‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 13 sur 259 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cela.» L'évêque d'Orléans ne présenta aucune objection. Ce passage impliquait peut-être, mais ne définissait pas, l'infaillibilité; or, l'infaillibilité. Me'' Dupanloup y avait toujours cru, et ce qu'il voulait, c'était que, si une définition devenait nécessaire/ elle ne fût ni précipitée, ni prématurée, mais approfondie et étudiée de toutes manières.

A trois heures, la grande commission se réunit. L'évêque d'Orléans se borna à demander que quelques expressions seulement fussent modifiées dans le projet, afin de ramener à plus de perfection encore. Le mardi 26, nouvelle et décisive réunion de la grande commission. La lecture du projet amendé ne souleva aucune objection ; seulement l'évêque d'Orléans proposa une addition au passage sur le Magisterium, un simple mot qui précisait : Ad custodiendum depositum fidei. L'Adresse alors fut soumise à l'examen et à la signature des cinq cents é\èques. Le texte demeurait à leur disposition au palais Altieri. Ils vinrent tous apporter leur signature ; quelquesuns proposèrent des amendements, entre autres l'archevêque de Paris, M?»" Darboy, qui demanda l'insertion des mots: Ut fraternam concordiam inter nos corroboraremus. Ms^ Haynald était là en personne, strenuus vir, comme disait l'évêque d'Orléans, faisant droit à tout. C'est ainsi que l'Adresse fut définitivement arrêtée et signée ^

Cette grande affaire conclue, tous les efforts de l'évêque d'Orléans tendirent à ce que le Pape, dans une allocution qu'il devait adresser aux evêques, en réponse à l'Adresse, fixât d'une manière précise la date à laquelle

1. Un ennemi de M''' Dupanloup a osé signaler ici ce qu'il a appelé « toutes les obstinations, toutes les passions, toutes les intrigues » de l'évêque d'Orléans. Mais alors les cardinaux de Angelis et Altieri, M''' Haynald, M^'' Franchi, qui étaient si complètement d'accord avec l'évêque d'Orléans, se livraient donc aussi à des « intrigues » ! Qu'on n'accuse pas de tels hommes; pas plus que nous n'avons accusé M""' Manning. Ces grands évêques agissaient selon leurs lumières, dans la même pureté d'intentions. On peut constater les divergencede vues, c'est le devoir de l'historien; m.iis parler ici d'obstinations, dépassions et d'intrigues, ce n'est plus de l'histoire; et ce n'est pas du respect.

il se proposait de réunir le Concile, chose selon lui capitale.

De grandes fêtes religieuses et militaires eurent lieu à Rome les jours suivants. Deux fois, à la chapelle Sixtine, l'évêque d'Orléans fut placé à la gauche du Pape, sur les marches du trône : il entendit là derrière lui M?'' de Mérode qui disait avec sens et grandeur : « Ce n'est plus la cour, c'est l'Eglise.»

Ce fut le 1" juillet qu'une solennelle réunion des évêques eut lieu au Vatican pour la lecture de l'Adresse. Tous les écueils avaient été évités; elle ne contenait ni violences, ni imprudences ; elle attestait une fois de plus l'accord du Pape et des évêques; elle apportai t de nouveau au pouvoir temporel menacé l'appui moral de l'épiscopat; elle était un sublime Sursum corda pour l'Eglise. La réponse du Saint-Père fut précise sur le Concile ; il indiquait sa résolution de le convoquer pour le 8 décembre 1869, anniversaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception.

Telles furent les grandes choses accomplies à Rome en 1867 et la part qu'y prit l'évêque d'Orléans. Le lendemain même, '2 juillet, il quittait Rome, après avoir laissé cent mille francs au Pape. Les quelques semaines passées à Frascati avaient été très douces. Pendant les premiers jours l'évêque était seul à la villa Taverna ; le prince Borghèse n'y arriva que dans la seconde quinzaine de mai, avec sa jeune et brillante famille. Les coteaux voisins de Tusculum, comme aussi le couvent des Camaldules, si admirablement posé sur un sommet d'où la vue embrasse le magnifique horizon de la campagne romaine, étaient des buts de promenades faciles et charmants après le travail de la matinée; de jeunes zouaves du poste de Mondragone, vieille et superbe ruine papale, où le prince Borghèse avait installé un collège de Jésuites, en étaient ordinairement. Quelques courses plus lointaines furent faites de temps en temps ; à Monte Porcio, où la princesse Borghèse avait une maison de sœurs; à Tivoli, l'ancien

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