs, je n'ai ici aucun devoir, comme membre de l'Assemblée. — C'est vrai, répliqua M. de Falloux, ce n'est pas votre devoir de député, mais c'est votre devoir d'évèque. M. le comte de Chambord est le fils aîné de l'Eglise, et il est dévoué à sa mère. Si vous lui démontrez qu'en faisant échouer la monarchie, il livre l'Eglise aux haines impies de la Révolution, à la persécution certaine, il vous entendra. » L'évêque commença à entrer dans cette idée, la discuta, l'adopta et partit le soir même. S'il avait enfin consenti à cette tentative pour empêcher le manifeste que l'on redoutait, ce n'est pas que, personnellement, il repoussât le drapeau blanc, mais il jugeait la situatioîi : il pensait que, dans les dispositions ou il voyait les esprits en France, fait auquel il ne pouvait rien, le drapeau blanc éloignerait de la monarchie ceux dont le concours pour la faire était indispensable, et il mettait la monarchie, c'est-à-dire le salut du pays, au-dessus d'un symbole. Quand il arriva à Chambord, les trois membres de l'Assemblée avaient déjà reçu leur audience, sans rien obtenir. Un procès-verbal de cette audience existe, mais ce n'est pas à nous à le publier. Quant à l'évêque, il fut accueilli très affectueusement. Le prince lui prit plusieurs fois les mains, lui répétant qu'il était heureux de le voir, rappelant le temps où il se confessait à lui : a Je n'avais probablement pas, disait-il en riant, grand'chose à vous dire. » Il parla aussi de l'impression que lui avait faite Paris quand il le traversa, après la Commune : il avait voulu voir les Tuileries, la chambre où il était né, ou plutôt la fenêtre de cette chambre ; Notre-Dame où il a été baptisé. La seule question politique qu'il aborda fut la décentralisation; quant à celle du manifeste, le prince dit qu'il venait de l'épuiser avec ces trois messieurs; qu'il se rendait bien compte que l'échec de la monarchie serait un très grand malheur pour l'Eglise, mais que son manifeste n'amènerait pas ce malheur; loin de là. L'évêque, devant ce langage, conseilla un simple sursis ; il supplia le prince de prendre le temps ou de venir à Versailles, ou

de faire venir à Chambord des députés de toutes les nuances de l'Assemblée. Le prince répondit : «Ce serait inutile. Mon parti est pris. Je ne vous accorderais pas vingt-quatre heures. » Le manifeste en eiïet fut signé le jour même, 5 juillet. Le comte de Chambord y déclarait que le drapeau blanc, qui avait flotté sur son berceau, ombragerait aussi sa tombe. Mais, ainsi que l'évèque l'avait prévu et sans qu'il y pût autre chose qu'en gémir, rien ne se lit. M. de Falloux pleura quand on lui lut dans V Vu ion le manifeste, et laissa échapper tristement cette parole : « C'est le suicide de M. le comte de Chambord. » En même temps, les élections du 2 juillet ayant fortifié la gauche de cent membres nouveaux, M. Thiers pencha de plus en plus de ce côté. Toutes les chances que perdait la monarchie la République les gagnait.

Une des victimes de la Commune avait été l'archevêque de Paris, M^"" Darboy : un puissant mouvement d'opinion désignait pour lui succéder l'évèque d'Orléans : mais, malgré ses relations amicales avec celui-ci, M. Thiers hésitait, a Cela, disait-il, ferait de la peine à ceux qu'il a combattus! » Le nonce, M?"" Chigi, avait en elTet d'autres candidats. Mais M. Thiers n'avait-il pas d'autres motifs? L'évèque d'Orléans en « bénissait Dieu ». A son âge, cela lui paraissait « une vraie folie î. Ses vrais sentiments, en cette grave circonstance, les voici de la manière la plus indubitable, exprimés par lui-même dans l'oraison. Il écrivait : ((Fuit homo missusa Deo. Grande parole ! voilà une vocation, une mission indubitables. Les miennes, jusqu'ici, pour le sacerdoce, pour l'épiscopal, ont eu ce vrai caractère. Au milieu de mes misères, c'a été, c'est encore ma profonde consolation ; une grande grâce. Il faut que cela soit toujours, et que je continue à goûter ces divines paroles : Non vos me elegistis, sed ego elegi vos. Non seulement je ne dois rien faire pour, mais je dois être heureux de ce qui est contre, et ne rien faire, ne rien dire pour écarter aucun obstacle. C'est à Dieu à le faire, s'il le veut absolument. Bien plus, j'ai le droit de résister et de fuir. Sans doute, on voit certains biens à faire,

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