CHAPITRE IX
loi, messieurs ; que la patrie vous en bénisse aussi ; et que, quand ces jeunes gens, après leur temps de service accompli, retourneront dans leurs foyers, après les premiers embrassements de leurs pères et de leurs mères, lorsque les regards paternels et maternels se fixeront sur eux avec anxiété, et leur diront : « Où en es-tu? Qu'es-tu devenu ? » ils puissent répondre : « Rassurez-vous, en" servant mon pays, je ne suis pas devenu indigne de vous; vous m'avez fait chrétien, je le suis toujours! »
Il posait là les principes des deux amendements qu'il fît triompher dans les séances des 2^ et 23 juin. 11 s'agissait, le 22 juin, du volontariat d'un an : dans l'intérêt à la fois des études et de la moralité des jeunes gens, il proposa de leur donner cinq ans, au lieu de quatre, de dix-neuf ans à vingt-cinq ans, pour remplir leur engagement, et emporta le vole. Pour lui, il eût voulu, dans la pratique, que les jeunes gens n'interrompissent point leur carrière, et ne fissent leur volontariat que leurs études terminées : il les croyait plus en état alors, physiquement et moralement, d'aiironter l'épreuve, et pendant les vacances qui suivirent cette session, il écrivit une Lettre aux pères de famille pour leur donner et leur persuader ce conseil : éloquent témoignage encore de ses actives sollicitudes pour les âmes et pour la patrie.
Le lendemain, nouveau discours, plus important encore; il s'agissait de faire inscrire formellement dans la loi, et il l'obtint, que chaque dimanche et chaque jour de léte consacrés par les divers cultes, un temps suffisant serait donné aux soldats pour remplir les devoirs de leur religion. C'est dans ce discours qu'il s'écriait : « Les vertus militaires et les vertus religieuses viennent d'une même source, qui est Dieu ; le mépris de la mort, qui fait la valeur guerrière définitive, est une vertu chrétienne avant d'être une vertu militaire. » Après celte séance, un homme d'Etat illustre lui écrivit : « Chaque fois que vous montez à la tribune, je me transporte à Kome pour vous juger, et je jouis doublement de votre succès parla démonstration de jour en jour plus établie que l'Eglise autant que la
France n'a pas de serviteur plus vaillant et plus puissant.» (26 juin 187-2.)
Mais ce n'étaient là pour ainsi dire que les préliminaires : la grande bataille devait se livrer sur l'aumônerie militaire, et ce furent deux discours mémorables que ceux que l'évéque d'Orléans prononça dans les. séances des 29 janvier et 20 mai 1874 : nous les mentionnons ici par anticipation, pour laisser apercevoir d'un coup d'oeil toute son action sur la loi militaire. L'aumônerie qu'il s'agissait d'organiser n'était pas, comme sous la Restauration, une aumônerie hiérarchisée, en dehors de l'évéque, ayant à sa tète un grand aumônier. Dans le système nouveau, l'aumônier était attaché non à tel régiment, pour le suivre partout, mais à telle garnison, a tel camp, à tel fort. Les auteurs de ce projet étaient M. Fresneau et M. le colonel Garron. L'évéque d'Orléans, après avoir beaucoup étudié la question avec plusieurs aumôniers militaires, adoptait ce système. Il rencontrait devant lui des objections de deux sortes : les premières étaient tirées de certains conflits, de certains abus possibles, dont les adversaires du projet faisaient grand bruit; les secondes de la possibilité prétendue pour le soldat de remplir ses devoirs religieux, comme tout le monde, à l'église. Et un député connu pour ses opinions républicaines et ses croyances religieuses, M. Jouin, avait fait une impression véritable sur FAssemblée en exposant que tout était sauvegardé si on laissait aux soldats, comme la nouvelle loi le prescrivait formellement, le temps de remplir au dehors leurs devoirs de religion. En conséquence il demandait que l'entrée de la caserne fût interdite au prêtre. L'aumônerie était compromise; l'évéque d'Orléans la sauva.
Avec quel dédain éloquent il écrasa les premières objections :
(( Je déhe qu'on me donne un exemple des accusations qu'on a formulées... J'ai des pensées toutes contraires, et je les fonde sur la connaissance que j'ai du progrès des idées et des mœurs dans notre pays et dans l'armée en fait de pratiques religieuses. Je les fonde sur le sentiment