CHAPITRE VIII
le Correspondant serait peut-être suspect d'en parler le premier. »
Le Monde, V Union jugèrent que la séance avait été <( bonne pour le Pape » ; autant sans doute (qu'elle pouvait l'être; d'autres atttaquèrent violemment l'évèque d'Orléans, soit à cause du vote lui-même, soit à cause des éloges accordés à M. Thiers, alors que, selon eux, il eût fallu protester contre certaines paroles du chef du pouvoir exécutif. Aux yeux de Tévêque d'Orléans, cette protestation, dans les circonstances où l'on était, eût été aussi impolitique qu'inutile ; ses éloges, justes au fond, pel étaient aussi des avertissements et des appels ; et quant esl au vote lui-même, du à une situation qu'assurément l'évèque d'Orléans n'avait pas faite, le reproche qu'on lui adressait ne frappait-il pas du même coup M. Relier et les rapporteurs; bien plus, les pétitionnaires eux-mêmes?
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Qu'il avait hâte, cependant, de sortir de cette fournaise, et de se plonger dans la paix de Dieu ! Sa santé était
fuJI sérieusement atteinte; on peut même dire que depuis ce temps sa vie ne fut plus guère qu'une lutte pour l'existence, dont il ne se tirait qu'à force de stratégie consciencieuse et habile, et de repos pris à temps, par suite de résolutions méditées dans l'oraison. Pendant une interruption des séances à Bordeaux, quelques jours passés à
roij Arcachon, cette ville de création récente, si pittoresque et si salubre, avec ses villas d'hiver et d'été, bâties sur ces dunes, au milieu des pins et de leurs effluves embaumés, en face de cette mer brillante, avaient été providentiels pour lui. A Tours, quand il se rendait à Versailles, empêché qu'il avait été par la Commune de passer par Paris, il avait dû rester huit jours, malade et alité, à l'archevêché. Les séances de Versailles l'accablaient. La tristesse des choses s'ajoutait à ces fatigues. Là où il appelait de toute son àme l'union, il voyait de jour en jour grandir les divisions. 11 éprouvait « un abattement d'àme, à cause des profonds malheurs de Rome et de la France: de Timpiété, de l'athéisme; de la légèreté, de l'irréflexion des homiêtes gens, et de l'avenir d ; et puis, « nul repos vrai depuis
plusieurs années ; et depuis dix-huit mois, labeurs, peines accablantes». Combien une retraite lui était nécessaire! « Et cette retraite, il est bon de la faire, disait-il, avec la petite croix de ces souffrances et de ces remèdes. Elle apaisera, adoucira tant de tristesses, et reposera même le corps; elle éclairera, mettra dans le vrai, et pour l'Eglise, et pour les âmes, et pour tous ces travaux que me demandent et l'Assemblée et mon diocèse, où j'ai à faire pratiquer ce qui a été réglé, et la France, si malade, et pour ces autres travaux plus paisibles, à mener à terme, si Dieu veut que je les achève; et elle me préparera à la mort par le Scrutabor Jérusalem in luceniis, l'examen de mon àme et de ma vie en détail et à fond. »
Il se hâta donc de mettre à profit les vacances parlementaires pour revoler à son cher Einsiedeln. Mais, sa retraite terminée, préoccupé de l'état des choses en Suisse, il voulut aller en conférer avec son ami l'évêque de Saint-Gall, homme prudent et théologien consommé, qui avait tenu la plume pour les évéques suisses quand ils publièrent leur célèbre mémoire sur la définition du Concile du Vatican. 11 le trouva profondément inquiet de l'avenir, La liberté religieuse, ainsi que la liberté helvétique, étaient menacées : l'indépendance des petits cantons catholiques, si le lien fédéral était rompu par Tunitarisme radical, disparaissait; et à Genève aussi un orage allait éclater. L'évêque d'Orléans promit d'élever la voix pour cette cause sacrée de l'indépendance cantonale, défendue autrefois par M. de Montalembert. Du reste, Saint- Gall le remplit d'admiralion. (( Vous demandez, écrivait-il, à quoi servent les moines : voyez Saint-Gall; cette ville si Ùorissaute s'est faite autour de cette cellule. Voyez cette bibliothèque, ces travaux des siècles. Et tant de princes, d'empereurs élevés là, fails chrétiens et intelligents là. »
Après une pointe au Saint-Gothard, puis vers le verdovant Appenzell, il redescendit le Rhin, navigation incomparable, jusqu'à Constance, Schaffouse, et poussa jusqu'à Genève, où se trouvait la famille Borghèse. Pendant ces courses, où il avait voulu oublier quelques instants les hommes devant les grandes œuvres de Dieu, nous n'ou-