CHAPITRE VIII
blierons jamais (l'abbé Couvreux et nous l'accompagnions) combien par moments il semblait triste. Il Tétait en eftet. <( La nature et la grâce, écrivait-il, ont toujours sur moi uncbarme puissant; mais tout s'éteint pour moi, depuis que je suis si fatigué d'ans et de travail. Je vois, j'admire encore; mais je sens, je jouis moins... Il faut se remettre, si c'est possible, si Dieu le veut, pour le servir encore un peu. » Il ajoutait : <( S'il plaît à Dieu de m'employer encore, je l'en bénirai. Mais il faut me résigner très*^ volontiers à ce que tout soit fini pour moi. J'ai été bien plus employé mille fois que je ne le méritais. Et puis les œuvres à faire sont si grandes, si difticiles, si audessus de l'bomme, qu'on a moins de peine à se persuader qu'on n'y peut rien. »
Mais à peine de retour à Orléans, le voilà au labeur. I! publia d'abord, sur l'observation chrétienne du dimanche, — capital sujet qu'il avait abordé déjà, nous l'avons dit, dans un précédent mandement, et dont il traitait aussi dans cet ouvrage interrompu, mais non abandonné, sur la régénération de la France — un petit volume, préparé en grande partie pendant son voyage, et qui fut aussitôt traduit en plusieurs langues. Puis, pour tenir sa parole à l'évêque de Saint-Gall, il se mit à composer sur les affaires de Suisse une longue lettre qui paraîtra plus tard. Il dut eniin s'occuper aussi de M. Gambetta. Ce tribun avait promené sa personnalité voyageuse de Saint-Quentin à Grenoble, et prononcé dans ces deux villes des discours retentissants, où deux choses étaient menaçantes : la position de chef de parti que reprenait l'ancien dictateur, et l'identification qu'il faisait de la République avec la guerre à la religion. Les croyances religieuses, selon lui, n'étaient propres qu'à faire une race d'hommes débilités et sans patriotisme, et il était nécessaire de leur opposer un enseignement vraiment scientifique et démocratique. C'était l'école sans Dieu qui apparaissait. Il crut qu'il valait la peine de combattre encore ce dangereux sophisme dans la personne d'un orateur si écouté. Et c'est pourquoi il adressa à M. Gambetta une lettre, qui lit vuglrla. République française, mais dont un publiciste distingué lui disait
que (( dans aucun de ses écrits peut-être il n'avait été mieux inspiré, et n'avait mieux trouvé le souffle de la guerre présente, de la guerre nécessaire». Les fautes de Tancien dictateur étaient impitoyablement rappelées, et ses sophismes écrasés. Mais les sophismes, hélas 1 ont plus de prise que les raisons sur un malheureux peuple que la presse religieuse natteint même pas.
Voilà comment l'évèque d'Orléans occupa les quelques jours que la prorogation de l'Assemblée lui laissait encore.