‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 129 sur 259 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

j'appelle la plus sérieuse attention du Saint-Père, car cette situation rendrait impossible aux hommes les plus dévoués la défense de la religion en France, s Et il le démontrait. Le Pape, enfin, mit un terme à ces émotions en rappelant que « sans la charité on n'est pas catholique^ ». M. Veuillot eut la loyauté de reconnaître que le Pape lui avait infligé ce un blâme inattendu ».

Mais d'importantes lois allaient imposer à l'évèque d'Orléans les grandes luttes de la tribune. Jusqu'ici, laissant passer les questions purement politiques, il n'avait élevé la voix que pour la cause du Pape, deux fois et dans les circonstances délicates, difficiles, que nous avons dites: non moins éloquent cependant que dans la chaire, évêque toujours, mais de plus faisant preuve de sens et de tact politique, sachant se résigner aux sacrifices inévitables sans rien sacrifier des principes et des imprescriptibles droits du Saint-Père. Les mêmes nécessités ne pesant plus sur lui, il pourra se déployer plus à l'aise dans ces luttes nouvelles, qui toutes, par quelque côté, toucheront aux intérêts religieux, il n'en a pas soutenu d'autres à la tribune. Nous devons dans une large mesure le faire entendre lui-même dans nos pages, soit pour laisser le lecteur apprécier quel orateur il fut au Parlement, soit aussi pour qu'on retrouve, en nous lisant, au moins comme un écho des grandes vérités qu'il eut l'honneur de dire de ce lieu retentissant à son pays.

La première de ces lois fut la loi militaire. Quelles lumières un évêque pouvait-il apporter en pareille matière à l'Assemblée? Les plus hautes et les plus nécessaires. En effet, il fallait, après nos désastres, refaire l'armée, tout le monde le sentait : mais sans défaire la France ; et, pour refaire l'armée, il fallait y faire rentrer, comme partout, cet élément essentiel et supérieur de régénération qui s'appelle l'esprit religieux. 11 avait donc beaucoup à dire sur cette loi. Aussi, l'appela-t-elle cinq fois à la tribune: pour la discussion générale, le 29 mai 1872; pour la

1. Réponse à l'adresse des pèlerins catholiques, avril 187:2.

question de la liberté du dimanche pour les soldats et le volontariat d'un an, les 22 et 23 juin de la même année: et enfin pour l'aumônerie militaire, les 29 janvier et 20 mai 187-4.

La grande innovation de cette loi était le service obligatoire pour tous ; sauf les exceptions de rigueur et les tempéraments raisonnables. L'évêque se résigna à soutenir le principe de la loi, mais avec ces tempéraments :

(( La Prusse a le service obligatoire : ce n'est pas cela qui la fera ou qui l'a faite, comme je l'entends dire quelquefois, la première nation du monde. Non ! je les ai vus de près!... Ce n'est pas la première nation du monde. C'est peut-être, pour le quart d'heure, la première artillerie, la première caserne du monde; ce n'est pas la première nation du monde. Il m'est impossible de compter pour rien l'esprit, le cœur, l'àme, le caractère, la bonté, la délicatesse, la générosité, le désintéressement ; voilà ce qui fait une première nation du monde. »

Ceci était pour le côté intellectuel et moral ; et il entrait, à ce sujet, sur la nécessité des bonnes études pour la jeunesse française, dans des développements du plus haut intérêt; quant à l'esprit religieux, il démontrait la nécessité d'en pénétrer cette grande loi, tirant du fond des choses, de l'alliance si naturelle et si belle de la vaillance et de la foi, et aussi du caractère nouveau de la loi, le service obligatoire pour tous, de puissants arguments :

(( Les pères, les mères veulent bien vous donner le sang de leurs fils, c'est-à-dire le sang de leur cœur: mais ils ne veulent pas vous donner leur àme.

» Vous voulez qu'ils remplissent leur devoir envers l'Etat, et vous avez raison ; mais coiiimençons par remplir notre devoir envers eux.

» Je crois, messieurs, qu'il ne peut guère y avoir de question sur ce point : c'est là une question d'honneur, de conscience, de probité vulgaire, de fidélité à un dépôt forcé. Vous forcez tous ces pères à vous confier leurs enfants, aujourd'hui tous leurs enfants... Faites que les pères et les mères de famille puissent vous bénir de cette

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