‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 127 sur 259 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

pour déclarer à l'Assemblée nationale que le vendredi 22 mars je demanderais la fixation de la discussion pour le lendemain. »

Et pendant ce temps-là il préparait avec le dernier soin son discours : les attentats de l'Italie y étaient stigmatisés, et la grande thèse de l'identité des intérêts catholiques et des intérêts français posée dans toute son ampleur ; puis, pour plus de stireté, il le lut à quelques-uns des députés qu'il consultait le plus volontiers. La veille du 22 mars encore, dans une promenade aux bois de Yiroflay, il y mettait la dernière main. Debout à quatre heures du matin, le 22, sa messe dite, il le travaillait encore. Mais qu'arriva-l-il?

Un changement total dans la situation : « J'allais donc, le 22 mars, disait-il au Saint-Père, prendre la parole, lorsque le principal rapporteur, M. le comte d'Abbadie de Barreau, me fit connaître une déclaration capitale de M. Thiers... » lAl.Thiers déclarait que les nouvelles survenues de Prusse et d'Italie depuis huit jours ne lui permettaient plus d'accepter l'ordre du jour motivé et qu'il demandait l'ordre du jour pur et simple. Et déjà, sous l'impression de ces nouvelles, M. Thiers avait nommé et fait partir pour Rome M. Fournier. Que faire alors? Un vote de blâme contre M. Thiers, l'eùt-on obtenu, quelles en eussent été les conséquences? L'ordre du jour motivé, le réclamer contre lui, c'était courir à un échec certain. De plus, la presse hostile inondait le pays de ses invectives contre les catholiques et les conservateurs, les accusant de vouloir la guerre avec l'Italie, soulevant des colères redoutables contre l'Eglise, et discréditant auprès des masses, malheureusement trop crédules à ces déclamations, l'Assemblée nationale , dont le parti républicain demandait avec insistance la dissolution ; dissolution qui, faite en de telles circonstances, eut été la défaite certaine du parti conservateur.

La situation, à tous les points de vue, était donc extrêmement délicate. M. .Thiers eût préféré, même à une discussion terminée par un ordre du jour pur et simple, un nouvel ajournement; i'évéque d'Orléans voulait au con-

traire que la discussion eût lieu, mais que, conformément à la direction donnée par le Xonce, si on renonçait à un ordre du jour motivé, qu'il paraissait maintenant impossible d'obtenir, du moins les droits du Saint-Père fussent solennellement proclamés. Mais comme il se dirigeait vers la tribune, M. Tbiers le pria de lui céder son tour de parole, et tout en demandant, a au nom des intérêts de la France, au nom même des intérêts que les pétitionnaires voulaient sauvegarder d, le renvoi de la discussion, il déclara que la cause du Saint-Père était toujours sa cause, qu'il persistait toujours dans ses opinions bien connues, et s'en tenait au vote émis par l'Assemblée l'année précédente. Après ces déclarations, et devant les dispositions évidentes de l'Assemblée, faisant au devoir patriotique le sacrifice d'une lutte inutile contre l'impossible, l'évêque d'Orléans se borna aux quelques paroles (jue voici :

« Je n'ai pas à demander à M. le président de la Piépublique plus de précision dans les déclarations qu'il a cru devoir nous faire. Je sais, dans la situation douloureuse oîi nous sommes, quels ménagements sont dus aux embarras secrets et plus ou moins pénibles d'un gouvernement. Je sais surtout quel respect méritent les malheurs de la France. {Mouvement. Très bien!) Il ne peut me venir en pensée, et je me reprocherais d'aggraver ses tristesses en lui faisant trop sentir son impuissance. (Sensation. Très bien ! très bien !)

» Devant les déclarations de M. le président de la Piépublique et devant les dispositions que semble avoir mon- . trées l'Assemblée, je n'insiste donc pas pour repousser un m\ ajournement que je regrette plus que personne, mais qui, jeu ai la confiance, laisse intacts /e droit des pétitionnaires et les sentiments de ceux qui, ne pouvant porter secours à d'augustes infortunes, veulent au moins témoigner qu'ils y compatissent, et intacts aussi les intérêts et les DROITS IMPRESCRIPTIBLES du Saint-Siège.

» Je n'ai, d'ailleurs, aucune peine à mettre ici d'accord mes sentiments d'évêque avec mes sentiments de Français ; car depuis longtemps, messieurs — il y a plus de douze années — j'ai cette conviction, et je l'ai dit assez haut

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