CHAPITRE VIII
certains maux à éviter. Mais qu'est-ce que cela au milieu de cet océan turbulentissimœ profimditatis, à mon âge, avec ma fatigue?
)> Dans la pratique, il faut grande simplicité et prudence, pour bien discerner ce que je dois faire, dire et éviter. Kt demeurer dans la douceur absolue du non vos me... sed ego vos. Ce n'est pas la simple indifférence, comme souvent; ce doit être la fuite : Invitatus, fugiat; rogatiis, discedat; coactus, reliictetur. On dira que je parle pour le Pape ad hoc, que j'aide M. Thiers ad hoc; que je manque de zèle, que je suis mal avec le Pape. Laisser dire. Il y a des cas où l'on est condamné à laisser mal parler de soi. Entre mal faire soi, ou laisser mal dire les autres, il n'y a pas à hésiter. »
Il fallait pourtant en finir. Une petite lettre, nette et précise, de l'évêque à M. Thiers, termina tout. M. Tbiers nomma l'archevêque de Tours, Ms^ Guibert. M?i" Dupanloup en fut heureux ; nul choix ne lui avait paru plus désirable : c'était faire asseoir la dignité, la haute sagesse, la fermeté, sur le siège de Paris.
Pendant cette lutte contre la Commune, et ces négociations relatives à l'archevêché de Paris, l'évêque d'Orléans, laissant débattre, sans y prendre une part active, les questions purement politiques, se remettait, durant les heures de la matinée, au travail entrepris pendant la guerre sur la régénération de la France, et creusait surtout les questions d'enseignement, lesquelles, en effet, ne devaient pas tarder à prendre une capitale importance. On répétait beaucoup que c'était l'instituteur prussien qui nous avait vaincus; mais la façon dont on comprenait le relèvement de l'instruction primaire parmi nous, au moyen delà séparation de l'école et de la religion, lui semblait bien menaçante. Ce fut pour combattre ces utopies par l'exemple même de la Prusse, qu'il prépara une brochure ayant ce titre : De Vinstruction primaire en Prusse. Mais bientôt il lui fallut aborder la tribune : ce fut la question romaine qui l'y amena pour la première fois.
Un certain nombre d'évêques et de catholiques avaient
adressé à l'Assemblée des pétitions relatives à Tinvasion de Rome par les Piémontais. Déloyale jusqu'à la fin, l'Italie avait profité de nos défaites pour enfoncer à coups de canon la porta Pia et entrer à Home : mais pourquoi n'y étions-nous plus? On a remarqué ia coïncidence du départ de nos troupes avec notre premier revers. Quel soudain changement de la face des choses ! Au lendemain du Concile, l'entrée des Italiens à Rome. L'évéque d'Orléans ne pouvait que protester, et, certes, les amertumes du Concile n'étaient pas faites pour imposer le silence à une âme telle que la sienne; sa voix se fit donc entendre : il disait, dans cette lettre au roi de Prusse, que nous avons citée :
«A l'heure où j'écris ces lignes, un dernier attentat, depuis trop longtemps préparé, se consomme, à la faveur de l'humiliation de la France et de l'abandon universel. Rome est envahie; l'Italie achève lœuvre qui la déshonore: le Pape est enfin spolié; les traités, tant d'efforts du monde catholique, la parole et l'épée de la France l'ont vainement couvert...
» Et cependant que notre foi ne se trouble pas I Les hommes ont leur heure, que Dieu leur laisse, mais il se réserve les temps, et la conduite souveraine des choses n'appartient qu'à lui. Je ne dis que ce seul mot, pour les croyants il suffit; et j'ajoute pour tous : N'avez-vous pas vu passer la justice de Dieu? On a fait l'unité italienne, et c'est elle qui a fait l'unité allemande... »
Quand la France, si coupable, était en même temps si punie, ce n'était pas le moment d'insister sur ces tristesses. Mais il fallait du moins élever jusqu'à la fin contre ces attentats la protestation de l'honneur.
Lorsque l'Assemblée nationale eut été réunie et la Commune domptée, un certain nombre de catholiques voulurent provoquer une protestation officielle de la France contre le crime de l'Italie. C'était chose assez délicate. Quelle était en effet la situation? L'Italie entrée à Rome au mépris des traités, avait su se faire reconnaître par la Russie, l'Angleterre, la Prusse, l'Autriche et même l'Espagne, qui venait d'aller chercher un roi au pied du